L'Histoire (la grande !)

Petite Histoire des Orcades (& des Shetland)

Bon. Je ne vous dirai pas comme j’ai ramé pour tenter d’établir un semblant de cohérence dans ce modeste retraçage historique de l’évolution des Orcades (archipel au nord immédiat de l’Ecosse) : parce que, ce n’est pas pour dire, mais… (je vais le dire quand même) : quel bazar !

Bref, moi qui ai horreur des puzzles, il m’a bien fallu me livrer à exactement ce même genre de gymnastique mentale pour parvenir à vous fournir cet article et à y insérer un minimum de clarté… Car, en tant qu’archipel subarctique plutôt isolé (de même que les Féroé, les Shetland…), les Orcades n’inspirent pas grand-monde quand il s’agit de bloguer sur le sujet ou de pondre une Histoire cohérente de la province en question ! Sans compter les jeux de pouvoir d’une complexité effarante, les changements de statuts et de titres intempestifs (on lit « prince » des Orcades ici, « roi » là, « comte » là encore… termes qui, vous me l’accorderez, n’ont strictement rien à voir les uns avec les autres !)

Bref, je ferme le bureau des réclamations et j’endosse ma casquette de chercheuse / synthétiseuse : entrons dans le cœur du sujet. Je vous promets de faire de mon mieux pour rester « simple »… sur un sujet tout sauf simple, nous allons le voir…

Alors, alors…

Petite présentation

Les Orcades (Arcaibh en gaélique écossais), c’est un ensemble subarctique – aujourd’hui écossais, bien sûr – de 67 îles plutôt plates situées à seulement 11km au nord de l’Ecosse « de terre ferme », dirons-nous. 16 de ces îles seulement sont habitées…

Il sera nécessaire d’évoquer aussi dans cet article :

  • les Shetland (Sealtainn en gaélique écossais), un autre archipel à l’Histoire éminemment liée à celle des Orcades. Les Shetland constituent un archipel d’environ 100 îles situées encore plus au nord que les Orcades, entre les Orcades au sud, la Norvège à l’est, les Féroé et l’Islande au nord-ouest et l’océan Atlantique à l’ouest.
  • Les Hébrides, vaste archipel situé à l’ouest de l’Ecosse, et désigné par les termes de « Western Isles » par les Ecossais au Moyen-Age (logique) et, à la même époque, comme « Southern Isles » par les Orcadiens (situés plus au nord) : logique aussi… Les Hébrides, ce sont plus de 150 îles, dont les plus célèbres sont Skye, Mull, Islay, Lewis et Harris, Jura (que j’évoque dans mon premier roman, Pour l’amour d’une Sasunnach, de même qu’Islay), North et South Uist…

Aux origines…

Les Orcades sont habitées en permanence depuis le Mésolithique (= environ 8500 av. JC) : donc depuis plus de 10 000 ans. On y trouve encore de très nombreux sites néolithiques (ce que j’évoque dans Shaena) qui figurent parmi les plus anciens et les mieux préservés… d’Europe ! Notamment des milliers de traces d’anciens campements, de fermes, d’établissements, de villages (petits outils en pierre polie, meules, peignes, tessons de poterie…), des tombeaux (chambres funéraires, comme celle de Maes Howe que j’évoque aussi dans Shaena), des habitations souterraines, mais surtout d’innombrables cercles de pierres levées (à la Outlander, oui, pour les aficionados – à la Stonehenge, pour les plus classiques ^^), des tumuli, des cairns et des brochs de l’Age du Fer (forts de forme circulaire typiques de l’Ecosse).

L’archipel devient bien sûr une terre picte (=sous contrôle de tribus celtes) durant l’Antiquité puis le Haut Moyen-Age (à l’instar du reste de l’Ecosse à ce moment-là).

Les îles sont bien en contact avec l’Empire Romain (quasi uniquement par le commerce) jusqu’en 211… Mais de cette date jusqu’à l’arrivée des Vikings au IXe s. … les Orcades sont tout bonnement absentes de toute trace écrite ! Totalement en marge de l’Histoire du reste de l’Europe… !

La christianisation par des moines irlandais à partir du VIe s. a eu du mal à se faire (ces îles, en marge du monde chrétien, sont longtemps restées fidèles au paganisme celtique) mais au VIIIe s., c’est a priori chose faite. Ce qui n’a somme toute pas grande importance puisque bientôt les Vikings vont venir nous ratiboiser tout ça et imposer leurs propres dieux… avant d’être eux-mêmes christianisés à l’extrême-fin du Xe s. Nous y reviendrons.

Bref, jusqu’ici, on ne connaît donc que le vieux gaélique et le latin dans les Orcades. L’archipel reste sous domination ethnique picte.

Bon. Jusque-là, tout va bien, on arrive à suivre. Fastoche.

Sous contrôle norvégien

A l’extrême-fin du VIIIe s. (années 790) et tout au long du IXe s., les Vikings (norvégiens, en l’occurrence) vont mener une succession de raids sur :

  • Les Orcades
  • Les Shetland
  • Les Féroé
  • Les Hébrides intérieures et extérieures
  • L’île de Man (grande île en mer d’Irlande, coincée entre l’Angleterre actuelle et l’Irlande)
  • Le Galloway (extrême sud-ouest de l’Ecosse actuelle)
  • Dublin et les côtes irlandaises
  • Les côtes nord et ouest de l’Ecosse

Comme partout ailleurs (cf. mon article sur la Petite Histoire des Vikings 1 – les Danois), ces invasions se font en plusieurs temps :

  • Des raids-éclairs de pillage (notamment sur les nombreux lieux de culte, monastères etc., des Hébrides, entre autres)
  • Puis l’établissement de colonies, de comptoirs, de forts, de campements (semi-) permanents…
  • Enfin, une prise de possession en règle de vastes territoires (Orcades, Shetland, Hébrides comme, ailleurs, la Normandie, le Danelaw en Angleterre, la Sicile…)

En ce qui concerne les Orcades, on ne sait pas vraiment ce qui est advenu de la population picte d’origine : extermination ou absorption ? Ce qu’on sait, c’est qu’aux Orcades, la loi, la langue et les coutumes norroises (norvégiennes) sont imposées : pas d’acculturation comme ailleurs, pas de culture mêlée : une culture quasiment 100% scandinave (alors que les Vikings avaient plutôt tendance, ailleurs et d’une façon générale, à se fusionner aux populations et cultures locales). Les mariages mixtes alors ne sont pas exclus, mais la culture est totalement « viking », et non hybride. Quasiment rien n’est gardé des Pictes… Les Vikings importent notamment leur langue, le vieux norrois… qui restera pratiqué aux Orcades comme aux Shetland jusqu’au XIXe s. !

Les Orcades servent alors, pendant des siècles, de base, d’escale, de premier point de chute et de centre de ravitaillement à de nombreuses expéditions vikings partant de Norvège et des Shetland en direction du sud (ouest de l’Ecosse, Hébrides, Irlande…). Un véritable « hub », tant économique que militaire !

Les Vikings norvégiens s’installent aussi massivement dans les Hébrides, sur l’île de Man, au Galloway et en Irlande (pour ne parler que de cette région du monde, bien sûr). Mais nous allons voir que toutes ces parties de l’ouest de l’archipel britannique ne vont pas subir exactement le même sort ni suivre la même évolution au contact des Scandinaves…

Concernant les Orcades et les Shetland : quelques grandes dates / grands faits à partir du IXe s. (une fois que ces îles ont été colonisées par les Vikings) :

  • Au tout début, elles sont, pendant plusieurs décennies, (tout comme les Hébrides etc., d’ailleurs) réparties en petites chefferies et donc sous le contrôle de plusieurs chefs norvégiens d’origine aristocratique. Pas de réel roi de Norvège alors, mais un ensemble de 29 royaumes, donc pas de contrôle direct de rois norvégiens de Scandinavie sur les chefs locaux. Le pouvoir est éclaté. (cf. mon futur article sur les Vikings norvégiens – à venir début septembre, en rapport avec mon 5e roman, à paraître à l’automne)
  • Lorsque le roi Harald à la Belle Chevelure prend peu à peu possession de tous les petits royaumes de Norvège pour unifier le pays et devenir le seul roi de Norvège, de très nombreux Norvégiens fuient la péninsule scandinave pour rejoindre, outre l’Islande tout juste découverte, les Féroé, les Orcades, les Shetland et les Hébrides, principalement. De là, ils rejoignent les colonies locales déjà établies et harcèlent/pillent les côtes de l’Ecosse (jusque-là rien de nouveau sous le soleil) mais aussi de la Norvège d’Harald (devenu alors Harald Ier de Norvège). Harald réunit alors en 875 une flotte puissante pour les réprimer et prend le contrôle des Orcades et des Shetland (îles les plus véhémentes et les plus proches de la Norvège – 2 jours de bateau seulement) et les place sous son contrôle direct avant de les confier à un jarl (comte) de ses amis : naît la « dynastie » des comtes des Orcades (et des Shetland, qui y sont rattachées, mais on dit « jarl des Orcades ») qui resteront aux mains de cette famille pendant des siècles. Le jarl des Orcades règne donc également sur les Shetland dès le début de la création de ce jarldom (comté) : les avenirs des deux archipels sont donc intimement liés.
  • Un siècle plus tard, le roi de Norvège Olaf Ier (descendant prétendu d’Harald – le pouvoir est encore loin d’être fixé aux mains d’une dynastie incontestée en Norvège) impose par la force la christianisation à ses colonies d’outre-mer (Orcades, Shetland…) ; les Féroé et l’Islande subiront le même sort quelques années après (l’an Mil pour l’Islande) sous son successeur.

Jusque-là, ça va toujours. Accrochons-nous à présent. Ça se corse.

L’apogée du jarldom des Orcades…

  • Vers l’an Mil, les jarls des Orcades règnent sur un immense jarldom-royaume comprenant toutes les possessions vikings du nord et de l’ouest de l’Ecosse actuelle : Orcades, Shetland, Hébrides, péninsule de Kintyre, côtes ouest et nord de l’Ecosse d’aujourd’hui. Même les nombreuses Hébrides, n’ayant pas su se doter d’une dynastie unie et puissante comme celle des jarls des Orcades, ont fini par passer sous leur coupe (après avoir été sous plusieurs chefs scandinaves également vassaux du roi norvégien). Seuls les territoires vikings d’Irlande, de l’île de Man et du Galloway restent à part. Véritable hégémonie des jarls orcadiens à cette époque.
  • Quelques décennies plus tard, au cours du XIe s., la lignée des jarls des Orcades, avec le jarl Thorfinn, prend aussi possession du Caithness, du Sutherland et du Ross-Cromarty (les trois régions les plus au nord de l’Ecosse, que j’évoque d’ailleurs dans mon roman Shaena), par le mariage pour le Caithness et la force pour le Sutherland et le Ross. Pour ces nouvelles possessions cependant, Thorfinn jure (et ses descendants après lui) allégeance au roi d’Ecosse (mais reste vassal du roi de Norvège pour les archipels).
  • Thorfinn rattache à son puissant jarldom l’île de Man (en mer d’Irlande), des terres en Galloway et en Irlande : il se retrouve à la tête d’un très vaste territoire et, quoique toujours soumis à la souveraineté de la Norvège, il n’en est pas moins un jarl puissant doublé d’un habile administrateur. Il fonde le 1er évêché des Orcades et se dote d’une élite de conseillers, les gaedingar. Extension maximale du royaume des Orcades donc : entre 1035 et 1079.
  • Mais, à sa mort (comme à la mort de tout monarque ou dirigeant puissant, semble-t-il), l’unité de ce « royaume » dans le royaume de Norvège est ébranlée par les conflits entre ses successeurs, qui aboutissent au partage des îles et favorise l’accession à la tête des Hébrides du premier jarl hébridais Gudrod Crovan en 1079 : à partir de cette date, le « royaume des Orcades » ne possède « plus que » les Orcades, les Shetland, le Caithness, le Sutherland et le Ross : soit tout le nord. Les « Southern Isles » (=Hébrides et Man) deviennent « indépendantes » (mais toujours sous la coupe du roi de Norvège) sous le nom de « Royaume de Man et des îles ». On retrouve donc alors 4 ensembles bien distincts :
    • le jarldom-royaume des Orcades-Shetland-extrême-nord de l’Ecosse actuelle
    • le royaume des Hébrides et de l’île de Man (sous la coupe de Gudrod puis ses descendants), ou « royaume de Man et des îles »
    • le Galloway
    • et les comptoirs irlandais.

Tous ces territoires restent bien sûr vassaux du roi de Norvège.

Des monarques norvégiens qui ne simplifient ni n’apaisent les choses…

Cependant, la stabilité politique (si tant est qu’on puisse parler de « stabilité », au vu de tout ce qui a déjà été évoqué !) dans les Orcades (et Shetland… et Hébrides…) est régulièrement mise à mal par de périodiques incursions de la part des rois de Norvège, qui viennent à plusieurs reprises réaffirmer leur autorité sur ces îles (comme les Hébrides), affronter les velléités du roi d’Ecosse, revendiquer le trône d’Angleterre… On peut par exemple rappeler les quelques coups de force royaux suivants :

  • En 1066, Harald l’Impitoyable vient ébranler l’unité insulaire par sa revendication du trône d’Angleterre (entreprise ambitieuse qui se solde par sa mort à Stamford Bridge et l’accession au trône convoité par un rival : Guillaume le Conquérant, venu de Normandie… ça vous rappelle quelque chose ?^^)
  • A la toute fin du XIe s. (donc après le règne du puissant Thorfinn), le roi de Norvège plaça brièvement les Orcades sous le contrôle de son fils Sigurd, avant que les îles ne retournent aux mains de la dynastie des jarls des Orcades.
  • En 1095, Magnus III de Norvège vient rappeler son autorité aux Orcades, aux Hébrides, à l’île de Man et sur la péninsule du Kintyre et s’imposer face au roi d’Ecosse qui les convoite. Le traité signé s’accompagne d’une foudroyante expédition punitive de la part de Magnus sur les îles : il rappelle et impose son pouvoir aux îles, à Dublin et au Galloway par le feu et le sang.
  • En 1151 et 1153, le roi de Norvège Eysteinn Haraldsson effectue une campagne de pillage des côtes orientales de l’Ecosse et de l’Angleterre, déstabilisant (un peu plus) la position des Orcadiens.
  • En 1195, suite à la participation du jarl des Orcades à une rébellion contre le roi de Norvège Sverre Sigurdsson, le roi place, comme punition, les Shetland sous son autorité directe (j’ai fait sauter ce détail dans mon roman et laissé les Shetland aux mains du jarl orcadien)
  • En 1263, fait le plus important – et décisif – dont je reparle dans la section suivante : le roi de Norvège Haakon IV vient avec une flotte de 150 navires affronter le roi écossais à la bataille de Largs (sud des Hébrides) et mourir aux Orcades.

Passage progressif des possessions norroises du sud aux mains des Écossais… : Irlande, Galloway et Hébrides tout abord…

Côté Hébrides, Galloway et Irlande, on perd en puissance très vite…

En Irlande, la position des Vikings n’a jamais été très assurée. Les nombreux rois irlandais, s’ils n’ont cessé de se faire la guerre entre eux (ce qui les aura empêchés d’opposer une résistance coordonnée et efficace aux envahisseurs norvégiens puis danois), mènent malgré tout la vie dure aux Vikings. Ceux-ci n’y prennent jamais totalement pied et, petit à petit, leur situation est de plus en plus précaire (surtout quand les Danois débarquent à leur tour et viennent leur disputer ces terres grasses et leurs comptoirs…) Peu à peu, les rois vikings perdent l’initiative, se trouvent débordés et doivent payer des tributs aux rois irlandais pour conserver leurs comptoirs de commerce.

Après le massacre de la bataille de Clontarf (opposant le roi viking de Dublin, aidé de nombreux autres Vikings, au roi irlandais Brian Boru), au nord de Dublin, en 1014, où de nombreux guerriers vikings venus des Shetland, des Hébrides, des Féroé, des Orcades, d’Irlande et de l’île de Man perdent la vie (y compris le jarl des Orcades du moment), beaucoup de Vikings sont éjectés d’Irlande et leurs velléités définitivement écrasées. Avec la conquête de l’Angleterre puis de l’Irlande par Guillaume le Conquérant en 1066, on passe encore à autre chose : l’opposition Norvégiens/autochtones irlandais n’a plus lieu d’être… Les Vikings sont expulsés pour certains et complètement acculturés dans le monde celte pour les autres…

Le Galloway, pour sa part, sera pris par l’Ecosse aux Norvégiens en 1160.

Enfin, côté Hébrides : en 1156, le royaume des Hébrides et de Man est affaibli par le coup de force du Highlander Somerled, seigneur d’Argyll (région du sud-ouest des Highlands, où se déroule d’ailleurs mon 1er roman, Pour l’amour d’une Sasunnach ! – j’évoque Somerled brièvement dans  Shaena) d’origine à la fois celte et norroise, qui s’empare de toutes les Hébrides du sud et de l’île de Man. Même si Somerled et ses successeurs continuent de reconnaître la souveraineté norvégienne, la celtisation ira crescendo à partir de là, des clans écossais prenant de plus en plus d’importance dans le paysage politique des Hébrides (les MacDonald avant tout, mais aussi les MacNeil, les MacLeod…). A l’inverse des Orcades, la tendance avait d’ailleurs depuis toujours été l’acculturation, aux mariages mixtes et à l’adoption du gaélique dans les Hébrides où la culture (et le sang) étaient très « mêlés » (vs. Orcades et Shetland, très « scandinavisées »). Coup fatal porté au royaume des Hébrides, qui se retrouve éclaté, désormais, en de multiples petits royaumes aux mains des descendants/alliés de Somerled pour les uns et de Gudrod pour les autres.

Puis au XIIIe s. le roi William s’active pour reprendre les îles norroises sous sa coupe, ce qui se soldera par l’intervention d’Haakon IV de Norvège dont j’ai déjà parlé, en 1263, puis la vente-cession de toutes les Hébrides et de l’île de Man à l’Ecosse. A partir de là, le chef du clan MacDonald devient, en lieu et place de Norvégiens, le « Seigneur des îles » (« Lord of the Isles »), seigneur féodal théorique de tous les chefs de clan des Hébrides. Il impose son autorité aux autres clans et, s’il est censé être vassal du roi d’Ecosse, il est, dans les faits, quasi-indépendant…

Reste donc en lice le jarldom des Orcades-Shetland-Nord.

Les Orcades et Shetland les rejoignent bientôt dans le « panier » des rois écossais…

Au tournant du XIIIe s. (vers 1200), le roi d’Ecosse William le Lion reprend le contrôle du Caithness, du Sutherland et de Ross aux Orcadiens (qui, cependant, avaient toujours reconnu la suzeraineté de l’Ecosse pour ces 3 régions). Il les confie à d’autres vassaux, non norvégiens (on retrouve le contexte de Shaena, enfin !^^)

En 1231, la dynastie norvégienne des jarls des Orcades s’éteint sans héritier mâle : par un mariage entre une fille du dernier jarl et un noble écossais de la famille des mormaers d’Angus, le comté des Orcades & Shetland passe entre les mains de 3 grandes familles écossaises successives : la famille d’Angus, puis les Strathearn, puis les Sinclair. Mais les nouveaux comtes des Orcades, quoiqu’écossais désormais, restent sous domination norvégienne et vassaux du roi de Norvège (Haakon IV à l’époque).

En 1263, suite à la défaite à la bataille de Largs d’Haakon IV de Norvège, venu réaffirmer son autorité sur toutes les îles au large de l’Ecosse (Orcades, Shetland, Hébrides, Man) contre le roi d’Ecosse Alexandre, les Hébrides et l’île de Man passent à la couronne d’Ecosse : en 1266, le successeur d’Haakon (qui est mort de ses blessures de Largs) les vend en effet à son homologue écossais. Les Orcades et Shetland restent les seules possessions norvégiennes.

La Norvège passe sous domination danoise avec l’Union de Kalmar en 1397 et l’influence danoise se fait alors de plus en plus ressentir. Or, le Danemark s’intéresse peu aux vestiges de l’empire d’outre-mer norvégien (Féroé, Islande, Orcades, Shetland) : le lien des archipels avec la Scandinavie se desserre donc.

Finalement, en 1469, le roi Christian Ier de Danemark a du mal à doter sa fille Marguerite, dont la dot a été fixée à 60 000  florins avec son promis le roi d’Ecosse Jacques (James) III. Désargenté, Christian ne parvient à réunir que la somme de 2000 florins. Il met alors en gage les Orcades pour une valeur de 50 000 florins et les Shetland pour une valeur de 8000 florins. Il ne parviendra jamais à réunir la dot requise en monnaie et les archipels seront donc annexés définitivement par l’Ecosse en 1471. C’est la toute dernière extension du territoire écossais…

Les Orcades et les Shetland sont donc restées aux mains de la couronne de Norvège pendant… plus de 600 ans ! Soit plus longtemps qu’elles n’ont été aux mains de l’Ecosse depuis ! (550 ans de domination écossaise seulement – depuis 1471 !)

Et après ?

A partir de là, l’Histoire de l’archipel rejoint grosso modo celle de l’Ecosse… Quelques faits notoires et distinctifs cependant, de ce fameux XVe s. (où l’Ecosse, enfin unifiée, reçoit ces derniers bouts de territoire que sont les Orcades et les Shetland) à nos jours :

  • Un titre de « comte des Orcades » sera recréé par la couronne d’Ecosse en 1567 (1ere création du titre par la couronne), puis en 1581 (seconde création) puis en 1696 (3e création titre toujours valable aujourd’hui).
  • Le vieux norrois reste la langue vernaculaire jusqu’au XVIIIe s. (XIXe selon certaines sources), avant d’être peu à peu remplacé par l’anglais !
  • La piraterie aura fait partie du lot quotidien des Orcades et des Shetland pendant des siècles (époque viking mais également jusqu’au XIXe s. !), de concert avec la contrebande.
  • La pêche et le commerce avec la Scandinavie puis la Ligue hanséatique resteront longtemps des activités économiques prépondérantes (forcément…)
  • La baie de Scapa Flow aux Orcades, l’un des plus grands ports naturels du monde, fut une base primordiale de la Royal Navy.
  • A la fin de la Première Guerre Mondiale: dans la baie de Scapa Flow, le 21 juin 1919, la flotte allemande consignée et défaite s’auto-saborde pour éviter d’être récupérée par les Anglais victorieux. Une large partie de la flotte, cependant, ne coulera pas.
  • Au tout début de la 2e Guerre Mondiale le 14 octobre 1939, dans cette même baie pourtant archi-protégée, le sous-marin allemand U47 réussit l’exploit symbolique de torpiller le cuirassé Royal Oak en rade dans la baie. Petit souvenir de 14 en mode vendetta. Churchill réagira en faisant construire plusieurs digues pour réduire le nombre d’accès maritimes à la baie de Scapa Flow : construites par des prisonniers italiens pendant la guerre, ces digues sont toujours visibles aujourd’hui…
  • Les deux archipels ont connu un regain économique considérable avec la découverte de pétrole en Mer du Nord.
  • La culture (coutumes, légendes, toponymie…) scandinave reste, aujourd’hui encore, très très présente dans ces deux archipels : aux Shetland, le festival annuel viking de Up Helly Aa célèbre encore, à coups de drakkars et de flambeaux, les origines scandinaves de la population…

NB : pour bien des Orcadiens, l’Age d’Or de l’archipel… c’est la période viking !

Le mot de la fin…

Alors voilà : SI cette petite histoire des Orcades vous a paru relativement claire, sachez que c’est parce que… je l’ai simplifiée… et que j’ai volontairement omis certaines sources absolument (à mon sens) incompréhensibles, aux propos sans queue ni tête et aux affirmations en totale contradiction avec tout ce que je lisais par ailleurs. C’est notamment le cas pour l’Histoire des Hébrides et des Vikings de Dublin : on lit de tout et n’importe quoi et, surtout, il apparaît clairement qu’on n’est, à l’heure actuelle, pas sûr de grand-chose. Car en ce qui concerne l’Histoire des Vikings et notamment de tous ces archipels (Orcades, Hébrides, Shetland, île de Man…), on n’arrive à se documenter qu’à coups de « peut-être », de « parfois », de « on suppose que… », de « prise de possession de tout ou partie de… », « en telle date ou en telle autre », des dates de règne inconnues, des fils putatifs, des amalgames entre personnages célèbres, des trous dans la chronologie, des règnes qui semblent se chevaucher, des personnages à moitié légendaires ou à l’existence remise en question par certains historiens, des dates contradictoires, des paradoxes, des sources écrites des siècles plus tard et mêlant et de façon revendiquée la réalité, le souvenir et le mythe (sagas), des décennies sans la moindre info, le manque de traces écrites, des sources qui ont brûlé, des récits écrits a posteriori pour légitimer la suprématie de tel ou tel peuple sur telle partie de l’Ecosse (ou du monde, d’ailleurs), des interprétations divergentes, des historiens qui s’opposent, des incompatibilités, différentes versions d’un même fait, du conditionnel… Enfin, vous voyez le topo.

« Des difficultés similaires existent à propos de l’origine de Godfred Ier de Man, le dirigeant supposé des Hébrides au IXe s. » ; « il a été suggéré que son apparition ressemble aussi beaucoup à l’œuvre propagandiste de… » ; « Il a peut-être aussi été roi des Rhinns de Galloway, suggérant que l’île de Man et les Hébrides sont à nouveau séparés (bien qu’il soit possible qu’il ait aussi régné sur les Hébrides ». Voyez le genre ? Ces quelques phrases viennent d’une source que j’ai trouvée particulièrement obscure concernant le Royaume de Man et des îles (sur wikipedia, en l’occurrence).

DONC ! j’ai simplifié ; j’ai retenu le fil rouge de faits semblant cohérents et à peu près pouvoir s’enchaîner correctement ; j’ai zappé des passages absolument inextricables ; et, seule certitude : les influences scandinaves, écossaises (celtes) et norvégiennes-gaëlles (nom donné à la culture synchrétique formée dans le sud-ouest de l’Ecosse et les Hébrides où il y eu un fort phénomène de métissage via l’exogamie et la gaélisation des Vikings hébridais – vs les Orcades) s’entremêlent à cette époque. Et seule autre (quasi-)certitude : les archipels aujourd’hui écossais ont été pendant des siècles vassaux du roi de Norvège (pour les Hébrides, le Galloway, l’île de Man et le sud-ouest de l’Ecosse, cependant, on lit parfois qu’ils ont été par moments plutôt rattachée à la couronne d’Ecosse, aux rois vikings de Dublin… bref : on n’est pas sortis d’affaire).

Alors voilà : constatant qu’il me serait impossible de coller strictement à la réalité même si je le voulais (étant donné le nombre de trous, d’incertitudes, de contradictions, de versions divergentes et de suppositions phénoménal auquel on se heurte quand on se plonge dans l’Histoire de l’archipel des Orcades), vous me pardonnerez, je l’espère, les quelques libertés prises avec l’Histoire (si tant est qu’on puisse parle de « libertés » et de licences poétiques par rapport à un tel flou concernant le « donné historique » de base !) et que je me sois offert cette marge de manœuvre généreuse pour y inscrire ma trame romanesque…

En espérant vous retrouver pour une « Petite Histoire » plus simple à retranscrire la prochaine fois !^^

Romanesquement vôtre,

Aurélie

Texte : (c) Aurélie Depraz
Illustration : Pixabay

Pour aller plus loin… quelques-unes de mes sources :

Vidéos :

Les Orcades au Néolithique : un important centre spirituel !!! la capitale mondiale des cercles de pierre ! https://www.youtube.com/watch?v=pwhoJfWvw-Q

Petite histoire des Orcades… en anglais ! (y en a pas en Fr !) https://www.youtube.com/watch?v=V8Vof457rug

Livres :

Scotland’s vikings (Gordon and Frances Jarvie), Editions National Museums Scotland

Atlas des Vikings (789-1100), John Haywood, Editions Autrement

Liens internet – articles – blogs : 

https://www.google.com/search?q=history+of+orkneys&oq=history+of+orkneys&aqs=chrome..69i57j0l5.2420j0j4&sourceid=chrome&ie=UTF-8

https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Orkney

https://www.historic-uk.com/HistoryUK/HistoryofScotland/The-History-of-Orkney-Shetland/

https://www.britannica.com/place/Orkney-Islands

https://fr.wikipedia.org/wiki/Orcades

http://www.orkneyjar.com/history/history5.htm

https://www.scottishaccommodationindex.com/orkneypics.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Orcades

https://fr.wikipedia.org/wiki/Comte_des_Orcades

https://fr.wikipedia.org/wiki/Caithness

https://fr.wikipedia.org/wiki/Comte_de_Caithness

https://en.wikipedia.org/wiki/Caithness

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sutherland_(%C3%89cosse)

https://en.wikipedia.org/wiki/Sutherland

https://fr.wikipedia.org/wiki/Royaume_de_Man_et_des_%C3%8Eles

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2 thoughts on “Petite Histoire des Orcades (& des Shetland)

  1. Bonjour Aurélie.
    Un travail apparemment important, pardon, considérable, pour un résultat que tu sembles trouver modérément satisfaisant. Bravo, tu as piqué ma curiosité. Et je comprend à quel point tu dois être occupée…
    Amitiés.

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