L'Histoire (la grande !)

Petite Histoire des Etats-Unis d’Amérique 3/5

3e Partie : les Etats-Unis à la conquête d’eux-mêmes

Suite de ma Petite Histoire des Etats-Unis d’Amérique…

Si vous ne les avez pas encore lus, vous pouvez retrouver sur ce blog la première et la deuxième partie de ce petit retraçage…

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Les Etats-Unis se construisent et se tournent vers l’ouest

Les premiers « nouveaux états »

En accordant aux Américains leur indépendance (ou plutôt, en perdant la guerre d’indépendance américaine…), les Britanniques leur ont concédé les territoires situés à l’ouest des Treize Colonies, soit un vaste espace allant des Grands Lacs à la Floride et bordé à l’Ouest par le Mississippi. Au-delà : l’autre moitié de l’ancienne Louisiane française, devenue espagnole (soit des parties des futurs Montana, Wyoming, Dakotas du nord et du sud etc).

Les Treize jeunes États lorgnent du côté de ces terres depuis longtemps mais choisissent d’en abandonner la gestion à l’État fédéral (plutôt que d’essayer d’agrandir leurs propres superficies). L’Ordonnance du Nord-Ouest (1787) décrète donc que, pour chacune des régions concernées:

  • le statut de « Territoire » sera accordé dès lors qu’il s’y trouvera 5 000 hommes libres et adultes
  • le statut d’ « Etat » (au même titre et avec les mêmes prérogatives que les Treize Etats fondateurs) le sera dès qu’un quorum de 60 000 citoyens sera atteint.

Une nouvelle étoile viendra compléter le drapeau américain à la création de chaque nouvel Etat.

Cette charte de l’Ouest produit rapidement ses premiers effets :

  • Le Vermont, en 1791, est le premier Etat à rejoindre l’Union formée par les Treize Etats fondateurs.
  • Le Kentucky entre dans l’Union en 1792.
  • Le Tennessee, en 1796.
  • L’Ohio, en 1803.

Puis le pays s’engage dans la conquête de l’Ouest par la colonisation, l’achat ou la guerre.

  • En 1803, dans le cadre des guerres napoléoniennes, la Louisiane de l’ouest est rétrocédée par l’Espagne à Napoléon Bonaparte contre des possessions territoriales en Europe ; aussitôt, Napoléon, qui n’en a que faire (et ne peut la défendre décemment), la revend aux jeunes USA pour 80 millions de francs, soit 15 millions de dollars. Avec cette acquisition, le territoire de l’Union double sa superficie !
  • Dès lors, les Américains lancent des expéditions exploratoires (financées par le Congrès) jusqu’au Pacifique. En 1804, le président Thomas Jefferson (qui a acheté la Louisiane) envoie par exemple la très célèbre expédition Lewis et Clark reconnaître ces nouveaux espaces en remontant le Missouri et les affluents de la rive droite (=l’ouest) du Mississippi (oui, oui, c’est bien l’expédition que je mentionne dans Retour à Blue Valley !^^) L’expédition avait des buts commerciaux, scientifiques (géographiques, botaniques, zoologiques…) et diplomatiques (établir un contact avec les tribus amérindiennes et les étudier). Les enjeux : la conquête du territoire, la maîtrise de la traite des fourrures (en concurrence avec la colonie britannique du Canada), le commerce avec l’Asie… Cette expédition contribuera aussi à ouvrir les premiers passages à travers les Rocheuses (futures pistes de l’Oregon et de la Californie, que je mentionne dans mon roman), qui seront exploités par les futurs colons migrant vers l’ouest…
  • Peu à peu, des Etats sont officiellement créés à partir des différentes régions de l’ancienne Louisiane française et de la vaste réserve indienne dont l’occupation avait été interdite par la Grande-Bretagne jusqu’à l’indépendance des USA :
    • 1812 : Louisiane
    • 1816 : Indiana
    • 1817 : Mississippi
    • 1818 : Illinois
    • 1819 : Alabama
    • 1821 : Missouri
  • La création de ce dernier État provoque une crise dans la fédération : pour la première fois, les États esclavagistes (nombreux à être créés au sein de l’ancienne Louisiane française, autour du bassin du Mississippi) risquent de devenir majoritaires. Après plusieurs mois de négociations entre les États, un compromis est trouvé : il fixe une ligne territoriale qui sépare la fédération entre Nord et Sud. Au nord, l’esclavage est interdit, au sud, il est autorisé. Pour prévenir toute discorde future, les entrées de nouveaux États devront se faire par paire, l’entrée d’un État esclavagiste devant être accompagnée de celle d’un État « libre » (=non esclavagiste).
  • A la fin des guerres napoléoniennes, l’Espagne est détruite, ruinée, humiliée et son empire commence à se disloquer : elle a perdu sa flotte, son armée et ses colonies (sud-américaines, notamment) qui, inspirées par la Révolution Américaine (1776) et la Révolution Française (1789) profitent de l’affaiblissement de la métropole (Espagne) pour conquérir leur indépendance. L’Empire colonial espagnol se démantèle : dès 1825, la quasi-totalité des anciennes colonies espagnoles ont soit conquis leur indépendance… soit été récupérées de grandes puissances, comme les USA et le Royaume-Uni. Ainsi, en 1819, les USA récupèrent une partie de la Floride (ils l’envahissent militairement puis l’acquièrent, suite à des négociations, pour 5 millions de dollars) et en 1821, le Mexique est né ; pour l’heure, il comprend encore les territoires des futurs Texas, Californie, Colorado, Nevada, Utah, Arizona et Nouveau-Mexique : en somme, tout le sud-ouest des USA actuels…
  • A la même époque, au nord-ouest, le vaste territoire de l’Oregon, très disputé par les Américains et les colons britanniques du Canada, est partagé entre USA et Grande-Bretagne. La partie sud de ce territoire, qui revient aux USA, constituera le futur Etat de l’Oregon (cf. la section sur ce sujet un peu plus bas).
  • Pendant ce temps, la création d’Etats à l’ouest des Treize Etats fondateurs et au sein de l’ancienne (et immense) Louisiane française (qui courait, rappelons-le, des Grands Lacs – frontière du Canada – au Golfe du Mexique), se poursuit :
    • 1829 : l’Etat du Maine rejoint la fédération
    • 1836 : l’Arkansas
    • 1837 : le Michigan

La doctrine Monroe

Mais pour mieux pouvoir se concentrer sur leurs propres territoires, les Etats-Unis ont besoin d’être isolationnistes, neutres sur le plan de la politique internationale, et préservés de toute velléité extérieure. C’est pourquoi dès 1823, le président James Monroe présente sa conception de politique internationale : les États-Unis s’interdisent de se mêler des affaires européennes mais, en retour, demandent aux puissances européennes de s’abstenir de toute intervention dans les affaires du continent américain (du nord comme du sud) et de laisser les colonies sud-américaines proclamer leur indépendance si elles le souhaitent. C’est ce qu’on appelle la « doctrine Monroe ». Cette déclaration porte déjà en elle les bases du panaméricanisme et la légitimation de l’hégémonie américaine…

A l’inverse des puissances européennes qui, depuis la Renaissance (on l’a vu) et pendant toute l’époque moderne, cherchent à dominer, conquérir et explorer le monde (ce qu’elles continueront à faire jusqu’au début du XXe s…), les Etats-Unis, eux, tout à leur construction, préfèrent, dans un premier temps, tourner le dos au monde. Ce parti pris durera jusqu’à la fin de la Conquête de l’Ouest, à l’aube du XXe s. (voir mon 4e et dernier article sur l’Histoire des USA).

Les premières véritables déportations d’Indiens (années 1830)

Dès 1820, dans le cadre de cette expansion vers l’ouest du territoire américain, une politique de déplacement des populations indiennes vers l’ouest (et de plus en plus loin…) s’installe.

En 1830, le président Jackson promulgue l’Indian Removal Act qui ordonne la déportation des Amérindiens vivant encore à l’est du Mississippi au-delà de ce fleuve, à l’ouest. 60 000 Indiens d’Amérique sont concernés par cette déclaration… Les Américains chassent donc toutes les tribus amérindiennes vivant encore entre les Treize anciennes colonies et le Mississippi, même celles qui s’étaient adaptées au mode de vie agraire et sédentaire des Blancs (Creeks, Choctaws, Cherokees, Chicachas, Séminoles.)

En 1834, l’Indian Intercourse Act vient compléter l’Indian Removal Act en créant une réserve indienne à Oklahoma, vers laquelle des dizaines de milliers d’Indiens doivent migrer. Nombre d’entre eux meurent d’épuisement sur la route ; c’est la Piste des Larmes.

Les premières « guerres indiennes » s’ensuivent ; jusque-là, les relations entre Blancs et Indiens avaient à peu près réussi à se maintenir : des conflits avaient bien sûr éclaté, des guérillas ponctuelles avaient été menées, des massacres s’étaient produits, des maladies avaient décimé certaines populations et les Indiens avaient été jusqu’à s’impliquer dans les guerres entre colons français et colons britanniques (Guerre de Sept Ans) et dans la guerre d’Indépendance, entre autres, tandis que d’autres avaient aussi été réduits, avant l’arrivée des Noirs, en esclavage (surtout par les Espagnols, en Amérique centrale et du sud) ; mais au tournant du XIXe s., ces conflits, nous le verrons un peu plus loin, vont prendre une toute autre ampleur, jusqu’à conduire à la quasi-disparition d’un grand nombre de peuples amérindiens.

Les premières véritables guerres dites « indiennes » éclatent donc au début du XIXes., suite à la promulgation de ces deux lois et aux premières déportations en règle (et en masse) d’Amérindiens.

  • 1814-1818 : premières expéditions contre les Creeks et les Séminoles, en Floride
  • 1830-1834 : guerres contre les Cherokees
  • 1832 : guerre de Northwest Black Hawk
  • 1835-1842 : deuxième guerre Séminole (la plus coûteuse de toutes les guerres indiennes en vies humaines pour l’armée américaine – 1 600 morts environ)
  • 1856-1858 : troisième guerre séminole

Mais ce n’est que le début d’une longue période de spoliation des terres indiennes, d’exodes et de massacres. Tout au long du XIXe s., et jusqu’à la bataille finale de Wounded Knee (nous y reviendrons), les pionniers ne cesseront d’évincer les Indiens à mesure de leur marche vers l’ouest, de les parquer dans des réserves de plus en plus restreintes, de leur proposer des traités… et de les bafouer.

Les Indiens, peu nombreux et peu organisés, s’avèreront incapables de contenir le flot des immigrants blancs et d’empêcher la conquête des territoires de l’ouest.

Articles détaillés sur Wiki : Guerres indiennes et Politique indienne du gouvernement américain.

L’Oregon et l’extrême nord-ouest (1846)

En 1842, plusieurs des ambiguïtés du Traité de Paris de 1783 (qui définissait les frontières des tout nouveaux Etats-Unis au nord-ouest) sont levées par le traité Webster-Ashburton (1842). Des ambiguïtés demeurent néanmoins (aujourd’hui encore) concernant la souveraineté sur Nort Rock et l’île Machias Seal, toujours contestée entre les États-Unis et le Canada…

Quant au vaste territoire de l’Oregon, il est acheté au Royaume-Uni en 1846. L’Oregon Country, zone de l’Amérique du Nord entre l’océan Pacifique et les Montagnes Rocheuses, était contrôlé conjointement par le Royaume-Uni et les États-Unis depuis la convention 1818 (suite à la guerre de l’Oregon de 1812 par laquelle les deux pays se disputaient ce vaste territoire). Le traité de l’Oregon divise donc en 1846 ce territoire le long du 49e parallèle : la partie sud revient aux USA (et donnera l’Etat de l’Oregon actuel, créé officiellement en 1859) et le nord reste aux Britanniques (et fait partie du Canada actuel – province de Colombie-Britannique).

Les USA acquièrent donc enfin l’Oregon, cédé par Grande-Bretagne, ce qui lui donne accès au pacifique et permet, au nord, la jonction de l’est et de l’ouest ! C’est la première fenêtre américaine sur l’océan Pacifique (juste avant la Californie !). La « piste de l’Oregon » s’ouvre et attire un grand nombre de pionniers, en concurrence avec la « piste de Californie » (encore une fois… petit clin d’œil à mon roman Retour à Blue Valley !^^)

La guerre du Mexique (1845-47) et l’acquisition de tout le sud-ouest américain (1848)

Tout commence avec la Révolution du Texas qui, alors largement peuplé de colons américains, cherche à s’affranchir de la tutelle mexicaine de 1826 à 1845. Il déclare son indépendance et s’érige en une République qui n’est pas reconnue par le Mexique. En 1845, finalement, il demande à rejoindre les USA qui acceptent, l’annexent et en font un Etat à part entière. Néanmoins, les frontières entre le Mexique et le Texas (donc, à présent, la nouvelle limite sud des USA) sont mal définies et les tensions subsistent.

A la même époque, de nombreux colons américains ont aussi commencé à s’installer en Californie et au Nouveau-Mexique (régions qui appartiennent alors toujours au Mexique – petit clin d’œil à Zorro !^^ Eh oui, c’est ce contexte-là ! La Californie hispanico-mexicaine !) : les USA demandent donc à racheter ces territoires, tentent ensuite l’intimidation militaire…

Finalement, la guerre éclate.

Les USA l’emportent sur le Mexique en 1847 et gagnent tout l’ouest américain (un immense ensemble territorial qui donnera les futurs Etats de Californie, Nouveau-Mexique, Arizona, Utah, Colorado, Nevada etc.) Avec cette guerre et le traité de Guadalupe Hidalgo (1848) qui la clôture et scelle la cession de ces nombreux territoires aux USA, le Mexique a perdu la moitié de sa superficie ! Quant aux USA, l’ensemble des territoires mexicains annexés suite à cette guerre augmente leur propre superficie de près de 20 %…

Le Mexique doit aussi reconnaître le Rio Grande comme frontière sud du Texas. En contrepartie, les États-Unis versent 15 millions de dollars au Mexique et acceptent de payer les plaintes de citoyens américains contre le Mexique, qui s’élevaient à plus de 3 millions de dollars.

Article détaillé : Guerre américano-mexicaine.

La Californie et la Ruée vers l’or

Quelques jours à peine après l’acquisition de ces nouveaux territoires, de fabuleux gisements d’or sont trouvés en Californie (pas de bol pour les Mexicains ! D’autant qu’en fait, ces gisements ont été trouvés fin janvier, juste avant la signature du traité de Guadalupe Hidalgo, mais que, le temps que l’information circule… le traité est signé !

Et c’est la ruée vers l’or (avant cette découverte, les mines d’or aux États-Unis se réduisaient à quelques mines primitives dans le sud-est, notamment en Géorgie : que dalle !). Des dizaines de milliers de pionniers, venus non seulement de l’Est américain, mais aussi du monde entier (Chinois, Chiliens, Européens, Australiens…) tentent leur chance. Beaucoup migrent par voie de terre mais l’entreprise est plus que périlleuse (Indiens, calamités naturelles, attaques de convois, chariots et diligences, banditisme qui se développe…).

Des fonds privés investissent donc dans la construction d’un chemin de fer passant par l’isthme de Panama (idée : bateau depuis la côte est-américaine, débarquement au Panama, petit trajet en train pour traverser l’isthme, puis bateau à nouveau en remontant les côtes jusqu’à la Californie : le canal de Panama n’est, bien sûr, pas encore formé !) Car il semble alors bien plus facile de gagner la Californie par voie de mer (en passant par le Panama)… qu’en traversant le continent nord-américain !

C’est l’engouement général ; une véritable « fièvre », comme on dit alors, presque une obsession, une « maladie », qui en rend beaucoup fous. Les journaux relaient l’info dans le monde entier. L’Etat de Californie, désormais suffisamment peuplé, est créé et reconnu en 1850. San Francisco est passée de 1000 à 20 000 habitants en 2 ans et, dans l’ensemble, c’est toute la population californienne qui, dans ce même laps de temps, se multiplie par 20. Les vendeurs de pelles et de pioches font fortune et deviennent millionnaires…

mais la réalité est rude : communautés quasiment exclusivement masculines, alcoolisme, violence, justice expéditive à coups de groupes d’auto-défense et de milices, groupes de truands qui prolifèrent, logements branlants et miséreux, manque de soins et de traitements, inflation, racisme, nourriture pauvre et peu variée, comportements extrêmes, vie en plein air terrible pour ceux qui n’y sont pas habitués…

Sans compter que, dès 1858, soit à peine 10 ans après la découverte du premier filon, la fièvre de l’or retombe. Beaucoup de pionniers seront déçus, même bien avant cette date : si l’or coule à flots les premiers mois (jusqu’à des pépites de plusieurs kilos !), les principaux filons, surabondants les premiers temps, sont bientôt épuisés. La logique mathématique reprend tristement le dessus : nombre de pionniers sans cesse croissant + principaux filons épuisés = de moins en moins de mineurs qui font fortune et un nombre croissant d’hommes aussi ruinés qu’à bout de forces (sans parler des milliers d’entre eux qui mourront en chemin ou sur place). Bientôt, seules les compagnies minières (notamment capables de creuser la roche pour trouver du minerais, technique autrement plus coûteuse et difficile que de trouver manuellement de l’or dans le lit des rivières…) peuvent continuer l’aventure de façon fructueuse… Les pionniers individuels cèdent la place aux compagnies dotées de machines d’extraction, d’ingénieurs et de salariés sous-payés…

Dans la deuxième moitié du XIXe, cependant, des filons d’or et d’argent seront aussi trouvés dans d’autres régions de l’Ouest, qui prendront la relève et provoqueront d’autres « ruées vers l’or », même si aucune n’égalera jamais celle provoquée par l’effet-surprise et découverte des gisements californiens en 1848 : Nevada (1858-59), Montana, Idaho, Nouveau-Mexique, Utah (1859), Arizona (1877), Colorado (1858, 1877, 79-1893), Oregon, Dakota du sud (1864)… La toute dernière sera celle du Yukon, en Alaska, à la toute fin du siècle (contexte, si je ne m’abuse, du célèbre Croc-Blanc de Jack London !)

À côté de créations-champignons durables (Denver, Boulder), d’autres cités sont désertées une fois les filons épuisés : les célèbres « ghost towns » (« villes fantômes »).

Article détaillé : Ruée vers l’or.

La Destinée Manifeste

C’est à ce moment-là, dans les années 40, que l’idée de la « Destinée Manifeste » (concept ainsi nommé en 1845 par un journaliste, même s’il existait avant même l’indépendance des USA, au XVIIIe siècle) voit le jour ; il s’agit de la croyance selon laquelle les États-Unis (« blancs ») sont destinés à s’étendre et à prendre possession, au nom de Dieu, de toutes les terres de l’Atlantique à l’océan Pacifique. Selon cette idéologie, la nation américaine a pour mission divine de répandre la démocratie vers l’Ouest et de former un territoire continental pour sa nation en joignant la côte est et la côte ouest. Cette conviction se double d’une croyance en un droit quasi divin du peuple américain (blanc, encore une fois, cela va de soi…) et devient rapidement une devise pour les expansionnistes au milieu du XIXe s. Ce concept sert de justification morale et religieuse (puisque les pionniers œuvrent avec la bénédiction de Dieu…) mais aussi politique et économique pour la conquête du « Far West » et permet de se débarrasser très subtilement de toute culpabilité vis-à-vis des conséquences sur les tribus amérindiennes, que le peuple américain est, de toute façon, « appelé » à remplacer…

Véritable doctrine nationaliste, la « Destinée manifeste » servira de foi, de credo et de force à nombre de colons, pionniers, migrants et explorateurs venus de l’Est.

Article détaillé : Destinée manifeste.

Résultat : entre 1840 et 1860, avant même l’arrivée du chemin de fer, 360 000 personnes se lancent sur les pistes de l’Ouest. S’ouvre l’ère des longs convois de chariots bâchés (relativement peu attaqués par les Indiens, contrairement à l’idée que le cinéma américain, avec la première vague des westerns, s’acharnera à faire croire), des voyages interminables sur des milliers de kilomètres, à raison, bien souvent, de seulement 20 km par jour… Une épopée qui se termine, pour bon nombre de colons, de façon tragique : catastrophes climatiques du Midwest, manque d’eau potable ou de nourriture, traversée de déserts et de montagnes, mort par épuisement des bêtes de trait et des hommes, maladies (variole, choléra), accidents…

C’est la première vague de colonisation de l’Ouest. A pied, à cheval, en carriole. Douloureuse. Héroïque, parfois couronnée de succès mais, bien souvent, tragique.

Et c’est, bien évidemment, le contexte des carnets d’Elisabeth Sullivan, dans Retour à Blue Valley 😉

La réalité du terrain

Car la vie dans l’Ouest, malgré toutes les promesses du gouvernement et des institutions intéressées par la conquête du territoire et les migrations de populations, reste très difficile : pluies aléatoires, terres souvent arides, voire stériles, crotales, conflits avec les Indiens, vents froids, feux de prairie, tornades (400 par an !), sécheresses, insectes (nuées de criquets – et pas de petits nuages de rien du tout ! un vrai fléau ! en 1874, ils dévorent la moitié de la récolte !!! en un essaim de 12.5 trillions d’insectes, couvrant 513 000 km2 de ciel d’un coup !!!!!! ils disparaîtront en 30 ans, leurs aires de reproduction ayant été retournées et labourées par les colons), manque de bois de construction, orages terribles…

Sur place : beaucoup de nationalités et de couleurs de peau différentes ; beaucoup d’Asiatiques (surtout de pauvres paysans chinois) venus dans le cadre de la ruée vers l’or, mais aussi présents dans tous types d’activités par la suite (construction du chemin de fer après la guerre de Sécession, agriculture…) ; des Hispaniques issus des anciens peuplements espagnols du sud-ouest américain ; des Européens de toutes origines ; mais assez peu de Noirs (peu d’esclaves affranchis du Sud migreront vers l’ouest, finalement, après la guerre : ils migreront de préférence vers les villes industrielles du Nord ; néanmoins, on en trouve au Far West, venus dans le cadre de la ruée vers l’or avec un ancien maître, ou bien dans celui de l’armée américaine, etc.)

La prostitution est également très présente : survenue dans le cadre de la ruée vers l’or et des premières villes minières (hautement masculines), elle s’est rapidement développée dans les villes-champignons de l’Ouest, attirant de nombreuses travailleuses de l’Est et du Middle West. Et pour cause : 1% seulement de femmes (dites « honnêtes » : comprendre : des épouses de colons) parmi la population pionnière. Avec un tel rapport de proportion, le commerce sexuel ne pouvait être que florissant, et aussi central dans la vie de l’Ouest que le jeu, l’alcoolisme et la mécréance. Ce n’est que lorsque la migration féminine sera « encouragée » (par le chemin de fer d’une part, et par la guerre de Sécession d’autre part, qui incitera nombre de femmes à aller se trouver un mari dans l’Ouest) et que l’influence des institutions judiciaires ou religieuses croîtra que la prostitution diminuera.

Les colons sont courageux ; indépendants ; avides de liberté. Mais à quel prix seront-ils venus la chercher !

Dans de telles conditions, nombre de personnes décideront de renoncer (en 1892, la moitié de la population du Nebraska décide de retourner dans l’Est !)

Pendant ce temps, plus à l’est, d’autres Etats sont créés…

… et rejoignent la fédération au fur et à mesure qu’ils remplissent les conditions leur permettant de passer du statut de Territoire à celui d’Etat.

  • 1846 : Iowa
  • 1848 : Wisconsin
  • 1858 : Minnesota
  • 1861 : Kansas
  • 1863 : Virginie-Occidentale
  • 1864 : Nevada

De 1803 à 1853, les États-Unis ont triplé leur superficie qui atteint désormais 7 millions de km² d’un océan à l’autre…

Une pause dans l’agrandissement du territoire : la guerre de Sécession

La guerre en résumé

Avant même l’abolition officielle de la traite en 1808, la question de l’esclavage déchaîne les passions et oppose les régions, les Etats, les factions. Avec l’indépendance, puis très rapidement l’intégration de nouveaux territoires et la création de nouveaux Etats, se pose la question de savoir si les nouvelles terres de l’Ouest vont être abolitionnistes ou esclavagistes. Une controverse qui anime les débats politiques d’avant-guerre…

Le fossé se creuse entre :

  • le Sud, agraire et esclavagiste (« l’élevage d’esclaves » y a remplacé la traite), qui souhaite voir son mode de vie s’étendre vers l’ouest (plantations + esclaves)
  • et le Nord, plus industriel et abolitionniste (l’esclavage y a été supprimé dès le XVIIIe s.), quoiqu’il bénéficie aussi des conséquences de l’esclavage (abondance de produits agricoles bon marché, production à bas coût du coton qui est ensuite manufacturé dans le nord…), qui souhaite y installer ses fermiers et y développer l’industrie.

Le clash survient quand Abraham Lincoln, hostile à l’esclavagisme, est élu président en 1860 grâce aux voix des Etats du Nord ; avant même son investiture en 1861, les Etats du sud, menés par la Caroline du sud, font sécession un à un, et finissent par créer les Etats Confédérés d’Amérique, où vivent alors 3 millions d’esclaves. Abraham Lincoln envisage d’employer la force pour les faire revenir dans l’Union mais ce sont les Sudistes qui ouvrent les hostilités : la guerre éclate officiellement entre les Unionistes du Nord et les Confédérés du sud. L’enjeu est alors, bien plus que la libération d’esclaves, de faire revenir ces Etats sécessionnistes dans l’Union.

Mais l’écrasante supériorité industrielle, navale et militaire du Nord et la dépendance du Sud à l’exportation/importation maîtrisée et rendue matériellement possible par le Nord donnera la victoire aux Etats de l’Union, qui l’emportent en 1865… et imposent désormais leur politique, leurs convictions, leur mode de vie, leurs priorités économiques. Car la victoire de l’armée du Nord est aussi celle de l’industrie sur la société traditionnelle agricole esclavagiste.

L’esclavage est aboli : 4 millions d’esclaves retrouvent subitement leur liberté. Mais ce ne sera que le début d’un long combat contre le racisme et la ségrégation, qui durera plus d’un siècle. D’ailleurs, dès 1866, donc juste après l’abolition, le Ku Klux Klan émerge…

Beaucoup de Noirs fuient alors vers le Nord ou cherchent un peu de sécurité dans les villes. Ils obtiennent pour la première fois le droit de vote en 1868… alors que les derniers Amérindiens n’accèderont à la pleine citoyenneté américaine (et tous les droits qui vont avec) dans l’ensemble des territoires fédérés qu’en 1948 !

Lincoln, quant à lui, paiera de sa vie sa conception de la liberté américaine : il finit assassiné en 1865, juste après la fin de la guerre…

Concernant l’Ouest : bien que la plupart des batailles de la guerre civile aient eu lieu à l’est du Mississippi (l’Ouest étant encore très peu peuplé, et loin d’être concerné par la question de l’esclavage depuis aussi longtemps et de façon aussi conséquente que les Treize Etats d’origine), quelques campagnes importantes se sont déroulées dans l’Ouest et quelques territoires ont été impliqués (Kansas, Texas, Missouri, Arkansas, Utah, Nouveau-Mexique…). Certaines tribus amérindiennes auront aussi pris parti dans cette guerre, formant des régiments rejoignant l’un ou l’autre camp, souvent pour se venger des torts infligés par les autorités locales dans le passé, donc choisissant le clan opposé à celui de l’administration dont elles dépendent.

Une boucherie fratricide

Aussi dite « Civil War », voire « Deuxième Révolution Américaine », la guerre va opposer 25 millions de nordistes et 9 millions de sudistes. Des esclaves sont armés par les Unionistes (=nordistes) ; 180 000 Noirs fourniront à Lincoln les renforts dont il a besoin sur les champs de bataille.

En 4 ans, 600 000 soldats (dont la moitié restera non identifiée) et 500 000 civils sont tués, soit 4% de la population totale de l’époque. Aucun autre conflit par la suite ne tuera autant d’Américains. 60 000 amputations sont menées, un record jamais égalé par la suite (ni auparavant, d’ailleurs) : c’est le type d’opération de loin le plus mené pendant cette guerre.

On comprend, dès lors, que la guerre tienne une place fondamentale dans l’Histoire des États-Unis et divise encore les esprits.

Une guerre moderne

La guerre de Sécession aura été la première guerre moderne de par son horreur et son ampleur.

Elle l’aura aussi été de par ses moyens techniques et logistiques : adoption du fusil rayé qui décuple la puissance, la portée et la précision du tir, chargement des nouveaux mousquets par la culasse (= bien plus rapides à recharger), utilisation de meilleures balles de fusil (dégâts physiques profonds, nombreux effets secondaires engendrant la mort, meilleure précision), emploi d’armes à répétition, nouvelles formes de défense, tranchées, remblais de sacs de terre et, pour le Nord, recours massif aux transports ferroviaires (pour acheminer troupes, matériel et approvisionnement plus vite) et au télégraphe. Tout premier conflit auquel les USA sont confrontés après avoir basculé dans la Révolution industrielle, la guerre de Sécession « bénéficie » de tous ses (terribles) apports en matière militaire…

Dès le début du conflit, la supériorité du Nord, à cet égard, est évidente ; 38 000 km de voie ferrée sillonnent déjà le nord-est contre 14 500 km au sud (sous contrôle privé de surcroît, quand les rails du nord sont sous contrôle gouvernemental) ; le nord construit pendant la guerre 6500 km de nouvelles voies, 10 fois plus que le sud au même moment ; et le Nord possède tous les grands centres industriels et les principaux ports : les Etats du Sud ne disposent en 1860 que de 10 % du potentiel industriel du pays.

Enfin, le Nord jouit de ressources financières considérables quand le Sud est surtout agricole et voit peser au-dessus de sa tête, comme une épée de Damoclès, le spectre d’une révolte servile pendant tout le conflit (3 millions d’esclaves sont plus ou moins livrés à eux-mêmes pendant le conflit).

C’est l’incapacité du Sud à organiser correctement et efficacement son réapprovisionnement et son infériorité industrielle qui lui seront fatales. Seules la ferveur et la passion avec laquelle les sudistes combattront leur permettra de résister et de retarder de plusieurs années l’échéance inéluctable, à savoir la victoire du Nord.

Les conséquences de la guerre de Sécession

Une certaine amertume chez les anciens sudistes, tout d’abord, qui ont réintégré l’Union mais ont perdu leur mode de vie traditionnel.

Beaucoup de rancœur, ensuite, vis-à-vis des nordistes qui ont ravagé villes, cultures et plantations, occupé le territoire et, parfois, profité de la situation. La Reconstruction prendra du temps et ne s’achèvera qu’avec le Compromis de 1877 et le retrait des troupes du Nord des États sudistes.

L’abolition définitive de l’esclavage puis quelques progrès dans les droits des Afro-américains, ensuite, mais de courte durée : dès 1868, le Nord commence à se désintéresser du Sud. Le pays reste divisé et l’échec du gouvernement fédéral à réunir le pays et à parvenir à des consensus contribue à son incapacité, pour plusieurs décennies, à faire mettre en application les Droits civiques des anciens esclaves noirs… notamment dans le Sud. Lorsque les Etats du sud proclament donc des lois ségrégationnistes et discriminatoires (« codes noirs »), le gouvernement est incapable de les en empêcher.

La route sera encore longue jusqu’à l’égalité, tant en droit qu’en fait…

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Poursuivez sans tarder cette lecture avec le 4e volet de cette Petite Histoire des Etats-Unis d’Amérique…

Texte: (c) Aurélie Depraz
Image : Pixabay

Et pour aller plus loin sur ce chapitre… je vous renvoie à Wiki !^^

Article détaillé : Guerre de Sécession.

Article détaillé : Esclavage aux États-Unis.

Articles détaillés :  Antiesclavagisme aux États-Unis.

Article détaillé : Ségrégation raciale aux États-Unis.

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