Littérature, amour & érotisme

Casanova, maestro de l’amour

Introduction

Ah, Casanova ! Casanova, Casanova, Casanova…. Avec Don Juan (dont la réalité historique est, pour sa part, très loin d’être prouvée), est-il un séducteur, un coureur, un noceur, un libertin, qui ait plus fait parler de lui, que ce soit de son vivant ou dans la postérité ?

La réponse est simple : non. De son nom complet Giacomo Girolamo Casanova (1725-1798), cet hédoniste Vénitien du XVIIIe s. demeure, aujourd’hui encore, le symbole, l’incarnation, la figure même de la séduction et de la sensualité (à l’italienne ou pas, d’ailleurs) et, autant que son homologue espagnol (largement fictif, pour sa part), un véritable mythe.

Un mythe que l’on doit tant à sa vie amoureuse, proprement extra-ordinaire (au sens strict) qu’à sa vie dans son ensemble : car l’épopée casanovienne ne résuma certes pas à une collection de plus d’une centaine de conquêtes, mais bien à une vie d’aventurier aussi complète que fabuleuse. Tour à tour abbé, officier, violoniste, magicien, financier, joueur professionnel, inventeur du loto, espion, diplomate, escroc et bibliothécaire, il parlait français, vénitien, italien et allemand, vécut et voyagea des grandes villes italiennes à Paris et de Vienne à la Bohême, rencontra les grands de son temps, Voltaire, Rousseau, Frédéric II de Prusse le pape Clément XIII, passa des cellules de prison françaises et vénitiennes aux différentes cours des souverains européens et, par-dessus tout, s’avéra être un conteur fascinant, tant à l’oral qu’à l’écrit, ce qui lui valut sa célébrité de son temps, et à son épopée de passer à la postérité.

Petit portrait de cet homme… pour le moins hors du commun.

Sa formation

Casanova était un érudit. Esprit brillant, il fit de belles études à l’école de l’abbé Gozzi puis à l’Université de Padoue. Il étudia la chimie, le droit, les mathématiques et la philosophie, autant de compétences qui transparaîtront dans sa vie, dans ses diverses activités pro- (et semi-pro)fessionnelles, dans sa conversation aussi riche que captivante et dans ses écrits en tous genres. Il se destina tout d’abord à l’état d’avocat ecclésiastique et obtint un doctorat en droit civil et en droit canonique à dix-sept ans (il reçut la tonsure dès 15 ans et les quatre ordres mineurs à 16) mais, en raison de ses premières frasques (notamment sexuelles), sa carrière d’abbé fut vite compromise : un sermon déplorable en état d’ébriété, des galipettes avec une servante de la maison, puis la protégée de son bienfaiteur, et enfin le rapt de la fille de son professeur de français – Casanova n’usa pas toujours de moyens louables pour parvenir à ses fins, nous le verrons bientôt… Devant abandonner la soutane, il entama alors en 1745 (à 20 ans) sa vie d’aventures.

Son passage en prison, son évasion, et la fuite en avant

À la suite de ses premières frasques amoureuses et financières (jeux d’argent, fréquentation des casinos…) et en raison de ses prises d’opinions subversives, Casanova, athée, libertin, franc-maçon et pratiquant de sciences occultes, aurait dû fuir Venise, au début de sa tumultueuse existence. A 30 ans, il avait déjà acquis une réputation sulfureuse. Mais il s’obstina à rester et fut incarcéré à la prison des Plombs, où il resta 14 mois. Cependant, à force de travail, de persévérance et d’ardeur et avec, pour seule pensée, l’espoir de partir à l’aventure pour toujours, il parvint à s’échapper avec un autre prisonnier – ce fut l’unique évasion que la prison des Plombs, dont nul ne pouvait s’évader, eût jamais connue. Le récit de cette aventure fut rédigé par Casanova lui-même dans Histoire de ma fuite, ouvrage publié à Prague en 1787, avec une précision et une connaissance des lieux parfaites. C’est aussi ce récit qui lui valut tant de portes ouvertes, de congratulations et d’intégrations à toutes sortes de cercles : en tant que brillant conteur, Casanova fut, à d’innombrables reprises, invité à relater l’événement – la version courte durait deux bonnes heures –, ce qui contribua pour bonne part à sa célébrité de son vivant.

« La vie est un théâtre »

Curieux, touche-à-tout, opportuniste, Casanova (né de parents comédiens, rappelons-le, et à Venise, reine des plus grands carnavals et bals masqués), vécut dès lors sa vie comme une grande pièce aux rebondissements multiples. Vivre intensément, aimer beaucoup, se renouveler sans cesse, réinventer sa vie régulièrement, rejouer son destin à l’infini, compter sur le hasard, se reconvertir quand la route était barrée, et enfin profiter, profiter, profiter, tels étaient ses principes.

Casanova passa sa vie à se réinventer et à se raconter ; à se mettre en scène ; à jouer des rôles et, surtout, son propre personnage. Ses accents dramatiques, sa manière unique de tenir son public en haleine, de raconter son évasion – spectaculaire ! – de la prison des Plombs (à Venise), ses fantaisies, sa plume, son goût de l’épique, ses innombrables casquettes, compétences et reconversions, tout contribuait à en faire un personnage haut en couleurs.

Quelques-uns des « métiers » qu’il exerça au cours de son incroyable (ou plutôt : de ses incroyables) carrière(s) :

  • Enseigne de vaisseau
  • Violoniste
  • Alchimiste amateur
  • Dramaturge
  • Ecrivain (roman utopique, mémoires…)
  • Savant (auteur de traités scientifiques…)
  • Traducteur (d’ouvrages en grec ancien)
  • Chercheur
  • Inventeur du premier loto français (loterie dont le but était de financer l’École militaire sans imposer davantage les contribuables – le peuple – ; loterie dont il sut, par d’habiles manœuvres et de l’audace, s’approprier la paternité et une grande part des bénéfices).
  • Diplomate
  • Juriste
  • Joueur (& tricheur) professionnel
  • « magicien », imposteur, escroc, arnaqueur, manipulateur & charlatan (il abusa, entre autres, de la crédulité d’un sénateur vénitien, Matteo Bragadin, à qui il fit croire qu’il était initié aux sciences occultes pour se faire entretenir et appuyer, et de Madame d’Urfé, à qui il fit croire, dans le même but, qu’il était parfaitement initié aux mystères de la Kabbale (volet mystique et ésotérique du judaïsme)).
  • Banquier
  • Spadassin
  • Chambellan de l’empereur d’Autriche
  • Historien (il écrivit une Histoire de la Pologne en 3 volumes)
  • Bibliothécaire
  • Espion
  • Homme d’affaires (dans le textile)
  • Secrétaire
  • Pamphlétaire

Grand savant, philosophe, enfant des Lumières, scientifique à ses heures, ce fut un aventurier flamboyant, polyglotte, avide d’expériences, désireux de conseiller les grands, doté d’une érudition rare, d’un esprit vif et inventif, de rêves aussi innombrables qu’éphémères, d’une immense mémoire, de traits d’esprit philosophiques, de brillantes reparties et d’un humour indubitable ; un esprit unique ; un grand lecteur ; un grand pécheur, aussi. Sa vie ne fut qu’une longue suite d’errances, de fugues, de renouvellements de soi, de jeux, de signes de la providence, de fulgurances, de reconversions, de jeux, de rôles, d’opportunités, d’occasions de repartir de zéro et de passages de frontières.

Casanova enchaîna les vies dans une fuite en avant aussi effrénée qu’affamée, commit de nombreuses erreurs et bévues, endossa ses rôles comme on enfile un vêtement et se retrouva, à de nombreuses reprises, tant au sommet de la gloire que dans des situations des plus précaires. Fugitif, adepte de la philosophie de la Providence, il mena, impatient et gourmand, une vie de désordre et de folie, d’exubérance et de jouissance, vivant chaque jour comme si c‘était le dernier.

Cultivé, il fascinait par les sommets auxquels il portait l’art de la conversation, aimait provoquer, connaissait ses classiques par cœur et les citait à qui voulait bien l’écouter.

Nulle surprise, alors, qu’il eût usé de nombreux pseudonymes, dont le plus célèbre reste le titre de chevalier de Seingalt (prononcer « Saint-Galle ») qu’il se créa de toutes pièces et sous lequel il publia, en français : il signa ses mémoires « Jacques Casanova de Seingalt ».

Casanova vivait d’expédients, d’occasions, la recherche du plaisir menait son être, et pour l’atteindre, il ne dédaignait pas de flouer les dupes, d’escroquer les riches et de se moquer des lois. De son temps déjà, il déchaînait la chronique, tant positive que négative… Rebonds, projets tombant à l’eau, quête de solutions et de protecteurs, fuites, exils furent la matière de sa vie.

Ses frasques et une faillite spectaculaire lui valurent d’ailleurs d’autres incarcérations en France, puis en Espagne.

Quant à sa ville d’origine, Venise, il n’aura l’autorisation d’y remettre les pieds, grâce à un sauf-conduit, qu’après 18 ans d’exil.

Son Grand Tour d’Europe

Persuadé que « pour que le plus délicieux endroit du monde finisse par déplaire, il suffit qu’on soit condamné à y habiter », Casanova parcourut l’Europe tout au long de sa vie, de Venise à Paris, de Madrid à Moscou, et termina sa vie au château de Dux, en Bohême. Quelques-unes de ses étapes :

  • D’innombrables villes italiennes : Venise, Padoue, Naples, Rome, Trieste, Gênes, Florence…
  • Madrid, Barcelone, d’autres coins d’Espagne…
  • Saint-Pétersbourg, Moscou
  • Hollande, Amsterdam…
  • Londres
  • Pologne (Varsovie)
  • Bohême (actuelle Rép. Tchèque)
  • Suisse (plusieurs villes)
  • Savoie (plusieurs villes)
  • Sud de la France
  • Allemagne actuelle (plusieurs villes et régions, Cologne, Berlin…)
  • Constantinople…

Parmi les grandes figures qu’il rencontra :

  • J-J. Rousseau
  • Voltaire
  • Mozart
  • Le pape
  • Le comte de Saint-Germain
  • Catherine II de Russie
  • Benjamin Franklin
  • Goethe
  • Frédéric II de Prusse
  • Le roi George III d’Angleterre
  • Diderot

Mobile, volatile, multilingue, il fut probablement (bien avant l’heure, et quoiqu’il fût très fier d’être Vénitien) l’un des premiers véritables citoyens européens.

Sa vie amoureuse, sa vision de l’amour

Le rapport de Casanova aux femmes et à l’amour ne laisse pas de susciter la controverse.

En effet, d’un côté :

  • Loin d’être, comme Don Juan, un collectionneur compulsif (malgré le joli chiffre de 122 femmes auxquelles il rapporte, dans ses mémoires, avoir fait l’amour), il prenait le temps de les aimer, de dialoguer, de nourrir un rapport du cœur et de l’esprit avant l’union des corps.
  • Loin de n’être qu’un consommateur sexuel, il s’attachait, secourait éventuellement ses conquêtes (en leur donnant de l’argent ou en reconnaissant des enfants qui n’étaient pas les siens), et souffrait à chaque rupture (en somme, il tombait amoureux à répétition, perdait la tête à chaque fois).
  • Avant-gardiste et précurseur, loin de partager la misogynie de son temps, il faisait de la femme exactement l’égale de l’homme dans le désir et la jouissance et considérait que le plaisir de la femme constituait 4/5e de son propre plaisir.
  • Selon lui, et dans la même logique, « l’homme est fait pour donner, la femme pour recevoir ».
  • Il voulait un amour joyeux, heureux, consenti, dans l’échange et le partage ; de la tendresse, de la délicatesse (hum, pas toujours, nous le verrons !), des relations saines, emplies d’estime, d’intérêt réciproque et de respect (quel galant homme !^^)
  • Hédoniste, gourmet, gastronome, curieux, il avait pour quête première et priorité absolue la jouissance et l’excitation des sens, quels qu’ils fussent (plaisir sexuels, plaisirs de bouche, plaisir intellectuels, plaisirs sensuels…) et, en homme guidé par ses sens et la quête du plaisir, poussait toujours plus loin ses recherches, repoussait toujours les limites.
  • Il n’avait ni le sens (et le plaisir) du péché et du vice de Don Juan, ni sa recherche effrénée d’une infinité de conquêtes, ni sa masculinité dominante et machiste, ni son plaisir (ou son indifférence) à faire souffrir les femmes.
  • Il soutenait que chacun et chacune pouvait et devait jouir à sa manière, et que c’était à cette condition que le plaisir atteignait son paroxysme.
  • Il voyait le désir comme l’occasion de faire l’expérience d’une totale liberté et de défis à relever.
  • Il avait besoin d’une conversation pleine d’esprit avant, voire pendant l’amour, et prétendait ne pas pouvoir faire l’amour avec une femme dont il ne parlait pas la langue.

Mais de l’autre, certains critiques et biographes refusent cette image qu’ils jugent idéalisée, en soulignant des passages de son œuvre où il avoue clairement :

  • Avoir usé de la force pour s’imposer à des femmes réticentes (ce que l’on qualifierait aujourd’hui de viols).
  • Avoir acheté les faveurs de plusieurs femmes (recours à la prostitution).
  • Avoir directement négocié avec leurs proches (parents, mari…) pour aller droit au but et se passer d’une (fastidieuse ?) cour en règle, ce qui est loin d’être l’attitude généralement attribuée à un séducteur dont le plaisir procède avant tout du processus de conquête…
  • S’être partagé, avec l’abbé de Bernis, ambassadeur de Louis XV à Venise et futur académicien, les faveurs d’une religieuse complètement délurée qu’ils retrouvaient alternativement dans une garçonnière où, lorsque l’un d’eux faisait l’amour avec leur maîtresse, l’autre pratiquait le voyeurisme…
  • Avoir eu des relations incestueuses avec sa propre fille, voire plusieurs de ses enfants (peut-être une invention de toutes pièces de sa part dans son récit… ; une invention trahissant, en tout cas, un fantasme certain pour l’inceste ; il disait d’ailleurs ne jamais avoir tant de plaisir qu’en faisant l’amour avec deux sœurs…)
  • Avoir eu des rapports avec des hommes (« il semblerait que Casanova était un homme qui, pour la sexualité comme pour la vie en général, souhaitait connaître toutes les saveurs de l’existence. » Ian Kelly, biographe).
  • Avoir acheté une petite Russe de 13 ans.
  • Avoir aimé les petites filles à peine nubiles (et ce, de plus en plus au fur et à mesure qu’il vieillissait).

Autant de témoignages qui, s’ils peuvent nous paraître choquants, n’en sont pas moins à replacer dans leur contexte :

  • celui du libertinage du XVIIIe s. (Louis XV lui-même était un sacrément chaud lapin !) ;
  • d’une époque où les mariages étaient bien plus précoces que de nos jours et où des rapports à douze, treize ou quatorze ans, ma foi, n’étaient pas si rares ;
  • d’une époque où les rapports de pouvoir entre hommes de rang social dominant et femmes des classes sociales inférieures étaient très différents de nos mœurs d’aujourd’hui, et où les rapports forcés étaient légion et, oserai-je dire, « banals » ;
  • où nombre d’aristocrates avaient des vies bien plus dissolues et un nombre de conquêtes bien supérieur au sien…

etc.

Méfions-nous donc des jugements de valeur anachroniques et de la tentation de juger des actes de cet homme du XVIIIe à l’aune de nos propres combats, de nos propres mœurs et de nos positions post-féministes… complètement hors-sujet, pour juger d’une œuvre vieille de plus de 2 siècles. Si l’on resitue les choses dans leur contexte, Casanova, en plaçant le plaisir féminin sur un pied d’égalité avec le plaisir masculin, voire en lui donnant la priorité absolue, en cherchant « au maximum » le consentement mutuel et en prônant la libération du corps (féminin compris), était, probablement, un esprit très en avance sur son temps, malgré les quelques traces que son époque (ancien régime, rapports hiérarchiques entre les classes, libertinage à la mode…) n’a pas manqué de laisser sur son comportement (abus, achats…) : des « rechutes », en somme !

Son œuvre

Il subsiste de lui une œuvre littéraire abondante (pamphlets ; romans ; traités mathématiques ; écrits philosophiques, engagés, polémiques ; traductions – L’Iliade d’Homère, l’Ecossaise de Voltaire… – ; pièces de théâtre  –Les Hanovriennes, les Thessaliennes, La Moluccheide – ; essais historiques) dont les deux pièces maîtresses restent sans conteste l’Histoire de ma captivité (Prague, 1788) son Histoire de ma vie, une œuvre autobiographique fort licencieuse rédigée en français et considérée comme l’une des plus authentiques sources à propos des coutumes et de l’étiquette de la vie sociale de l’Europe du XVIIIe siècle : ayant sillonné le continent de long en large et vécu toutes sortes d’aventures, de métiers et de situations, Casanova put, lors de la rédaction de ses mémoires, brosser un portrait de la société prérévolutionnaire en dépeignant tout aussi bien les femmes de chambre que les ministres les plus en vue, offrant ainsi un témoignage de premier plan au sujet d’une époque charnière.

Les 73 années d’existence contées par ce grand libertin regorgent d’aventures, d’anecdotes et de détails sur cette époque d’éclosion d’idées nouvelles et sur la société d’alors ; elles le sont dans un style littéraire pétri d’italianismes, aux tournures parfois alambiquées ou sophistiquées dignes d’un narrateur « précieux », peut-être un peu fat, mais elles sont intelligibles, parfois admirables et très souvent savoureuses (voir les citations ci-dessous).

Ses souvenirs — étudiés et confrontés aux faits historiques par les casanovistes passionnés —, bien que présentant des inexactitudes quant aux dates, semblent néanmoins avoir été rédigés sous la conduite de la bonne foi. Cependant, l’auteur a probablement embelli son propre personnage, sans en dissimuler pour autant certains aspects douteux et sulfureux, comme ses maladies vénériennes récurrentes, ses dépressions, ses relations incestueuses avec sa/ses propres filles, qu’il se complaisait à décrire (encore une fois, probablement une pure invention) ou ses rapports monnayés.

Une écriture dramatique, pétillante, subtile, charmeuse, drolatique, théâtrale, qui, encore aujourd’hui, et malgré nos jugements, nos filtres et nos critiques, arrive encore à séduire le lecteur (et la lectrice…)

Quelques citations de lui, car quel meilleur moyen, pour connaître l’homme, que de le lire lui-même ?

« Je n’ai jamais dans ma vie fait autre chose que travailler pour me rendre malade quand je jouissais de ma santé, et travailler pour regagner ma santé quand je l’avais perdue. »

« Rien de tout ce qui existe n’a jamais exercé sur moi un si fort pouvoir qu’une belle figure de femme ».

« Hâtez-vous de céder à la tentation, de peur qu’elle ne passe. »

« L’homme est fait pour donner, la femme pour recevoir. »

« Si les plaisirs sont passagers, les peines le sont aussi. »

« Me sentant né pour le sexe différent du mien, je l’ai toujours aimé, et je m’en suis fait aimer tant que j’ai pu. »

« Dans l’examen de la beauté d’une femme, la première chose que j’écarte sont les jambes »

« Sans la parole, le plaisir de l’amour diminue d’au moins deux tiers  »

« Quel est l’homme auquel le besoin ne fasse faire des bassesses ? »

« Une fille qui, par le peu qu’elle laisse voir à un homme, le fait devenir curieux de voir le reste, a déjà fait trois quarts du chemin qu’il lui faut faire pour le rendre amoureux »

 « Il y a des moments dans lesquels l’homme, même brave, ou ne l’est pas ou ne veut pas l’être. »

« Une belle femme sans esprit, quand elle a accordé ses faveurs à son amant, ne peut plus rien pour lui ; tandis qu’une femme laide, mais spirituelle, peut inspirer à un homme une passion telle qu’il ne lui restera plus rien à souhaiter. »

 « Avec une femme, il est impossible de communiquer sans toucher. » 

 « J’écris pour ne pas m’ennuyer. » 

« Un temps qui procure du plaisir n’est jamais perdu, il n’y a que les heures de l’ennui qui soient pénibles. »

« Les Français sont jaloux de leurs maîtresses, et jamais de leurs femmes. » 

« On ne désire pas ce qu’on possède. » 

« Sans la parole, le plaisir de l’amour diminue au moins de deux tiers. »

 « Les femmes n’ont d’autre âge que celui qu’elles montrent. » 

« Pour faire pleurer les gens, vous devez pleurer vous-mêmes. Si vous voulez les faire rire, vous devez garder un visage sérieux. »

« Il n’y a pas de femme au monde qui puisse résister aux soins assidus et à toutes les attentions d’un homme qui veut la rendre amoureuse. »

« N’ayant pas de remords, je ne peux pas être coupable »

D’autres citations de Casanova :

Un œil extérieur, peut-être ? mais contemporain ?

Le prince de Ligne rédigea dans ses mémoires un long texte au sujet de Casanova (Fragments sur Casanova en 1809) : extrait :

« Ce serait un bien bel homme s’il n’était pas laid ; il est grand, bâti en Hercule, mais a un teint africain ; des yeux vifs, pleins d’esprit à la vérité, mais qui annoncent toujours la susceptibilité, l’inquiétude ou la rancune, lui donnent un peu l’air féroce, plus facile à être mis en colère qu’en gaieté. Il rit peu, mais il fait rire. Il a une manière de dire les choses qui tient de l’Arlequin balourd et du Figaro, ce qui le rend très plaisant. Il n’y a que les choses qu’il prétend savoir qu’il ne sait pas : les règles de la danse, celles de la langue française, du goût, de l’usage du monde et du savoir-vivre. Il n’y a que ses ouvrages philosophiques où il n’y ait point de philosophie ; tous les autres en sont remplis ; il y a toujours du trait, du neuf, du piquant et du profond. C’est un puits de science ; mais il cite si souvent Homère et Horace, que c’est de quoi en dégoûter. La tournure de son esprit et ses saillies sont un extrait de sel attique. Il est sensible et reconnaissant ; mais pour peu qu’on lui déplaise, il est méchant, hargneux et détestable. Un million qu’on lui donnerait ne rachèterait pas une petite plaisanterie qu’on lui aurait faite. Son style ressemble à celui des anciennes préfaces ; il est long, diffus et lourd ; mais s’il a quelque chose à raconter, comme, par exemple, ses aventures, il y met une telle originalité, une naïveté, cette espèce de genre dramatique pour mettre tout en action, qu’on ne saurait trop l’admirer, et que, sans le savoir, il est supérieur à Gil Blas et au Diable boiteux. Il ne croit à rien, excepté ce qui est le moins croyable, étant superstitieux sur tout plein d’objets. Heureusement qu’il a de l’honneur et de la délicatesse, car avec sa phrase, « Je l’ai promis à Dieu », ou bien, « Dieu le veut », il n’y a pas de chose au monde qu’il ne fût capable de faire. Il aime. Il convoite tout, et, après avoir eu de tout, il sait se passer de tout. Les femmes et les petites filles surtout sont dans sa tête ; mais elles ne peuvent plus en sortir pour passer ailleurs. Cela le fâche, cela le met en colère contre le beau sexe, contre lui-même, contre le ciel, contre la nature et surtout contre l’année 1725. Il se venge de tout cela contre tout ce qui est mangeable, buvable ; ne pouvant plus être un dieu dans les jardins, un satyre dans les forêts, c’est un loup à table : il ne fait grâce à rien, commence gaiement et finit tristement, désolé de ne pas pouvoir recommencer. S’il a profité quelquefois de sa supériorité sur quelques bêtes, hommes et femmes, pour faire fortune, c’était pour rendre heureux ce qui l’entourait. Au milieu des plus grands désordres de la jeunesse la plus orageuse et de la carrière la plus aventureuse et quelquefois un peu équivoque, il a montré de la délicatesse, de l’honneur et du courage. Il est fier parce qu’il n’est rien. Rentier, ou financier ou grand seigneur, il aurait été peut-être facile à vivre ; mais qu’on ne le contrarie point, surtout qu’on ne rie point, mais qu’on le lise ou qu’on l’écoute ; car son amour-propre est toujours sous les armes. Ne lui dites jamais que vous savez l’histoire qu’il va vous conter ; ayez l’air de l’entendre pour la première fois. Ne manquez pas de lui faire la révérence, car un rien vous en fera un ennemi. Sa prodigieuse imagination, la vivacité de son pays, ses voyages, tous les métiers qu’il a faits, sa fermeté dans l’absence de tous les biens moraux et physiques, en font un homme rare, précieux à rencontrer, digne même de considération et de beaucoup d’amitié de la part du très petit nombre de personnes qui trouvent grâce devant lui. »

Anecdotes :

1 – Le manuscrit d’Histoire de ma vie, après avoir été mis sous clef pendant près de 140 ans, fut ressorti des placards au cours du XXe s. Son acquisition par la Bibliothèque Nationale de France en 2010 fut la plus chère de l’histoire de la BNF : 7.25 millions d’euros !!!

2 – Les mémoires de Casanova furent (bien sûr) longtemps censurées et mises à l’Index Librorum prohibitorum de Rome…

3 – Une dernière, pour la route : à un interlocuteur qui lui demandait : « Alors, M. Giacomo Casanova, préférez-vous les femmes brunes, blondes ou rousses ? », il aurait répondu : « oui ». 😉

Conclusion

Personnage historique et non de légende, jouisseur et exubérant, il vécut en homme libre de pensées, d’actions, de croyances et de comportements, des premiers succès de sa jeunesse à sa longue déchéance ; plein d’esprit, d’imagination, de vitalité et d’impulsions, il mena sa vie tambour battant, une vie faite de voyages, de changements intempestifs, de multiples métiers, d’inconstance, de déguisements et de jeux de rôle.

Souvent admiré, loué, qualifié de « génie », d’« ami des femmes », de « menteur flamboyant » et de « roi de la séduction », Casanova continue de fasciner ; c’est tout un mythe qui s’est construit autour de lui, de ce personnage qu’il expose dans Histoire de ma vie, cet homme à la fois sincère et manipulateur, pudique et narcissique, joyeux et mélancolique, menteur et séduisant, et dont on ne parvient pas (d’après ses biographes), séduit malgré soi à sa lecture, et ce malgré ses frasques, ses crimes, ses méfaits, ses aveux et ses mensonges, à regarder longtemps d’un œil sévèrement réprobateur…

A bientôt pour d’autres découvertes littéraires fabuleuses,

Aurélie

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