L'Histoire (la grande !)

Petite histoire des Vikings : 2 – les Norvégiens

Bonjour ! Aujourd’hui, pour tout saisir des enjeux et contextes de mon 5e roman, Comme une aurore dans la brume , je vous propose une petite synthèse de l’histoire des Vikings de l’actuelle Norvège !

Pour une petite intro globale aux Vikings et à ce qu’on a appelé « l’ère » viking, je vous invite à lire l’introduction générale que j’avais donnée à mon mon article sur les Vikings danois (pour éviter une répétition fastidieuse) à l’occasion de mon premier roman portant sur les Vikings : L’amour, la mer, le fer et le sang

Aujourd’hui, je vais donc me concentrer sur les Vikings de Norvège : de très grands marins et explorateurs. Présentons sans tarder leurs zones de raids (et d’installation) de prédilection :

  • Le nord et l’ouest des îles britanniques (Irlande, Ecosse, Hébrides, Orcades, Shetland, Féroé)
  • l’Islande, nation créée de toutes pièces par les Vikings de l’ouest
  • le Groenland & l’Amérique du Nord

Puis nous nous pencherons sur l’état interne de la Norvège (qui était alors loin de constituer un royaume unifié ! du moins, au début de l’ère viking…) pour voir où cela nous conduit à la fin de la période dite « des Vikings ».

Les colonies, les bases, les comptoirs, les conquêtes

L’Irlande et l’île de Man

L’Irlande figure parmi les premières destinations harcelées par les Vikings norvégiens. Dans un premier temps (pendant quelques décennies), ceux-ci de contentent de raids-éclairs et de piller les églises, les monastères… Ensuite, ils commenceront à s’établir dans des comptoirs de commerce fortifiés. Pas de résistance ou de contre-attaque efficace de la part des Irlandais, qui sont en proie à d’incessantes querelles au sein des 5 royaumes qui se partagent alors l’île : Le Munster, le Meath, le Leinster, l’Ulster et le Connacht. Cependant, les Norvégiens auront du mal à prendre possession du pouvoir politique car en se sédentarisant (comptoirs, bases, forts…) ils perdront leur principal avantage : leur rapidité, leur mobilité, leur stratégie basée sur la surprise. Par ailleurs, si la résistance locale est désorganisée, elle n’en est pas moins véhémente.

Avec l’arrivée, à la fin du IXe s., des Danois (fondation du royaume du Danelaw en Angleterre, vous vous souvenez ? cf. mon article sur les Danois et mon roman L’amour, la mer, le fer et le sang ) et les prétentions de ces derniers, qui commencent également à s’intéresser à l’Irlande, l’île n’offre plus de bonnes conditions pour les Norvégiens, sans compter que les Irlandais continuent de leur mener la vie dure (de façon éparse et non coordonnée, mais tout de même, ils sont coriaces, ces Celtes !).

Peu à peu, les Norvégiens perdent leur ascendant sur les populations locales et ont de plus en plus de mal à conserver leurs comptoirs (Dublin…). Les rois irlandais les harcèlent et certains commencent à vouloir unifier le pays. Les Vikings perdent et reprennent leurs comptoirs à répétition mais sont de plus en plus souvent contraints de payer un tribut aux chefs irlandais pour conserver leur indépendance. A la fin du XIe s., le rapport de force s’est définitivement inversé. Par ailleurs, la culture viking était peu à peu absorbée par la culture celte (acculturation des Vikings = un phénomène très récurrent dans leur histoire : les Vikings avaient une faculté d’adaptation et d’acculturation extraordinaire : ils n’avaient pas leurs pareils pour se fondre à une population).

La conquête anglo-normande (par les troupes de Guillaume le Conquérant) de l’Angleterre au XIe puis de l’Irlande au XIIe aura définitivement raison de l’influence politique scandinave dans cette zone.

L’Ecosse, les Hébrides, les Orcades, les Shetland, les Féroé

En Ecosse, même schéma : des raids de pillage au début (dès 795 aussi), à destination surtout des grands monastères comme celui d’Iona, suivis d’une installation plus durable sur la côte ouest du pays (du Galloway, au sud-ouest de l’Ecosse actuelle, jusqu’à la côte de l’extrême-nord), dans les Hébrides, les Orcades et les Shetland, à partir du milieu du IXe s.

Les Norvégiens soumettent totalement les Orcs (habitants des Orcades) et les Celtes des Shetland et contrôlent rapidement ces deux archipels, ainsi que les Féroé.

Pour ce qui est des Hébrides et de toute la côte ouest de l’Ecosse actuelle, ils dominent politiquement, mais se fondent aussi plus vite aux populations.

A noter : les raids perpétrés depuis les bases et royaumes vikings d’Ecosse (Orcades, Hébrides…) continueront jusqu’au… XIIIe s., soit plus de deux siècles après que tout raid viking ait cessé ailleurs ! Cibles : les côtes écossaises, galloises et irlandaises, qui souffriront le plus longtemps des pillages et exactions vikings.

Lire aussi ma “Petite histoire des Orcades (et Shetland)” pour plus de précisions, et mon roman Shaena, en rapport direct avec cette présence viking dans les archipels du nord !

L’Islande

L’Islande est découverte par plusieurs explorateurs norvégiens entre 860 et 871. Elle est alors inhabitée (à l’exception de quelques moines irlandais venus chercher la solitude –  et qui ne tarderont pas à repartir fissa, on s’en doute !).

A partir de 871, l’île est massivement colonisée par les Scandinaves, qui viennent presque tous de la côte ouest de la Norvège, des Orcades, des Shetland, des Féroé, des côtes écossaises et d’Irlande. Ils viennent avec leurs esclaves celtes (écossais et irlandais). C’est la grande phase de colonisation de l’Islande (870-930). Reyjavik est fondée en 874. En 930, un Althing (grande assemblée = le plus ancien parlement d’Europe) est créé et l’Etat libre (et indépendant, à l’époque) islandais fondé. Les Vikings (de Norvège) y créeront une société unique en son genre. Le fleuron de la culture viking.

Pour tout savoir de l’histoire de ce pays, lisez aussi mon article « Petite histoire de l’Islande » ! Je vous y raconte tout bien plus en détail, de la découverte de l’île au IXe s. à aujourd’hui 😉

Le Groenland et l’Amérique

Depuis l’Islande, les Vikings (d’origine norvégienne, donc), toucheront aussi le Groenland dans les années 980 (où ils s’installeront !) et l’Amérique du Nord (zone de Terre-Neuve, au Canada) en 1000. Ils auront été en contact avec les Amérindiens. Probablement mal accueillis, ils n’y sont pas restés.

J’en parle également dans mon article sur l’Islande, mais il est fort probable aussi que j’y consacre un article détaillé… à l’occasion d’un autre roman… (je n’en dis pas plus… mais vous avez compris ^^)

Voilà pour les colonies, « l’outre-mer ». Et en Norvège, pendant ce temps ???

Unification et christianiation progressive de la Norvège : du paganisme et chefferies multiples à un seul royaume chrétien centralisé

En Norvège, pendant ce temps, voici la situation : 29 royaumes (oui, oui !!!) qui se font la guerre. Des troubles internes, une insécurité permanente et une concurrence acérée qui font partie des principaux facteurs poussant ces populations à coloniser, migrer, conquérir, razzier… En effet, le contexte politique interne à la Scandinavie (que ce soit en Suède, au Danemark ou en Norvège) a toujours été évoqué comme facteur n°1 des raids vikings et de l’expansion des Vikings, avec, probablement, une forte croissance démographique. Donc, besoin de terres nouvelles, de pâturages, de se procurer des richesses (esclaves, or…) pour pouvoir se faire la guerre de retour au pays, besoin de trouver d’autres femmes (polygamie des puissants oblige) etc.

A partir du milieu du IXe s., Halfdan le Noir, roi du Vestfold, commence à réunir plusieurs royaumes autour du sien (dans le sud-est du pays). Il les conquiert ou en hérite, selon les cas (j’en parle de façon plus détaillée dans mon roman Comme une aurore dans la brume ).

Son fils, Harald, connu sous le nom d’Harald à la Belle Chevelure, continue son œuvre et, selon la légende, parvient à conquérir TOUS les royaumes de Norvège (soit en les soumettant par la force, soit en les amenant à lui prêter serment). Les deux derniers à tomber… sont le Rogaland et le Hordaland (oui ! oui ! c’est le contexte de Comme une aurore dans la brume !) à l’été 872, lors de la bataille de Hafrsfjord, près de Stavanger. Aujourd’hui, 3 immenses épées plantées dans le sol symbolisent les 3 opposants (Harald et les deux chefs du Rogaland et du Hordaland) et la paix (du fait que ces épées sont plantées dans le sol).

En réalité, on considère que c’est plutôt son descendant, Olaf, dit Olaf le Saint (puisque c’est lui qui imposa le christianisme en Norvège au XIe s.), qui a véritablement parachevé ce travail d’unification. Néanmoins, Harald est toujours considéré comme le premier roi de Norvège (vs. Les rois en Norvège, avant lui). C’est à la même période que le Danemark et la Suède sont eux aussi christianisés et unifiés (phénomènes concomitants).

L’Angleterre aurait pu finir… scandinave… (hein ?)

Au début du XIe s., la Norvège passe sous le contrôle du puissant roi du Danemark, Sven à la Barbe Fourchue (authentique !) puis sous celui de son fils, Knut le Grand (cf. mon article sur les Danois – dernière section : « Oh puis non ! On retourne en Angleterre »). Sven et Knut ont repris la bataille du Danelaw (sur le sol anglais) et ont réussi à en être rois (non sans être harcelés par la maison du Wessex). Comme je l’avais décrit dans mon article sur les Danois, de 1000 à 1066, la maison de Jelling (rois du Danemark… et de Norvège, donc, depuis le début du XIe s.) et la maison de Wessex (anglo-saxons d’origine) se disputent la couronne d’Angleterre.

Knut sera, pour un temps bref, roi du Danemark, de Norvège et d’Angleterre !

Mais à sa mort en 1035, son empire est disloqué et l’opposition entre la maison de Jelling (rois dano-norvégiens) et la maison de Wessex (rois anglais) pour le trône d’Angleterre trouve une fin avec le débarquement du Normand Guillaume qui conquiert l’Angleterre en 1066. Non sans que le nouveau roi de Norvège Harald III Hardrada (= « l’Impitoyable ») ait tenté une dernière fois d’envahir l’Angleterre, alors aux mains de l’Anglais Harold Godwinson… qui parviendra à le repousser à la bataille de Stamford Bridge (dernière bataille viking en Angleterre), mais succombera à l’attaque, juste derrière, de Guillaume le Conquérant : bataille d’Hastings, 1066, victoire de Guillaume, Harold est tué, l’Angleterre passe à l’ère anglo-normande. Les Norvégiens (ou les Danois) ne viendront plus jamais disputer la couronne d’Angleterre aux anglo-saxons et cette date est souvent retenue comme marquant la fin de l’ère viking tout entière.

Néanmoins, les Norvégiens resteront encore maîtres des Orcades, des Hébrides et des Shetland… pendant plusieurs siècles ! avant de devoir finalement les céder à l’Ecosse (mariages et défaites militaires obligeant)… – cf., encore une fois, mon article “Petite histoire des Orcades (et Shetland)”  !

Par la suite, la Norvège formera un royaume centralisé et chrétien associé…

  • tantôt au Danemark et à la Suède (Union de Kalmar)…
  • tantôt au Danemark seul (qui le dominera pendant des siècles)…
  • tantôt à la Suède seule (brièvement, au XIXe)…
  • pour finalement redevenir un royaume à part entière, parfaitement autonome…
  • et, aujourd’hui, ironie de l’Histoire, l’un des pays les plus pacifiques du monde !!! Et où, à l’instar de ses voisins, l’indice de bonheur serait parmi les plus élevés ! (si, si !)

On est bien loin de l’insécurité et de la violence de l’ère viking, vous ne trouvez pas ?^^

A lire/ voir aussi…

Sur ce blog:

Sur le web:

1 – La liste des royaumes vikings de Norvège avant leur unification par Harald (et son père avant lui, qui avait commencé à en conquérir) :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_royaumes_de_Norv%C3%A8ge

2 – Pour tout savoir sur Harald Ier de Norvège, premier « roi de toute la Norvège » (même si, bien sûr, l’unification du pays prit bien plus qu’une simple génération, et n’est généralement considérée comme achevée qu’avec son descendant, Olaf, quelques décennies plus tard)

http://www.histoireeurope.fr/RechercheLocution.php?Locutions=Harald+Ier+de+Norv%E8ge

http://www.fafnir.fr/haraldr-haarfagre

https://fr.wikipedia.org/wiki/Harald_Ier_de_Norv%C3%A8ge

3 – L’Histoire de la Scandinavie en 3 min de vidéo ! (histoire de débroussailler un peu tout ça et d’avoir un aperçu de l’Histoire de la Norvège APRES les Vikings) https://www.youtube.com/watch?v=2OR_IwbjrQ8&t=111s

Remarque finale :

l’Histoire des Vikings reste mal connue. Les premières traces écrites scandinaves, mis à part quelques runes (sur des bâtons, pierres, stèles…) datent des XIIe et XIIIe s. : ce sont les sagas (épopées) et eddas (poèmes), qui émanent principalement d’Islande (d’où provient la plus importante part de la littérature scandinave), soit des siècles après la fin de « l’âge » viking. Ainsi, ces peuples scandinaves du Moyen-Age sont principalement connus à travers l’archéologie et ce que leurs « victimes » et « ennemis » (Arabes, chrétiens…) ont bien voulu écrire à leur sujet : dès lors, on se doute que nos connaissances concernant les Vikings sont très lacunaires (archéologie) et nos sources écrites très partiales (manuscrits d’ecclésiastiques chrétiens etc.)

Ainsi, la plupart des dates, des événements et des histoires sont toujours très controversés parmi les historiens. Aussi ai-je pris les dates et versions qui m’intéressaient/m’arrangeaient le plus, en tant que romancière, pour « Comme une aurore dans la brume »… En effet, selon les sources, vous trouverez, pour la naissance d’Harald, des dates allant de 850 à 863… Pour ce qui est de la bataille de Hafrsfjord : 872, 885, 900… Tantôt, vous lirez que le pouvoir d’Harald s’étendait surtout sur le sud-est du pays, autour du Vestfold, tantôt, surtout à l’ouest, et peu à l’est ; tantôt, qu’il s’est rallié le nord, tantôt, il n’en est pas du tout fait mention… Vous lirez même parfois que certains historiens remettent jusqu’à son existence en question, puisqu’il n’est fait mention de lui pour la première fois que… des siècles après cette « unification » du royaume de Norvège qu’on lui attribue !

Ainsi, restons souples : non seulement le romancier historique joue toujours avec l’Histoire (sinon, il s’agirait de thèses de doctorat, de traités d’Histoire, de monographies et de biographies, et non de romans), non seulement, il l’accommode à sa propre intrigue… mais en plus, l’Histoire ne reste qu’une science humaine, en proie à de nombreux doutes, de nombreuses zones d’ombre… et contrainte à de très, très nombreuses suppositions autour desquelles les historiens eux-mêmes ne s’accordent pas…

Historiquement vôtre,

Aurélie

Images : 2 images libres de droit Pixabay
Texte : (c) Aurélie Depraz

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