Mes univers & personnages

Les Routes de l’Est – Coulisses

Comme pour chacun de mes romans, quelques secrets du making-of de mon tout dernier roman, Les Routes de l’Est (parution : octobre 2020), le premier tome de ma duologie « Amours Slaves » (parution du 2e tome : 2021).

Les Recherches…

Franchement, à un moment, je me suis demandé dans quoi je m’étais embarquée ! Une épopée de 3000 pages ? Et pourtant, au bout du compte…je crois que j’ai réussi à m’en tenir à mon format habituel !^^

Car, vous l’aurez remarqué (ou n’allez pas tarder à le faire), dans Les Routes de l’Est, nous voyageons plus que jamais !

Vous vous en doutez : mes recherches m’ont amenée à me pencher sur de très, très nombreux peuples et royaumes de l’époque…

  • Les Varègues (ou « Rus » ou « Vikings de l’est » ou « Suédois »), bien sûr !
  • Les Slaves, bien sûr ! en général, et plus précisément les Drevlianes
  • La Rus’ de Kiev

Mais aussi :

  • Les Petchenègues
  • Les Magyars
  • Les Khazars
  • L’Empire byzantin
  • Le califat omeyyade
  • Le califat abbasside
  • L’émirat samanide
  • L’empire sassanide
  • Les Bulgares de la Volga
  • Et puis, à force de rencontrer leurs noms dans les textes/sources, il a bien fallu que je me renseigne un peu sur les Avars, les Alains, les Wisigoths, les Ostrogoths, les Huns, les Mongols-Tatars, les Vandales…

J’ai été effarée (naïve que je suis !) de découvrir à quel point la Rus de Kiev est, encore aujourd’hui, un sujet de débat, de discorde, de nationalisme et de propagande…

En matière de recherches plus « thématiques » : j’ai zoomé sur :

  • L’esclavage à cette époque
  • Les routes commerciales de la Volga et du Dniepr
  • Les marchandises convoyées, troquées…
  • L’art de la guerre des uns et des autres
  • Les origines ethniques et géographiques de chaque peuple, les mouvements migratoires
  • Les religions de certains peuples
  • Les grandes inventions arabes, chinoises et indiennes, les avancées orientales en matière de technologie, de progrès, de médecine…
  • L’aventure des Vikings de l’Est bien sûr, les contrées les plus lointaines qu’ils auraient touchées/explorées
  • Le cours du Dniepr (hydrologie, cours supérieur, moyen et inférieur, affluents, paysages, caractéristiques, histoire…)
  • Le cours de la Volga (idem)
  • Le delta de la Volga (faune, flore)
  • Les contes des mille et une nuits
  • Les titres de noblesse musulmans…

Parce que mine de rien, il fallait réussir à caser :

  • Que l’Empire Byzantin était en guerre quasi permanente avec le califat Abbasside
  • Que l’Empire Byzantin était en guerre quasi permanente avec l’Empire Bulgare
  • Que l’Empire Bulgare (actuelle Bulgarie) n’avait rien à voir avec le royaume bulgare de la Volga (cours moyen de la Volga)
  • Que l’Empire Byzantin était en guerre quasi permanente contre les pirates sarrasins en méditerranée
  • Que les Petchenègues se tapaient dessus avec les Magyars, poussant ceux-ci à se trouver une terre et à fonder leur royaume plus à l’ouest (ce qui donnera l’actuelle Hongrie)
  • Que la Perse constituait alors un émirat, l’émirat Samanide, sous contrôle du califat Abbasside
  • Les rapports compliqués des Khazars et des Rus’
  • Les rapports compliqués des Khazars et des Petchenègues
  • Que les Rus’ étaient en guerre contre les Petchenègues mais aussi des tribus slaves rebelles comme les Drevlianes, les Radimitches etc.
  • Que, oui, les Rus’ lançaient de temps en temps des raids armés contre Byzance mais que, dans l’ensemble, ils favorisaient la paix et le commerce… et que bien des mercenaires varègues s’enrôlaient même dans l’armée byzantine…
  • Et parvenir à évoquer les Finnois, les Slaves, les « Suédois », les peuples finno-ougriens du nord-est, tout cela dans la clarté, l’élégance, la joie, la bonne humeur… et du plaisir pour le lecteur !!!

Ayant déjà bien des chats à fouetter, je me suis donc passée de mentionner ou de m’attarder sur les Polanes, qui sévissaient aussi sur le cours inférieur du Dniepr, aux côtés des Magyars et des Petchenègues, les Dreovitches, les Radimitches et les Kriviches, qui sévissaient sur son cours moyen et supérieur…

Malgré tout, il m’aura fallu à de nombreuses reprises simplifier un peu les choses, pour favoriser la clarté et le confort de lecture, au détriment parfois de la justesse linguistique et historique. En effet, il m’a paru par trop complexe pour le lecteur d’employer dans le roman :

  • Dans la bouche de Sweyn, « Holmgardr » ou « Holmgård » nom varègue de Novgorod
  • Dans la bouche de Sweyn, « Koenugardr », nom varègue de Kiev
  • Les déclinaisons du mot « varègue » dans les langues de chacun des personnages (vaeringr en vieux norrois, varjagi en slave, baraggoi en grec, varankh en arabe…)
  • J’ai mentionné « Aldeigjuborg », le nom varègue de Staraïa Ladoga, mais pas « Vanha Laatokka », son nom finnois… (même si j’évoque rapidement les Finnois qui en habitent la région)
  • Le prince rus’ Oleg s’appelait en réalité Helgi (Oleg était la version slavisée de son nom scandinave d’origine), Igor « Ingvarr » (idem), Rurik « Hroerekr »… Pour plus de simplicité, j’ai opté pour la version slave seule, puisque c’était celle plutôt favorisée par le peuple de la Rus’ (en grande majorité slave).

Bref vous imaginez qu’on ne s’en serait jamais sortis si j’avais dû utiliser tous les noms dans toutes les langues de la façon la plus authentique qui soit !

Le vrai du faux

Aussi étonnant que cela puisse paraître, est vrai tout ce que je raconte sur :

  • les innovations chinoises, indiennes, arabes
  • les avancées technologiques, médicales, les grandes découvertes de l’époque… (L’Occident était, à cette époque, très en retard sur l’Orient ; il ne prit le lead que durant la seconde moitié du Moyen-Age, et surtout la Renaissance, bien sûr.)
  • les explorations vikings, peut-être jusqu’à la mer Rouge et jusqu’aux portes de l’Empire des Indes… Des statuettes de Bouddha (entre autres exemples frappants) ont été retrouvées en Scandinavie parmi des vestiges de l’époque…

Sont également vrais :

  • le fait que les Vikings pratiquaient les esclavage, achetaient, raflaient, commercialisaient et utilisaient eux-mêmes chez eux des esclaves (des Slaves, des Francs, des Angles, des Frisons…)
  • les mouvements migratoires des peuples nomades évoqués (Petchenègues, Magyars…), même si je me suis permis de les simplifier un peu (si vous vous plongez dans le détail des peuples (finno-ougriens, turcs, slaves et j’en passe) de l’Europe médiévale et de la proto-Histoire… vous comprendrez !

Le faux ou l’inexact :

  • Le terme d’ « Empire Byzantin » n’existait pas à l’époque : les Byzantins se considéraient comme les héritiers de l’Empire Romain, se considéraient romains (quoique la majorité fût grecque), étaient chrétiens, parlaient grec et constituaient l’Empire Romain d’Orient. Les Varègues (Vikings) les nommaient « Grecs » ; d’ailleurs la mer Noire était pour eux « la mer Grecque », le Dniepr, « La Route des Varègues aux Grecs » et Constantinople (Byzance) : « Miklagard » (Miklagarðr… et autres orthographes) : « la Grande Cité » ou « Tsargrad » (« la Cité de César ») selon les cas (« Tsargrad » pour les Rus’, « Miklagard » pour les Vikings en général).
  • La garde varègue, que j’évoque, fut en réalité fondée bien après 908 (date de mon roman) ; cependant, dès 862, des mercenaires d’origine scandinave s’enrôlent dans l’armée de l’empereur…
  • La Suède à proprement parler n’existait pas à l’époque en tant qu’unité politique (elle ne sera réellement fondée et en voie d’unification qu’à la fin du Xe siècle – voir mon petit article sur l’Histoire de la Suède médiévale) ; néanmoins, à des fins de simplicité et de commodité pour le lecteur, je me suis parfois permis d’évoquer « la Suède » ou de parler de « Suédois » dans mon roman, en alternance avec les termes de Varègue, Viking, Scandinave… afin d’assurer un plus grand confort de lecture et de compréhension au lecteur non spécialiste du Haut Moyen Âge et du Moyen Âge central !^^ Et permettre certaines associations ou certains repérages géographiques plus aisément. Ceci, dans la même logique que l’usage simplifié de certains noms de villes, peuples et royaumes évoqué un peu plus haut…

Anecdotes :

Deux des affluents du Dniepr que je cite dans mon roman, sont devenus tristement célèbres :

  • La Bérézina, devenue synonyme de déroute dans la langue française
  • La rivière Pripiat, sur laquelle fut située la centrale nucléaire de Tchernobyl…

Le Dniepr, longtemps resté divisé en deux sections navigables, n’est devenu navigable sur toute sa longueur qu’en 1932, lorsqu’un grand barrage hydroélectrique donna naissance à un grand lac artificiel qui submergea tous les dangereux rapides situés entre Dnipropetrovsk et Zaporoje que je mentionne dans mon roman (barrage qui fut détruit pendant la 2e Guerre mondiale et reconstruit aussitôt après). Ce fut le premier barrage du Dniepr ; 4 autres suivirent…

En août 1943, l’offensive de l’Armée rouge pour franchir le Dniepr constitua l’une des batailles les plus sanglantes de la Deuxième Guerre Mondiale ; la largeur considérable du fleuve et l’élévation plus importante de la rive droite (ouest), à conquérir (différence de niveau entre rive droite et rive gauche que je mentionne dans mon roman) constituèrent de véritables obstacles naturels pour les troupes soviétiques.

Itil, l’ancienne capitale khazare que je mentionne, devenue aujourd’hui Astrakhan (Russie méridionale), sur le delta de la Volga, est aujourd’hui le centre de l’industrie du caviar de la Volga !

Le delta de la Volga, que je décris comme un « éden » après le désert, forme aujourd’hui une réserve naturelle ! La réserve naturelle d’Astrakhan…

Al-Razi (865-925/935), que je mentionne dans mon roman, est peut-être le plus grand médecin arabe du Moyen Âge, avec Ibn-Sina (Avicenne), qui interviendra plus tard (980-1037).    

Dans un autre registre anecdotique, le prénom de « Svetlana » signifie « lumière » en russe.

Et, oui, « Sweyn » est une variante de « Sven », le prénom du héros dans mon premier roman « viking » (L’amour, la mer, le fer et le sang) ; que voulez-vous, j’adore ce prénom !^^

Précisions historiques / Définitions plus détaillées que dans mon roman :

Le terme de « Varègues »

Le terme de « Varègue » (les Vikings suédois de l’époque) aurait deux origines possibles : « vara » (= « marchandise » en vieux norrois), le Varègue étant, effectivement, un marchand avant tout (prédateur et guerrier bien souvent, mais un commerçant cherchant à s’enrichir néanmoins) ; et « vár », ce serment contraignant qu’échangeaient les membres d’une confrérie de marchands scandinaves (félag) avant de se lancer dans un convoi de marchandises ; un serment impliquant entraide, protection mutuelle, partage des profits et des risques. Un Varègue était donc un ami juré, un fédéré, un homme lige et engagé par serment.

Le mot « Rus’ »

« Rus’ » : nom de la principauté qu’auraient fondée les Scandinaves en terre slave, autour de Novgorod puis de Kiev, et terme (outre celui de « Varègue ») par lequel les Finnois puis les Slaves désignèrent à cette époque les Suédois, ces Vikings de l’Est venus s’implanter dans les plaines slaves. Plusieurs étymologies possibles : « rother/ródr » = ramer, rame, navire ; « Ruotsi » = Suède ; Rodslagen = une région suédoise d’où nombre d’entre eux venaient ; « rus » = roux…). Bientôt, le terme en vint à désigner tous les habitants de la principauté de Kiev, Scandinaves et Slaves mêlés, tandis que le terme de « Varègues » qualifiait davantage les marchands vikings qui se contentaient de sillonner les fleuves. C’est bien évidemment ce mot de « Rus’ » qui donnera son nom à la Russie (et à la Biélorussie).

Le khaganat khazar

À son apogée, le khaganat khazar était un empire qui s’étendait au nord-est de la mer Noire, sur les monts du Caucase et au nord de la Caspienne, et incluait des territoires appartenant aujourd’hui à l’Arménie, à l’Azerbaïdjan, à l’Ouzbékistan, au Kazakhstan, à la Géorgie, à la Turquie, à la Russie et à l’Ukraine, dont la Crimée, le Caucase et les Carpates orientales. La mer Caspienne est d’ailleurs toujours appelée « mer des Khazars » en russe. Certaines Routes de la Soie arrivaient à Itil, la capitale, et la religion dominante était le judaïsme

Miklagarðr

Nom viking de Byzance/Constantinople/Istanbul, qui signifiait « la Grande Cité ». Capitale de l’Empire romain d’Orient, qu’on appellera plus tard « Empire byzantin » et qui comprit, à son apogée, l’Afrique du Nord, l’Égypte, le Proche-Orient, les Balkans et la Grèce et la Turquie actuelles (en somme, tout l’Est méditerranéen).

Royaume bulgare de la Volga (VIIe-XIIIe s.)

Royaume à la confluence de la Volga et de la Kama (Russie actuelle) : à ne pas confondre avec l’empire bulgare qui, à la même époque, occupe le nord des Balkans (équivalent de la Bulgarie actuelle). À Bolghar, la capitale du khanat bulgare de la Volga (converti à l’islam au Xe siècle), aboutissait l’une des Routes de la Soie. Ce royaume disparut au même moment que les grandes principautés russes, avec les invasions mongoles du XIIIe siècle.

Le Serkland

Aussi Særkland, SrklantSirklantSerklat, il signifiait ou “pays de la Soie” ou “pays de l’Orient” ou pays des “Serkir” (equivalent de “Sarrasins”) et désignait dans les sagas et sur les pierres runiques scandinaves (très nombreuses en Suède…) les contrées du Proche et du Moyen-Orient de l’époque (ce qui incluait l’Espagne alors sous domination maure).

A découvrir également sur ce blog :

Découvrir “Les Routes de l’Est” (le roman)

A très bientôt pour de nouvelles confidences… et de nouvelles aventures !

Aurélie

Illustration de l’article : (c) couverture Marine Manlay + image libre de droit (clap) Pixabay

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