L'Histoire (la grande !)

Petite Histoire de la Suède médiévale

Aux origines…

Jusque vers l’an -11000, du fait de la dernière glaciation, la Suède est entièrement recouverte d’une calotte glaciaire culminant parfois à 3 000 mètres d’altitude. Seul le sud-ouest est libre de glace ; l’actuelle mer Baltique forme quant à elle un lac glaciaire.

Puis, le schéma classique : la glace peu à peu se retire, remonte vers le nord ; la mer gagne du territoire, s’avance, s’infiltre, s’étend ; la mer Baltique se forme ; puis les terres remontent, les eaux affluent et refluent, montent et descendent, reculent, des lacs se forment. En -4500, la Suède a enfin la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Pendant plusieurs millénaires (Age du bronze etc), les tribus locales jettent les bases de ce qui sera la future culture viking : organisation sous forme de clans, tumuli funéraires, patriarcat, artisanat, échanges commerciaux avec les îles anglo-saxonnes, les Slaves et l’Occident (notamment romain), sépultures en forme de bateaux, travail du bronze, extraction du fer, exportation de fourrures, de fer et d’esclaves, exploration des premières voies maritimes…

La Suède (comme la Scandinavie dans son ensemble) est évoquée par les auteurs romains : Tacite, Jordanès, Procope de Césarée… qui connaissent son existence, quoique les troupes de l’Empire ne soient jamais montées si haut dans le nord…

A noter : c’est de Scandinavie que seront venues, à l’origine, d’importantes tribus germaniques connues plus tard comme « barbares » : en migrant du nord au sud puis d’est en ouest, en se déplaçant et en pressurisant l’Empire Romain, elles constitueront une belle part de ces tribus animant ce qu’on a longtemps appelé les « invasions barbares » (aujourd’hui, les historiens s’accordent plutôt à parler de « migrations barbares ») : parmi elles, les Goths (qui donneront les Ostrogoths et les Wisigoths) (pour en savoir plus, voir, entre autres :

Les Scandinaves participent donc, via ces tribus descendues des rives de Suède, aux grandes migrations barbares, qui amèneront les Wisigoths jusqu’à Rome et en Espagne… et les Ostrogoths jusqu’en Italie et dans les Balkans !

Les Vikings suédois : les « Varègues » et les « Rus »

À l’orée de l’époque viking (=fin du VIIIe s.), les peuples de Suède (=Svear et Götar en tête) ont donc d’ores et déjà tissé de nombreux liens avec les peuples d’Europe, notamment ceux vivant de l’autre côté de la Baltique, Finnois, Baltes, Slaves, via les îles de Gotland, Öland et Åland et les comptoirs commerciaux des îles et des rives de l’est de la Baltique.

Mais c’est à partir du VIIIe s., avec la culture et la mentalité vikings, que ces échanges prennent une ampleur considérable, sous la forme, comme pour les Danois et les Norvégiens ailleurs, à la fois de relations commerciales, de pillages, de raids et de conquêtes.

Si les velléités danoises se portent plutôt sur la Francie et les îles anglo-saxonnes et les appétits norvégiens sur l’Ouest et le grand Nord-ouest (Ecosse, Irlande, Shetland, Orcades, Hébrides, Féroé, Islande, Groenland, Amérique), les Suédois, eux, concentrent, en toute logique, leurs expéditions sur l’Est du continent européen (austrvegr, la « Route de l’Est » – d’où le nom de mon roman Les Routes de l’Est, bien sûr).

J’explique de façon assez détaillée les grandes caractéristiques des Vikings suédois dans mon article « Petite histoire des Vikings 3 – les Suédois », que vous pouvez retrouver sur ce blog.

Je me contenterai donc ici d’un rappel des grandes lignes, pour éviter toute redondance J

  • Les Vikings de Suède se concentrèrent sur les rives orientales de la Baltique (actuels pays baltes, Finlande…) et sur les terres slaves : ils remontèrent tout le système lacustre et fluvial des actuelles Ukraine, Biélorussie et Russie occidentale (Don, Dniepr, Volga…) jusqu’à la mer Noire et Constantinople, et jusqu’à la mer Caspienne et, de là, jusqu’à Bagdad, Ispahan, les grandes villes arabes et persanes… Ils remontèrent enfin les grandes pistes caravanières, peut-être jusqu’aux portes de l’Inde à l’est et jusqu’à la mer Rouge au sud…
  • Ces Vikings fondèrent la principauté de la Rus, centralisée à Novgorod tout d’abord puis, très rapidement, à Kiev, un état essentiellement peuplé de Slaves (locaux) mais dirigé par les Scandinaves, qui sera à l’origine des futures Ukraine, Biélorussie et Russie… Un royaume vaste articulé autour du Dniepr et courant des grands lacs russes au nord (Ladoga, Onega…) à la mer Noire… (voir, une fois encore, mon article « Petite histoire des Vikings 3 – les Suédois », ainsi que mon roman Les Routes de l’Est,).
  • Un certain nombre d’entre eux s’enrôlèrent dans la « Garde varègue », un corps prestigieux de l’armée de l’empereur byzantin constitué de mercenaires scandinaves (principalement suédois, mais aussi, très vite, danois, norvégiens…) Certains vinrent même des îles anglo-saxonnes après la conquête, par Guillaume le Conquérant, de l’Angleterre, et la fin du royaume du Danelaw et de la présence viking en Irlande : ils n’hésitèrent pas à parcourir des milliers de kilomètres vers l’est pour rejoindre Constantinople et la garde varangienne !
  • On nommait les Vikings suédois qui se contentaient de commercer et de descendre les longs fleuves russes « Varègues », et ceux qui fondèrent le royaume de Kiev, « Rus ». Ils auraient donc donné leur nom à la future Russie… (j’explique les origines étymologiques possibles de ces deux termes dans mon article « Petite histoire des Vikings 3 – les Suédois »).

En ce qui concerne la Suède elle-même, à l’instar des autres pays scandinaves actuels, elle était morcelée en d’innombrables petits royaumes et jarldoms (comtés) : autant de clans se faisant allègrement la guerre pour des questions de pouvoir et de suprématie sur terre et en mer (on ne se refait pas…)

On retrouve souvent dans les textes une opposition notoire entre les Svear (occupant le centre-est du pays) et les Götar (occupant le sud et l’île de Gotland). Deux peuples qui auront donné leur nom à 2 des 4 grandes parties traditionnelles de la Suède : le Svealand et le Gotland (les deux autres étant, en toute logique, le Norrland – extrême-nord, Laponie…– et l’Österland – les terres de l’Est = la Finlande, qui fut suédoise jusqu’au début du XIXe siècle, rappelons-le !)

C’est ce cadre-là qui sert d’écrin à mon roman Les Yeux de Mila (la suite de Les Routes de l’Est ; parution de ce 2e tome : 2021)

Centralisation et christianisation : l’évolution classique…

A l’instar du Danemark et de la Norvège, quoique légèrement plus tardivement, la Suède va évoluer vers la création d’un royaume uni remplaçant l’ensemble des clans et tribus ennemis qui se partageaient alors cette partie de la Scandinavie. Le christianisme ne progresse qu’après le baptême du roi Olof Skötkonung autour de l’an Mil, soit assez tardivement (par rapport au Danemark et à la Norvège). Premier roi chrétien de Suède, ce serait aussi le premier roi à avoir régné à la fois sur Svear et Götar, donc à la fois sur le Götaland et le Svealand. Mais ce n’est qu’en 1164 que le premier archevêché de Suède verra le jour et que l’église chrétienne suédoise sera officiellement créée… Donc extrêmement tard !

Précisons qu’aujourd’hui encore, le débat fait rage parmi les historiens pour savoir quel peuple aurait subjugué l’autre et, de ce fait, été à l’origine de la création d’un royaume de Suède unifié : Götar ou Svear ? L’étymologie ferait plutôt penser à une domination imposée par les Svear, qui donneront leur nom à la Suède, mais certains continuent de penser que le véritable berceau de la Suède serait le Götaland…

Les 3 pays scandinaves sont à peine constitués que, déjà, les conflits dynastiques et ambitions opposées les animent (le Danemark sera, à cet égard, particulièrement gourmand et lorgnera sur ses voisins de façon véhémente, et ce pendant plusieurs siècles). Du coup, aux Xe et XIe siècles, les conflits dynastiques avec la Norvège et le Danemark alternent avec des périodes d’alliance et d’union politique. Au sein même de la Suède, plusieurs dynasties se déchirent pour obtenir le pouvoir (les familles de Stenkil (Västergötland), de Sverker (Östergötland) et d’Erik (Svealand) : assassinats, alternance sur le trône… un Game of Thrones à la suédoise, en somme…qui durera jusqu’en 1250).

Comme partout ailleurs (extrême nord de l’Ecosse mis à part), c’est donc au XIe s. que les raids vikings cessent et qu’on place la fin de l’Âge viking, pour les Suédois comme pour les Danois ou les Norvégiens : la centralisation du pouvoir et la christianisation de ces pays ont fait leur œuvre. La Suède, tout comme ses deux voisins scandinaves, fait son entrée dans l’Europe chrétienne. De marge barbare, sanguinaire et païenne de l’Occident nordique, elle devient royaume chrétien européen à part entière. Elle participera même aux Croisades, en Terre Sainte comme contre d’autres peuples païens de l’Est (Finnois en tête : une croisade en Finlande a lieu en 1157, prélude à la conquête de ce pays par les Suédois…).

En 1250, enfin, le pouvoir est pris par la dynastie des Folkungar : à sa tête, le régent Birger Jar, qui établit à Stockholm la capitale du royaume, met son fils sur le trône et occupe le sud de la Finlande (qui appartiendra à la Suède du XIIIe siècle à 1809 !) Le commerce se développe, la législation s’unifie. Cette dynastie restera au pouvoir pendant un siècle, jusqu’en 1363.

L’Union de Kalmar

Dernier épisode important de l’Histoire médiévale de la Suède : son union – temporaire – avec le Danemark et la Norvège, dans un ensemble que l’on appela « l’Union de Kalmar ».

3 pays – aux configurations légèrement différentes de celles que nous leur connaissons aujourd’hui – vont ainsi être réunis sous un seul monarque :

  • La Suède, qui possède alors aussi une partie de la Finlande actuelle.
  • Le Danemark, qui possède alors, outre les îles et la péninsule du Jutland que nous lui connaissons actuellement, le sud-ouest de la Suède actuelle (région appelée « Scanie »)
  • La Norvège qui possède alors (vestiges de la colonisation viking) l’Islande, les îles Féroé, les Orcades, les Shetland et le Groenland, ainsi qu’une partie des Hébrides

Mais une union, ça n’est pas toujours facile. Car fusionner, c’est ne faire plus qu’un. L’éternelle question qui se pose alors est : lequel ?

Réponse évidente pour les Danois, réaction peu enthousiaste chez les Suédois, pour faire court.

L’histoire, en deux mots : Marguerite Iere de Danemark, de Norvège et de Suède, qui fut à l’origine de cette concentration, fille du roi du Danemark, commença par être reine de Norvège en épousant Haakon VI de Norvège. À la mort de son père, en 1375, elle fait proclamer son fils Oluf, alors âgé de cinq ans, roi de Danemark sous sa propre tutelle : elle devient donc régente du Danemark. Son mari meurt cinq ans plus tard : elle devient donc également régente de Norvège, au nom de son fils, qui doit hériter de ce royaume également. Elle devient reine de Norvège et de Danemark « à vie » et « pour de bon » à la mort de son fils, en 1387.

Elle mate les révoltes internes au Danemark avant de se tourner vers la Suède, où des nobles sont déjà en armes contre leur souverain Albert de Mecklembourg. Lors d’une conférence tenue en mars 1388 au château de Dalaborg, les Suédois sont contraints d’accepter toutes les conditions de Marguerite, élue souveraine de Suède, et s’engagent à accepter le roi qu’elle leur choisira. C’est ce qu’elle fait en 1397, en imposant son neveu, Eric de Poméranie, comme roi des trois royaumes.

Cette union des trois royaumes de Suède, du Danemark et de la Norvège est entérinée dans la ville de Kalmar. L’union veut que les trois royaumes conservent en théorie leur autonomie, leurs lois et leur propre administration. Toutefois, Marguerite, régente jusqu’à sa mort en 1412 au nom de son neveu, parviendra à concentrer le pouvoir entre ses mains et celles de l’héritier qu’elle s’est choisi. La noblesse suédoise ne voit pas d’un bon œil cette politique et n’aura de cesse de se rebeller contre la domination danoise et de vouloir se séparer de l’Union, ce qui ne sera pas sans occasionner de nombreux massacres en tout genre, dont le fameux « bain de sang de Stockholm » de mars 1520.

La Suède ne cesse donc, pendant plus d’un siècle, d’être déchirée de luttes fratricides pour le pouvoir. Le pays n’apprécie guère les velléités danoises et cherche régulièrement à mettre à sa tête un autre dirigeant que celui choisi par les Danois (et les Norvégiens). La population comme la noblesse se révoltent régulièrement. Enfin, le noble Gustave Vasa parvient, à la tête d’une révolte, à chasser de Stockholm les Danois de Christian II (alors roi de Danemark, de Norvège et de Suède) et à se faire élire roi de Suède le 6 juin 1523, mettant ainsi un terme à l’Union de Kalmar. Véritable libérateur de la Suède, il est aussitôt reconnu comme nouveau souverain.

Dès lors, seuls restent unis la Norvège et le Danemark, sous la coupe de ce dernier : la Norvège (et son ancien empire : Islande, Groenland etc.) n’est alors plus qu’une possession danoise… De son côté, le royaume de Suède moderne est né.

Ce coup d’éclat de Gustave Vasa est considéré comme la naissance de la Suède moderne, et la fête nationale suédoise le célèbre chaque année le 6 juin. Gustave fonde la dynastie Vasa, qui règnera sur la Suède de 1523 à 1654 et sur la Pologne-Lituanie de 1587 à 1668.

Et après, en deux mots ?

En 1558, la Suède gagne, au détriment du Danemark, la Scanie, petit morceau de sa péninsule qui lui manquait jusque-là.

Peu à peu se forge un royaume puissant, centralisé, aux finances assainies, à l’économie indépendante et florissante, et converti au protestantisme. Les guerres de ce royaume le portent régulièrement contre la Pologne, la Russie et le Danemark.

On parle bientôt de « l’Empire suédois » pour désigner l’ensemble constitué par le royaume de Suède, ses possessions finnoises et ses diverses possessions sur les rives orientales de la mer Baltique. La Suède est à son apogée au XVIIe siècle sous les règnes de Gustav II Adolphe puis de Christine.

Mais, peu à peu, elle va décliner, jusqu’à la perte, en 1809, et au profit de la Russie, de ce qu’elle possédait de l’actuelle Finlande (=sa partie la plus orientale).

En 1813, dans le flou des guerres napoléoniennes, qui auront considérablement bouleversé l’échiquier européen, la Suède gagne, pour quelque temps, la Norvège, que le Danemark (allié de Napoléon) doit lui céder (le Groenland, l’Islande et les Féroé restent toutefois aux mains des Danois – les Hébrides, les Orcades et les Shetland norvégiennes ont pour leur part été gagnées par l’Ecosse plusieurs siècles plus tôt : voir ma « Petite histoire des Orcades & des Shetland » et mon roman Shaena). Pendant un siècle, la Suède est donc en union personnelle avec la Norvège, et elle évolue vers une monarchie parlementaire sous la maison Bernadotte (dynastie d’origine française, d’anciens proches de Napoléon, qui ont hérité de la couronne…!).

Mais dès 1905, la Norvège proclame son indépendance.

Au passage, la Finlande acquiert elle aussi son indépendance (vis-à-vis de la Russie, pour sa part), à cette époque (en 1917, profitant de la Révolution bolchevique…). Quant à l’Islande, elle devient indépendante (du Danemark) en 1944. Le Groenland, quoique géographiquement américain et non européen, appartient aujourd’hui toujours au Danemark.

La Suède parvient à tenir une relative neutralité pendant les deux guerres mondiales.

Elle n’est devenue membre de l’UE qu’en 1994 et n’a pas adopté l’euro.

Comme tous les pays scandinaves (qui entretiennent un lien très fort avec la nature), elle a fait figure de pionnier sur la protection de l’environnement. Elle a accueilli le premier sommet de la Terre (à Stockholm en 1972).

Elle fait partie des premiers pays du monde en termes d’indice de bonheur et d’indice de développement humain (comme tous les pays scandinaves d’ailleurs, là encore, ainsi que l’Islande …) Comme quoi, le climat ne fait pas tout, et savoir vivre est bel et bien un art ! Les Suédois sont connus pour être pacifistes (un peu comme les Suisses), solidaires, et avec l’un des meilleurs systèmes éducatifs et régimes sociaux du monde (16 mois de congés parentaux à répartir équitablement entre le père et la mère !) Idem pour les autres pays scandinaves, Danemark et Norvège…

Nous sommes bien loin de la mentalité belliqueuse et conquérante que l’on retient de leurs ancêtres, vous ne trouvez pas ? ^^

A découvrir aussi :

Pour en savoir plus :

Petite vidéo synthétique très bien faite de l’Histoire des 3 pays scandinaves :

Texte: © Aurélie Depraz
Illustration article : pixabay (libre de droit)

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