L'Histoire (la grande !)

Petite Histoire des Vikings – 3 : les Suédois

Introduction

Les Suédois… Un peuple dont l’Histoire, si elle est, bien sûr, indissociable de celle des autres Scandinaves (Danois, Norvégiens – et même Finlandais, même si ceux-ci sont un peu à part), est tout aussi indissociable de celle des Slaves…

Car, en effet, si l’expansion vers l’ouest (sud et nord) fut le fait, comme nous l’avons vu au cours de mes précédents articles sur les Danois et les Norvégiens, des Scandinaves de l’ouest, le front d’opération suédois, lui, fut essentiellement tourné, en toute logique, vers l’est et le sud-est : vers les Finnois, les Slaves, les Arabes et les Byzantins… au point même de donner, plus tard, leur nom… à la Russie !

Car, de fait, « Rus » est, avec « Varègues », l’un des deux noms donnés aux Suédois par les Finnois et les Slaves.

  • 2 origines pour le terme de « Varègue » :
    • la moins souvent avancée : « Varègue viendrait du vieux norrois » « vara » = marchandise, le Varègue étant, effectivement, avant tout un marchand (prédateur et guerrier bien souvent, mais un commerçant cherchant à s’enrichir avant tout)
    • La 2nde, plus fréquente : « Varègue » viendrait du vieux norrois « vár », ce serment contraignant qu’échangeaient les membres d’une confrérie de marchands avant de se lancer dans un convoi de marchandises. Un serment impliquant entraide, protection mutuelle, partage des profits et des risques. 2e élément du mot : « gengi », signifiant « compagnon » ; un Varègue était donc un ami juré, un fédéré, un homme lige et engagé par serment.
    • A noter : pour les Slaves, la mer Baltique s’est longtemps appelée « mer des Varègues » !
  • 3 origines possibles pour le terme de « Rus »… qui donnera bien son nom à la Russie et aux Russes ! (qui tirent donc leur nom des Scandinaves de l’est et non des Slaves de l’époque !)
    • « Rus » signifierait « roux », les Varègues en comptant un certain nombre dans leurs rangs…(?)
    • Ou bien, « Rus » viendrait du fait que beaucoup d’entre eux venaient de la région de « Rods-Lagen » en Suède (sud de l’actuelle Stockholm), une région alors appelée Roden…
    • Mais l’explication la plus fréquente est que le terme était déjà utilisé par les Finnois, « Ruotsi » étant pour eux la Suède (toujours aujourd’hui d’ailleurs), terme venant du vieux norrois « rother/ródr » (=rames/navires/ramer) et « rothskarlar » (= rameurs/marins)
  • Avec le temps, le terme de « Rus », après avoir désigné les Vikings de l’est venus s’implanter dans les plaines slaves, fut de plus en plus associé aux habitants (Scandinaves et Slaves mêlés) de la Rus’ de Kiev, et le terme de « Varègues », plus large à l’origine (=tous les Vikings de l’est), aux marchands suédois « de passage » sillonnant les systèmes fluviaux de l’est.

Les origines de la « Rus’ de Kiev »

…ou « Russie kiévienne » ou encore « Principauté de Kiev », « Ruthénie prémongole », « Etat de Kiev »…

NB : comme je le rappelle dans l’avant-propos de mon roman Les Routes de l’Est, les échanges commerciaux et excursions vers l’est des Suédois auraient commencé dès 650… soit un siècle et demi avant les premiers raids danois et norvégiens vers l’ouest et le nord !

Selon certaines chroniques, les Rus (Scandinaves, donc), après avoir longtemps levé des tributs auprès des peuplades slaves et finnoises du nord-ouest de la Russie actuelle, auraient été appelés par eux pour les gouverner (les Slaves étant censés, selon cette version de l’Histoire, rencontrer des difficultés à s’administrer eux-mêmes en raison de violentes dissensions internes, et donc avoir lancé cet « appel aux Varègues »), ce qui, en 862, amena 3 frères, dont Rurik (fondateur de la dynastie des Rurikides qui régnera sur la « Rus de Kiev » puis sur la Russie pendant des siècles, bien avant les Romanov !), à prendre le contrôle de Novgorod (pour Rurik), de Biéloozero (pour Sinéus) et d’Izborsk (pour Truvor). Selon cette version, les Slaves se seraient tournés vers les Rus en raison de leurs talents d’administrateurs notoires (incontestables talents dont les Vikings firent preuve à chacune de leurs installations outre-mer, en Islande, en Normandie, en Sicile…)

Il est néanmoins plus probable que les Vikings de l’est aient plutôt subjugué la population locale après avoir pris le contrôle (par la force ?) des comptoirs commerciaux du nord-ouest des territoires slaves, dont Novgorod, Biéloozero et Isborsk.

A terme, ce serait le souverain de Novgorod, le dénommé Rurik, qui aurait pris le dessus et été, à la mort de ses frères, reconnu par tous les Rus, à l’exception de ceux de Kiev, restés soumis et fidèles à deux autres chefs varègues (peut-être des vassaux de Rurik, selon certaines versions) : Diri et Höskuldr.

Dans tous les cas, les deux « principautés » (qui n’en étaient pas encore) de Kiev et de Novgorod seront rapidement réunies sous la coupe de la dynastie des Rurikides, sous Oleg, qui en 882 s’empara de Kiev pour en faire sa résidence principale, faisant passer le centre du pouvoir rus de Novgorod à Kiev. Oleg était le père adoptif d’Igor, le fils de Rurik, qui gouvernera la toute nouvelle « Rus de Kiev » après Oleg.

A noter : l’idée des Slaves invitant les Varègues à les gouverner ne serait, selon certains historiens, qu’un moyen, a posteriori, de légitimer l’autorité de la dynastie (scandinave) des princes de Kiev.

A noter également à ce sujet : l’Histoire de la Rus de Kiev a suscité et suscite encore bien des débats parmi l’élite des historiens (slaves bien sûr, mais pas uniquement), bien plus que de nombreux autres points de l’Histoire mondiale. Et pour cause : avec Kiev et Novgorod, les Vikings et les Slaves, c’est de l’origine de plusieurs pays, Ukraine, Russie et Biélorussie en tête, qu’il est question ; en jeu donc, des questions de domination, de rapports de force, de premières capitales, de centres de pouvoir, d’origine des premiers dirigeants… C’est simple, d’habitude je m’intéresse fort peu (et sûrement à tort) aux commentaires sous les vidéos youtube que je regarde (reportages, documentaires…) pour préparer mes romans (en fait, je ne m’y intéresse qu’en cas de doute quant à l’authenticité et au sérieux des propos tenus). Mais force est de constater que… quand vous cherchez des vidéos sur la Rus de Kiev… quel déchaînement de passions dans les commentaires ! Les uns y voient une façon de légitimer l’indépendance de l’Ukraine par rapport aux velléités de Moscou (débat hautement contemporain !), les autres une manière de justifier le fait que l’Ukraine n’est qu’une partie de la Russie historique… Les uns voient dans les origines supposément scandinaves de la première dynastie kiévienne (jusqu’aux Romanov, rappelons-le !!!) une sorte de complot ouest-européen néo-nazi pour soumettre les Slaves et prétendre qu’ils n’auraient pas été capables de se gouverner eux-mêmes… L’ex-Union soviétique y voyait bien sûr un excellent prétexte pour réunir tous les Slaves dans un même gigantesque état (néanmoins sous la coupe de Moscou et non de Kiev)… Bref, moult controverses, depuis des décennies, et des plus ardentes ! Dans ces commentaires, issus d’amateurs comme de chercheurs, chacun y va de son nationalisme, de ses intérêts gouvernementaux, le tout pimenté d’enjeux idéologiques et politiques lors de la période communiste (les Soviétiques allant jusqu’à nier en bloc l’origine suédoise des premiers dirigeants rus… dont les noms, ouvertement nordiques avant de se slaviser au milieu du Xe s., ne laissent pourtant guère de place au doute, de même que les témoignages aussi bien arabes que chrétiens de l’époque…)

Il est, en tous les cas, à peu près certain que les premiers chefs de l’Etat rus (ou « Rus de Kiev » ou « Principauté kiévienne ») venaient de Suède et que leur règne contribua à la création d’un Etat politique unifié et à l’émergence des villes (grâce aux marchands et marins scandinaves, à leur activité, à leur dynamisme, à l’ouverture sur la Baltique et sur le reste de l’Europe qu’ils permirent à cette partie de l’actuelle Russie, bien plus développée d’ailleurs que le reste de l’immense territoire russe…), même si, d’un point de vue culturel, juridique, social et linguistique, l’Etat en question demeurera profondément slave dans ses origines (seule l’élite dirigeante et une très faible partie de la population auraient été scandinaves, et très vite assimilées, tout aussi vite d’ailleurs qu’en Ecosse, en Normandie, en Irlande…)

Ceux d’entre vous qui ont lu ou liront mon roman Les Routes de l’Est retrouveront là l’objet du houleux débat du chapitre I entre Sweyn et Svetlana…

La Rus de Kiev : un état aux origines de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie… qui dura 3 siècles !

Les premiers règnes sur la Rus de Kiev sont donc ceux de Rurik, puis d’Oleg, puis d’Igor (fils de Rurik et fils adoptif d’Oleg), puis d’Olga, de Sviatoslav, de Vladimir et de Iaroslav, ce qui couvre le double-siècle 862-1054. De grands événements auront lieu sous chacun de ces règnes avant que la situation, à partir de la fin du XIe, et notamment les sempiternelles dissensions dynastiques, aient raison de la principauté de Kiev qui, peu à peu, se disloque en une multitude de principautés indépendantes. On continue de parler de « Russie kiévienne » pour parler de l’ensemble mais, à partir de 1054, chacune y va de son pouvoir politique, de sa capitale, de ses rapports de force…

Mais reprenons ces fameux règnes (en deux mots).

Sous Rurik :

  • Rurik et ses deux frères prennent Novgorod, Biéloozero et Izborsk.
  • Rurik prend ensuite la tête du tout.
  • Il envoie (peut-être) Dir et Askold diriger Kiev, qui reste indépendante.
  • Dir et Askold auraient tenté une attaque contre Constantinople dans les années 860 : cette première attaque, grande surprise pour Constantinople, se solde par un échec (une tempête détruit la flotte en question), mais non sans avoir semé la terreur dans les alentours de la capitale byzantine et avoir fait gagner aux Vikings une réputation aussi soudaine que féroce dans cette partie-ci du monde, d’où ils étaient presque absents jusque-là (quelques contacts commerciaux seulement avec Byzance depuis 838-9). Un 1er traité de paix est signé avec Byzance.

Sous Oleg (cousin de Rurik et tuteur d’Igor, fils de Rurik, 882-912) :

  • Oleg prend Kiev, élimine de Dir et Askold et devient à la fois gouverneur de Kiev et de Novgorod.
  • Kiev devient la capitale de l’Etat qui émerge : Oleg y déplace le centre de son pouvoir.
  • Il attaque Constantinople en 907 ; son expédition se solde par un échec militaire, mais également par la signature d’un traité commercial avantageux pour les Rus, doublé d’un autre traité en 911 (c’est cette attaque et ce traité que j’évoque à plusieurs reprises dans « Les Routes de l’Est »).
  • Oleg meurt assassiné.

Sous Igor (fils de Rurik et fils adoptif d’Oleg, 912-945) :

  • Igor épouse Olga.
  • Il attaque Constantinople en 941 : nouvel échec (flotte exterminée par les feux grégeois byzantins !), mais nouveau traité commercial avantageux pour les Rus.
  • Igor combat aussi avec acharnement les Drevlianes…
  • … qui finissent par le capturer, l’écarteler et le couper en morceaux…

Sous Olga (femme d’Igor et régente, 945-960) :

  • Elle mène une expédition punitive fort cruelle envers la tribu des Drevlianes et leur impose un très lourd tribut.
  • Elle assure la régence en attendant la maturité de son fils.
  • Elle se convertit au christianisme à titre personnel et se fait baptiser sous le nom d’Hélène.

Sous Sviatoslav (fils d’Igor et d’Olga, 945-972) :

  • Premier grand-prince à avoir un nom directement slave (les autres avaient un nom suédois, traduit en slave par la population locale : Igor, par exemple, s’appelait en réalité Ingvarr et Oleg, Helgi !)
  • Donc processus de slavisation rapide de l’élite suédoise.
  • Sviatoslav combat les Bulgares, les Khazars, les Pétchénègues…
  • Il attaque lui aussi Constantinople (échec… : une fois de plus, ce raid n’a pour conséquence que la renégociation des traités commerciaux : militairement, les Rus furent toujours vaincus par l’armée byzantine, qui disposait d’une arme fatale : le feu grégeois)
  • Le Khan Pétchénègue finira par faire une coupe à boire de son crâne… (gloups !)

A noter : les Scandinaves seront toujours restés largement minoritaires : absents des milieux ruraux (exclusivement slaves), ils ne formaient probablement qu’une élite de marchands, de guerriers et de dirigeants qui administrèrent et organisèrent la Rus’, mais n’eurent pour ainsi dire aucune influence sur la langue, les coutumes, la société, la culture… slaves. L’acculturation des dirigeants varègues sera d’ailleurs très rapide (slavisation croissante au fil des décennies), si bien que, on l’a vu, dès Sviatoslav, la dynastie au pouvoir adopte des noms slaves… L’assimilation totale des Varègues n’a pris que 150 ans. Dès l’an Mil, la slavisation des Rus’ est achevée dans tous les domaines…

Sous Vladimir (l’un des 3 fils de Sviatoslav, après une lutte fratricide pour la succession, 980-1015) :

  • C’est le fils de Sviatoslav et de sa concubine Malioucha (princesse drevliane).
  • Il accède au trône après avoir fait assassiner son frère Iaropolk, qui avait gouverné Kiev quelques années avant lui et avait fait assassiner leur autre frère, Oleg (Oleg et Iaropolk étaient les fils de Sviatoslav et de son épouse officielle).
  • Adoption du christianisme orthodoxe byzantin pour lui-même et pour toute la nation : c’est le « baptême de la Russie » (célébré avec force propagande dans le film russe, par ailleurs très décevant malheureusement, « Viking, la naissance d’une nation ») : Vladimir a compris que seule une religion d’état unifierait son peuple et le relierait une bonne fois pour toutes au reste du monde chrétien.
  • Il épouse la sœur de l’empereur byzantin (renforçant son alliance avec Byzance…)
  • Très forte influence culturelle de Byzance, donc : la conversion de Vladimir et de la Rus’ de Kiev fait entrer le pays dans la sphère d’influence de l’empire byzantin et favorise l’émergence d’une identité culturelle foncièrement différente de celle qui prévaut alors et prévaudra dans l’Europe Occidentale : la religion, l’alphabet, les arts, les lois, la musique, l’architecture et les courants politiques seront fondamentalement hérités de la culture slave d’origine, mais aussi de Byzance.
  • Il unifie et agrandit le territoire de la Rus de Kiev. Il prend des villes à l’ouest aux Polonais, aux Prussiens, aux Lituaniens…
  • Il jette les bases d’un Etat puissant et centralisé : administration, institutions civiles et judiciaires, respect des canons de l’église, fondation d’écoles publiques…
  • A sa mort… il a 12 fils. Est-il utile d’annoncer de nouvelles guerres fratricides ?

Sous Iaroslav (1016-1054 à part deux mini-interruptions de Sviatopolk) :

  • Alors que son cousin Sviatopolk (fils de Iaropolk, frère de Vladimir, que celui-ci avait fait assassiner) a fait tuer plusieurs fils de Vladimir (ses cousins… vous me suivez ?^^), Iaroslav, craignant le même sort que ses frères, provoque Sviatopolk (qui n’a eu le temps que de régner quelques années, un peu comme son défunt père, en somme) et le bat.
  • Elimination de la menace pétchénègue.
  • Elaboration des institutions et des lois (la « Rousskaïa Pravda » = la « loi russe », premier code juridique slave)
  • Construction d’un grand nombre d’églises et de lieux de culte (dont Sainte-Sophie de Kiev et celle de Novgorod !)
  • Kiev est alors un des grands centres culturels de l’Europe.
  • Construction de solides murailles autour de Kiev.
  • Apogée de la puissance de la principauté de Kiev.
  • Dernière attaque contre Constantinople (presque un rituel d’intronisation, il faut croire !), en vain…
  • Ses 3 filles épousent des rois étrangers (la Rus est alors un puissant état, reconnu et intégré à l’Europe) : sa fille Anne, notamment, épouse le roi de France Henri Ier ! (lire le roman de Régine Desforges, Sous le ciel de Novgorod !)
  • Il prend par testament la malheureuse initiative d’attribuer à ses différents fils différentes parties de la Rus.

Après Iaroslav, nous arrivons donc en toute logique aux fameuses luttes de succession entre ses fils (bon il y en a eu un paquet avant, on l’a vu, mais là, les luttes intestines atteignent des sommets… et vont avoir de lourdes conséquences).

De fait, la Rus de Kiev entre dans une longue agonie : désintégration, divisions, fragmentation, morcellement… Sans compter le commerce avec les pays arabes et l’empire byzantin qui, à partir du XIe siècle, décline considérablement : les mines d’argent arabes sont épuisées (ce qui était une des principales motivations scandinaves), les routes des steppes redeviennent insécures (arrivée de nouveaux peuples nomades belliqueux, les Coumans et les Polovtses), première croisade contre l’Orient (affaiblissement de Byzance, perturbation du commerce avec l’empire byzantin, chevaliers teutoniques traversant régulièrement la Rus’…), développement des premiers comptoirs génois et vénitiens de la Mer Noire, donc apparition des nouveaux maîtres du commerce… : Kiev perd peu à peu son rôle prépondérant d’intermédiaire dans le commerce entre Nord et Sud, Baltique et Caspienne, Orient et Occident.

Ainsi l’Etat kiévien se retrouve-t-il morcelé en une dizaine de principautés : la principauté de Kiev, la Galicie, la Volhynie, les principautés de Smolensk, de Polotsk, de Techernigov, de Novgorod-Severski, de Pereïaslav, de Vladimir-Souzdal, de Riazan, de Tourov-Pinsk… Entre 1054 et 1224, ce sont plus de 60 principautés différentes qui émergent, évoluent, se succèdent et se remplacent. Celle de Moscou fut très tardive : elle n’apparut qu’en 1276 ! (J’ai été très surprise de découvrir une BD sur ce thème : Alexander Nevsky, de P. Teng et V. Volkoff, éditions Le Lombard)

Ce seront les Mongols, avec leurs grandes campagnes du XIIIe s. (les « invasions mongoles-tatares ») qui viendront sonner le glas définitif de cette première forme de Russie/Ukraine/Biélorussie. A leur tour, ils brûleront, pilleront, détruiront, massacreront. On considère que leur invasion de 1237 marque la fin irréversible de la Rus de Kiev : face à la Horde d’or, les princes russes n’ont d’autre choix que de reconnaître la suzeraineté mongole pour obtenir une lettre de grâce.

C’est à l’issue de cette période sombre de l’Histoire de la Russie et des pays slaves de l’est que la principauté de Moscou parviendra à tirer son épingle du jeu.

A partir de là, les Slaves de l’Est (et quelques scandinaves acculturés) ayant constitué l’Etat de Kiev se diviseront entre Russes, Ukrainiens et Biélorusses…

Mais les Varègues, ce furent aussi et surtout de grands marchands et de grands mercenaires

Les commerçants-guerriers varègues (=suédois) allèrent aussi loin à l’est et au sud que les Norvégiens allèrent à l’ouest et au nord : car, tandis que ceux-ci découvraient les Féroé, l’Islande, le Groenland et l’Amérique, les Suédois laissaient des traces de leur passage non seulement à Bagdad et à Constantinople, mais encore jusqu’à la mer Rouge, jusqu’au golfe Persique, et jusqu’à Samarcande, non loin des limites occidentales des empires indien et chinois de l’époque ! (voir, encore une fois, mon roman « Les Routes de l’est »)

Côté mercenariat, on ne peut parler des Vikings de l’Est sans mentionner la célèbre « Garde Varègue » ou « Garde Varangienne » : même si cette unité d’élite ne fut officiellement fondée et nommée qu’en 988 (je me suis permis d’anticiper un peu dans mon roman), on constate que dès 838 et les premiers rapports avec Byzance (envoi d’une ambassade à cette époque…), des Varègues s’enrôlèrent dans l’armée byzantine. Ils évoluèrent bientôt en une unité à part destinée à la protection rapprochée de l’empereur et du trésor royal en raison de leur loyauté (!) et de leur absence d’intérêt pour les intrigues de palais. On mit aussi à profit leurs qualités de marins et d’éclaireurs dans le cadre de combats navals et de missions de repérage.

La garde varègue sera une institution byzantine pluriséculaire qui perdurera dans l’empire byzantin bien après la fin de l’âge viking ! Essentiellement constituée de Suédois, elle n’en intégra pas moins de nombreux Slaves, Danois, Norvégiens, et même des Islandais, des Irlandais, des Ecossais… et de nombreux Anglo-Saxons après la bataille de Hastings en 1066 et la victoire de Guillaume de Conquérant en Angleterre, qui provoqua l’émigration sur le continent de nombreux habitants du tout nouveau royaume d’Angleterre. Un mercenariat extrêmement bien payé qui attira quelques grandes figures, comme le futur roi Harald Hardrada (un homme au parcours… plutôt extraordinaire ! Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Harald_Hardrada )

La garde varègue aurait perduré jusqu’à la chute de Constantinople en 1453, même si à partir de la Seconde Croisade elle n’était déjà plus aussi puissante que dans le passé (selon certaines sources, elle aurait même été en réalité dissoute en 1204).

Conclusion :

La Rus de Kiev constitua donc un état qui prospéra pendant 3 siècles (et qui fut tout de même le plus vaste état d’Europe médiévale au XIe s. !) avant de se dissoudre sous la triple influence :

  • des luttes dynastiques internes
  • du déclin du monde arabe et de son commerce
  • et de l’essor de l’empire mongol, qui assujettit alors les principautés russes à l’autorité de ce qu’on a appelé la Horde d’Or (ce qui provoqua le détachement culturel/symbolique de la Russie par rapport au reste de l’Europe et la tourna vers l’Asie, un écartèlement qui ne cessera plus de peser sur la destinée de cette région du monde…).

Ce n’est que lorsque la horde asiatique (tartaro-mongole) disparut que Moscou émergea vraiment, au XVe s. Quant aux Riourikides, ils régnèrent sur la Rus de Kiev puis ses principales principautés jusqu’à la fin du XVIe siècle… quand la relève sera prise par la dynastie des Romanov en 1610 !

Quant à la Suède elle-même, à l’instar des deux autres pays scandinaves, Norvège et Danemark, elle s’unifia et se christianisa peu à peu à partir du Xe s., ce qui contribue à considérer le XIe s. comme la fin de l’âge viking à proprement parler : au lieu de marchands/pillards/guerriers/navigateurs païens répartis en chefferies et innombrables petits royaumes, on a désormais 3 grands royaumes centralisés et christianisés… à l’image du reste de l’Europe occidentale (France, Angleterre…). Pour en savoir plus, lire aussi ma « Petite Histoire de la Suède médiévale » !

Les raids vikings cessent, les populations se sédentarisent… et une nouvelle ère s’ouvre (pour une petite Histoire synthétisée des pays scandinaves et de leurs étroits rapports, notamment à partir de la fin de l’âge viking – rapports de domination, Union de Kalmar – voir cette courte vidéo très bien faite :  https://www.youtube.com/watch?v=2OR_IwbjrQ8&t=15s )

Ne manquez pas aussi :

Historiquement vôtre,

Aurélie

Bibliographie non exhaustive :

  • Atlas des Vikings 789-1100 (John Hawood, autrement, collection Altlas/Mémoires)
  • Historia Spécial n°16, « Vikings, Angles et Saxons »
  • Le Monde au Moyen-Age (Editions Ouest-France, chronologies de Bernard Merdrignac, cartographie de Patrcik Mérienne)
  • Atlas du 21e siècle (Nathan,2006)
  • Le Grand Atlas de l’Histoire Mondiale (Albin Michel, 1978)
  • Atlas d’Histoire (HAYT, de Boeck)
  • Podcast entre autres sur la Russie médiévale et les Varègues : https://www.youtube.com/watch?v=h3jiWePW3TY&feature=player_embedded
  • our tout le retraçage de la Principauté de Kiev (regard ukrainien) : série de cartes successives : https://www.les-crises.fr/ukraine-l-histoire-du-pays-1/

Articles sur les Varègues :

+ tous les articles Wikipédia sur les Khazars, les Slaves, le Khaganat de la Rus, la Rus de Kiev, les Bulgares de la Volga, l’Empire bulgare, les Varègues, la Garde Varangienne etc.

+ vidéos (voir entre autres l’article Bonus)

NB pour les curieux : l’histoire des Vikings suédois est essentiellement connue grâce à des sources et chroniques russes, arabes et byzantines, mais aussi quelques sources chrétiennes d’Europe occidentale.

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