Littérature, amour & érotisme

Le baroque en bref

Introduction

Nous avons vu dans mon premier article sur l’Histoire de la littérature française que, si le XVIe siècle s’est ouvert dans le climat confiant, optimiste et rayonnant de l’humanisme, il s’achève dans la peur et l’incertitude face au contexte politique, économique et religieux de la deuxième moitié du XVIe siècle. Un climat inquiétant, fait de guerres et d’instabilité politique, fortement propice à l’émergence d’une sensibilité tout autre qui se développe alors : la sensibilité baroque.

Le baroque est ainsi un mouvement littéraire et artistique de la toute fin du XVIème siècle (à partir des années 1560-70) et du début du XVIIème siècle (il est définitivement supplanté par le classicisme vers 1660). Pour vous le resituer rapidement dans la grande succession des mouvements littéraires et artistiques en France, il est précédé par l’humanisme (et la Pléiade) et suivi par le classicisme.

Contexte

Nous l’avons déjà dit, tous les mouvements littéraires sont intimement liés au contexte politique, religieux, culturel, historique et socio-économique de l’époque dans laquelle ils émergent. Or le contexte de la deuxième moitié du XVIe s. est celui d’une Europe (et d’une France) tourmentées, et marquées par :

  • Huit grandes guerres de religion qui ont ravagé le continent, et notamment le royaume de France (naissance du protestantisme, rupture avec l’Eglise catholique, Contre-Réforme lancée par celle-ci, guerres de religion incessantes de 1562 à 1598, trois décennies entières de conflits armés et de massacres entre les partisans de chaque religion – le célèbre massacre de la Saint-Barthélemy, par exemple)
  • Une succession de rois, de complots, de règnes et d’assassinats au sein de la cour. Grande instabilité politique en France. François II, Charles IX, Henri III meurent tous trois sans héritiers, au point que la dynastie de Valois (sur le trône depuis le début du XIVe siècle) disparaît… au profit de la dynastie de Bourbon (qui arrive sur le trône de France avec Henri de Navarre).
  • Un contexte socio-économique marqué par les famines, les disettes, les mauvaises récoltes et les épidémies (en temps de guerre… classique)
  • Mais aussi de grandes découvertes qui ont bouleversé les consciences et totalement remis en question ce que l’on prenait pour acquis (notamment via les enseignements de l’Eglise) depuis plusieurs siècles : d’un coup, on commence à dire que la Terre n’est plus au centre de l’univers, que c’est elle qui tourne autour du soleil et non l’inverse, que l’homme n’est donc plus lui-même le centre de la Création, on a découvert un nouveau continent tout entier, de nouvelles peuplades, de nouvelles façons de penser, de nouvelles mœurs, Magellan a prouvé la rotondité de la Terre en réalisant le premier tour du monde, l’Europe même n’est plus le centre du monde, de nouveaux horizons s’ouvrent, les perspectives changent, on perd ses repères, la thèse de la pluralité des mondes émerge…

A la fin du XVIe siècle et au tournant du XVIIe siècle, le décor est donc particulièrement sombre, marqué par les renversements politiques, les conspirations, le sang, les guerres fratricides, une crise dynastique, la cohabitation de plusieurs religions, les changements d’alliances et les trahisons. En bref, une atmosphère… plus que tendue ! L’homme de cette époque connaît donc une situation perturbée, bouleversée par des transformations incessantes, et un monde en constante évolution. C’est au sein de ce contexte inquiétant (et même relativement sombre) que le baroque va plonger ses racines et où il va puiser ses principales caractéristiques. (J’anticipe, mais nous retrouverons plus tard ce genre de lien entre un contexte bouleversé et un mouvement artistique et littéraire avec le romantisme, le surréalisme et l’absurde, par exemple).

Origine

C’est à Rome (capitale des Etats pontificaux, sur lesquels règne le pape) que naît le mouvement baroque à la toute fin du XVIe siècle, sous l’impulsion de l’Eglise catholique qui, par réaction contre l’austérité protestante, s’en sert pour redorer son blason, éblouir ses fidèles, glorifier Dieu, redynamiser la foi et redonner tout son éclat à la religion.

Le baroque se diffuse ensuite dans toute l’Europe, et notamment en Espagne, en Europe centrale (Autriche, Bavière…) et en Hollande, pendant toute la première moitié du XVIIe siècle.

Par cet art nouveau, l’Eglise cherche avant tout à reconquérir les fidèles, à captiver les foules, à les surprendre, à les étonner, à les toucher avec passion, à mettre en spectacle le divin, à séduire celui qui doute, celui qui craint la mort, celui que guette la famine, à la fois par ses ors, ses marbres, ses stucs, sa profusion de couleurs chatoyantes, ses sculptures majestueuses, ses églises imposantes, sa richesse, ses décorations, sa splendeur grandiose et la théâtralité de ses édifices. C’est ainsi le « triomphe » du catholicisme qui est mis en scène, en réaction contre l’austérité et la sobriété protestantes.

Véritable outil de « propagande » catholique à ses origines, art de la Contre-Réforme, ce courant touchera tous les arts, littérature, peinture, sculpture, architecture et musique.

Etymologie

Le mot « baroque » vient de « barocco » qui désigne en portugais une perle irrégulière, bosselée, difforme. Ce mot est lui-même dérivé du latin « verruca » : éminence, défaut, tache, verrue…

Le mouvement baroque sera précisément le mouvement de l’irrégularité, de la variabilité, de la diversité, de l’inconstance, des changements, de l’inattendu etc…

On appellera d’ailleurs longtemps les auteurs baroques « les Irréguliers » avant de leur appliquer l’adjectif dont la critique littéraire les qualifie aujourd’hui. Ce seront les artistes néoclassiques qui affubleront ainsi leurs prédécesseurs de ce qualificatif méprisant, à l’instar des hommes de la Renaissance et des classiques qui auront traité l’art du Moyen Âge de « gothique », c’est-à-dire de barbare, de grossier (le terme de gothique renvoyant aux « Goths », peuple barbare du haut Moyen Âge).

Grandes caractéristiques du mouvement

Courant de l’instabilité, du mouvement et des transformations

L’homme baroque est bouleversé et entouré d’une agitation permanente ; il perçoit donc le monde comme en transformation constante. Tout bouge, tout change, tout est en perpétuel changement ; rien n’est figé, rien n’est certain, rien n’est acquis, rien ne dure, rien n’est prévisible.

Il en résulte un goût certain pour le mouvement, pour l’action et les revirements de situation, les péripéties et l’épique. Les êtres humains eux-mêmes, et notamment leurs sentiments, sont instables, éphémères, changeants, passagers, variables et inconstants ; tout passe sans cesse d’un état à un autre et l’homme baroque est en proie permanente au doute, aux questions, aux remises en cause. Le mouvement baroque est marqué par le mouvement, tant dans son architecture (Bernin) que dans sa musique (Monteverdi) ou dans sa littérature.

Goût pour le provisoire

Comme tout bouge sans cesse, comme rien n’est définitif, l’homme baroque est attiré par tout ce qui est éphémère et tout ce qui relève de l’illusion : il aime se déguiser (goût pour les apparences trompeuses et le trompe-l’œil, voire le travestissement ou les inversions de rôle dans le théâtre), il aime la nature et ses changements saisonniers. Il aime aussi en particulier deux éléments naturels : le feu aux formes étranges et éphémères et l’eau qui s’écoule et est insaisissable.

En matière d’amour, l’homme baroque peut avoir tendance à refuser de s’enfermer dans une seule relation durable et définitive. La fidélité n’est pas son fort et l’inconstance lui convient mieux. Don Juan est, à ce titre, un personnage typiquement baroque. Le libertinage est d’ailleurs un mouvement qui naît à cette époque et qui poussera à l’extrême cette approche de la vie, de la liberté, de l’éphémère, de l’inconstance et de l’amour (voir mon article sur le sujet).

En résumé, l’homme (et donc l’auteur) baroque aime les rebondissements, les changements, l’aventure, la passion, le bruit, les péripéties…

Goût pour la complexité

Dans l’esprit baroque, une réalité n’est jamais simple à cerner, il faut prendre en compte la diversité et la complexité des choses. La réalité et le rêve peuvent souvent se confondre ; ce qu’on croyait être loi, norme ou vérité change du jour au lendemain. Il n’y a pas de vérité absolue et nos sens nous trompent, de même que les premières impressions et les apparences.

Ainsi, la vision du monde du personnage baroque, son vécu, ses expériences, son contexte, ses constats lui montrent que rien n’est jamais définitif : tout est apparence et illusion. « Le monde est un théâtre », écrit d’ailleurs Shakespeare.

Ce goût pour la complexité se traduit en peinture et en sculpture (arabesques, préférence donnée à la courbe plutôt qu’à la ligne droite…) mais aussi en littérature (foisonnement des personnages, complications et longueur des intrigues, multiplication des lieux…)

L’envie de liberté, le refus des règles et des limitations

La philosophie et la conception religieuse et littéraire de l’homme baroque découlent directement des points précédents. L’homme baroque aspire à une pleine liberté (libéralisme de la pensée, liberté d’action, athéisme…), et ce dans tous les domaines. Comme le monde est en constante évolution et que l’univers est en proie à un changement perpétuel, l’homme baroque considère (en toute logique) qu’il n’y a rien de plus aliénant et injustifié que les règles et les interdits.

Seule certitude en ce bas-monde : la mort. En conséquence, on revendique une pleine liberté en matière de création artistique, ce à quoi le mouvement classique s’opposera farouchement en édictant, sous Louis XIV, de très nombreuses normes d’écriture.

Mais, pour l’heure, point de limites, point de règles formelles : on peut mélanger les contraires, les genres et les registres (une liberté que l’on ne retrouvera qu’au moment du romantisme, au XIXe siècle) avec les tragi-comédies et les comédies-ballets, par exemple, multiplier les lieux et les déplacements des personnages, éclater l’action, multiplier le nombre d’intrigues, complexifier le scénario de base à l’infini, se livrer à des digressions… et pondre de véritables romans-fleuves si le cœur nous en dit.

Aucune doctrine, donc ; aucun traité, aucun manifeste. D’ailleurs, l’époque baroque ne s’est pas conçue elle-même comme une et unie. Pour l’homme baroque, il n’existe pas de lois intangibles, les voies ne sont pas toutes tracées, il n’est ni destin ni fatalité : l’être humain peut lutter, affronter les forces extérieures, vaincre, triompher, échouer : son avenir lui appartient. L’irréversible n’existe pas ; le hasard joue sans cesse, lui offre des opportunités ; il suffit d’attendre, et tout change. L’homme a le choix, reste maître de son destin et doit s’emparer de toutes les occasions qui s’offrent à lui (voir, encore une fois, mon article sur le libertinage, mouvement qui pousse ce point à l’extrême). Il est confronté à des dilemmes (ex : les héros cornéliens) mais pas à la fatalité ou à la toute-puissance divine (thème qui reviendra avec le classicisme).

Le rejet, par conséquent, de l’absolu

L’homme baroque ne croit pas en l’existence de vérités définitives. Tout n’est qu’apparences et changement. Libre penseur, affranchi, parfois athée, le baroque refuse de voir sa vie, sa conduite et sa pensée « déterminées » par Dieu, l’Eglise ou le roi.

Le mouvement du foisonnement

On note un goût pour la surcharge (fioritures, détails, accumulations de péripéties…), la profusion de l’ornementation et l’amplification (hyperboles, gradations, accumulations…), mais aussi pour la recherche des extrêmes et de l’excès (par exemple dans les trois sous-mouvements qui pousseront le baroque à son paroxysme : le libertinage, la préciosité et le burlesque). La surabondance d’adjectifs, de descriptions et d’adverbes marque le mouvement baroque.

Le goût pour le contraste

Jeux d’ombre et de lumière et clair-obscur en peinture, antithèses et oxymores en littérature, figures de style permettant de mettre en valeur la complexité des réalités et les apparences multiples que peut prendre le monde réel (métaphores, personnifications, paradoxes…)… en matière d’art baroque, on aime le contraste, les oppositions, les contradictions, et tout ce qui peut souligner la complexité de la vie. L’homme baroque est contre l’intolérance, l’enfermement et les prétentions à la détention d’une vérité absolue. Il met en relief le contraste entre le raffinement naissant à la cour et la cruauté de la guerre, le luxe somptueux des palais et la misère du peuple…

Goût pour l’étrange, le bizarre…

… l’exubérant, l’excentrique, l’extravagant, les couleurs riches et profondes ; pour ce qui attire l’œil, pour le spectaculaire (avec des pointes finales inattendues…)

Goût pour le sensible…

… les sensations, l’émotion, (vs. la raison), le lyrisme, l’individualité, les méandres et profondeurs de l’âme humaine, le pathétique…

Goût pour la vie, sa richesse, son pittoresque

Goût pour les anecdotes, les détails, la saveur des choses, les surprises, l’inattendu, le brillant ; goût pour le fantastique, la magie, le surnaturel, l’inconnu ; pour le luxe, le luxuriant, la passion, les plaisirs des sens… Véritable hymne à la vie, cri contre la mort, révolte contre le mal et la violence, le baroque chante la lumière, la couleur, la joie, les sentiments exaltés…

Mise en scène et glorification de la religion catholique

Représentation (notamment en peinture) des miracles, des martyrs, des extases…

Une influence exercée par le picaresque et la littérature de cape et d’épée espagnols.

(le courant du fameux Don Guichotte…)

Grands thèmes à la mode

  • La religion (impulsion catholique du mouvement, rappelons-le), les scènes bibliques…
  • La fuite du temps (le provisoire, l’éphémère…), le vieillissement, la vie et la mort…
  • L’amour torturé, le pastoralisme, l’inconstance amoureuse, l’exaltation des sentiments…
  • Les visions surnaturelles, la fantaisie, l’extravagance, le règne du hasard et de la fortune, les apparences trompeuses, les rêves, l’illusion, le déguisement, les métamorphoses prodigieuses, la magie, le hasard, l’insolite, les incongruités, les aléas de la vie, le songe, le mystère…
  • La politique, la guerre, les guerres de religion…
  • Les saisons, les éléments naturels, l’univers, la nature, l’eau…
  • La vulnérabilité de l’homme, la condition humaine, sa fragilité, la vanité de l’homme, la folie, la précarité de la vie, l’instabilité, l’inquiétude, l’angoisse, la violence, le viol, le suicide, la torture, la vengeance, la cruauté, la tragédie de l’existence, le drame…

Les trois « sous-courants » du baroque : préciosité, libertinage et burlesque

Avant de s’effacer peu à peu au profit du classicisme sous le règne ferme et puissant du Roi-Soleil, le baroque va donner naissance à trois autres mouvements qui, chacun à leur manière, poussent en quelque sorte à leur paroxysme certains aspect du baroque : le burlesque, la préciosité, le libertinage.

J’ai justement consacré aux deux premiers des articles détaillés sur ce blog l’un en 2018, l’autre en 2019). Vous pouvez retrouver ici mon analyse de la préciosité et ici mon article consacré au libertinage. En lien plus ou moins direct avec ces deux thématiques, vous pouvez en outre également suivre les liens suivants pour lire mes articles sur Madame de La Fayette, Casanova, Les Liaisons dangereuses et le marquis de Sade. Un article sur Don Juan est bien sûr également en préparation.

Quelques mots sur le burlesque, donc. Il s’agit d’un mouvement mettant l’accent sur les contradictions déchirant l’être humain et sur les contrastes ridicules de la nature humaine. Sa méthode ? Traiter de sujets réputés sublimes, héroïques ou sérieux en des termes vulgaires, triviaux, grotesques ou populaires ; dévaloriser l’épopée par la parodie ; pratiquer la dérision (et même l’auto-dérision, dans le cas de Scarron), la caricature, le ridicule, les contradictions à outrance…

Le burlesque peut être rapproché de la parodie, du pastiche ou de la caricature en ce qu’il relève d’une imitation : l’idée est de travestir un modèle en mettant l’accent sur l’inversion des valeurs (le haut devient le bas). Le burlesque opère, par conséquent, une démythification de l’héroïsme. Le rire burlesque prend  donc, dès lors, une signification politique : il rabaisse l’orgueil des grands qui deviennent objets de risée. Molière, par exemple est un grand créateur de comique burlesque : des pièces comme Les Précieuses ridiculesLes Femmes savantes ou Le Misanthrope caricaturent les salons précieux ; Le Malade imaginaire tourne en ridicule les si sérieux milieux médicaux ; Tartuffe s’attaque aux faux dévots, etc. Le vocabulaire employé est grossier, familier, commun, vulgaire… Les héros s’expriment comme des gens du peuple…

Mais le burlesque peut également œuvrer et travestir la réalité via le processus inverse, en explorant le registre héroï-comique, qui consiste à traiter un sujet vulgaire de manière noble, à rehausser d’un langage d’or des sujets triviaux et prosaïques. Ce procédé opère la parodie inverse : non du haut vers le bas, mais du bas vers le haut. Le berger parle comme un seigneur et la bergère comme une princesse ; les bourgeois et les domestiques agissent et parlent comme des héros. Ce registre, très en vogue au XVIIIe siècle, plaît plutôt à l’aristocratique (on se moque des bergers, des domestiques, des petites gens, qui ignorent le style des seigneurs) alors que le burlesque se veut populaire (on rabaisse l’orgueil des grands et on les ridiculise).

Forme de comique extravagante et déroutante, fantaisiste, outrée et parfois bouffonnée, le burlesque flirte avec l’absurde, le ridicule et le grotesque et s’appuie sur la puissance des contrastes… un thème cher au baroque, on l’a vu. Le but ? Représenter la diversité et les contradictions humaines, souligner le fossé qui demeure entre apparence et réalité, jouer sur les illusions, les rangs sociaux, les apparences trompeuses, traiter de tous les sujets, mêmes les plus crus et les plus grossiers, mettre l’emphase sur le corps et la chair (rejetés, à l’inverse par le mouvement précieux), ne se censurer sur rien, révéler l’importance du hasard, de l’imprévu, des changements et de l’incertitude.

Les grands noms du courant baroque

Auteurs : Cyrano De Bergerac, Honoré d’Urfé, Agrippa d’Aubigné, Théophile de Viau, Jean Moran, Paul Scarron, Malherbe, Saint-Amant… (impossible de ne pas citer Shakespeare pour l’étranger)

Artistes :

  • Bernin, Moderno et Puget (sculpture)
  • Monteverdi, Haendel, Purcell, Lully, Bach, Telemann (musique)
  • Rubens, le Pozzo, le Caravage, les frères Carrache, Murillo, Van Dyck (peinture)
  • Borromini, Bernin et Pierre de Cortone (architecture)

Les mots-clés du mouvement

La diversité, l’irrégulier, tout ce qui sort de l’ordinaire, le hasard, la transformation, l’insolite, le mouvement, la curiosité, l’exubérance, la nouveauté, les métamorphoses, les aventures, les amours, l’illusion, le rêve, le changement, le grandiose, la théâtralité du monde, la duplicité, l’instabilité, les contradictions, le chaos, la courbe, la tension dramatique, le contraste, la ligne oblique, l’action, l’asymétrie, l’opulence, la surabondance, l’ostentation, la tendance à la dramatisation, la variation, les rebondissements, une esthétique contrastée, l’outrance, le foisonnement, la démesure, une langue riche et luxuriante, l’usage des diagonales, l’expressivité, le goût du spectaculaire, du somptueux et du majestueux, le rejet des contraintes, l’inquiétude, le doute, les détours, les circonvolutions, les digressions, le tragique, le paraître, les volumes concaves et convexes, les courbes et contrecourbes, les sinuosités, le faste, l’abondance décorative, les jeux de lumière, l’expressivité des visages et des corps, les lignes brisées, les colonnes torses, les asymétries, les contre-plongées, les mises en abyme (au théâtre, en peinture…), l’utilisation de l’ovale, les drapés, les dômes, les décrochements, la torsion des formes, les illusions…

Conclusion

Parti de Rome, de Mantoue, de Venise, de Florence, le baroque conquerra rapidement les autres pays à dominante catholique (France, Espagne) mais aussi l’Europe centrale et nordique, et l’Amérique centrale et australe via les colonies espagnoles et portugaises. Il se développera très peu en Angleterre (séparée de l’Eglise romaine depuis le schisme anglican, sous Henri VIII) et moins dans les régions à dominante protestante que dans les pays demeurés résolument catholiques comme l’Espagne.

Art de la surprise, du charme, de la vie, de tous les excès, le baroque veut impressionner, séduire, émouvoir, donner à voir du spectaculaire.

Mouvement de dimension européenne, qui envahit toutes les sphères artistiques, il ne fut jamais régi par une école (vs l’existence d’une école de la Pléiade ou de l’école classique) puisque ce mouvement se caractérisait par le rejet même des contraintes, des codes et des règles. On reconnaît néanmoins que ces auteurs furent animés d’une sensibilité, de préoccupations et d’une vision du monde communes.

Né dans un contexte sombre et tumultueux, issu des guerres de religion, du déchaînement des violences, des massacres (comme celui de la Saint-Barthélemy) et des guerres civiles de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle, la sensibilité baroque (réponse multiforme à l’angoisse de cette période) reflète un amour de la vie, presque un art de vivre : plongé dans un monde complexe et divers, l’homme baroque entend profiter de cette richesse de la vie, il est attiré par le pittoresque, l’anecdotique, la surcharge, l’exagération, le foisonnement de détails et le plaisir des sens.

Quant aux héros des romans et des pièces de théâtre, ils ressemblent aux auteurs baroques qui les font naître ; ils sont confrontés à une multiplicité d’événements, sont en déplacement permanent, fréquentent les lieux et les êtres les plus divers.

Outre ce mouvement à part entière, l’adjectif « baroque » est encore aujourd’hui souvent synonyme de bizarre, d’excentrique, d’outrancier, de surchargé, d’excessif, de « haut en couleur », d’extravagant… Jusqu’au XIXe siècle, il garde d’ailleurs une connotation plutôt négative.

Aujourd’hui, l’époque baroque apparaît comme une transition entre deux époques plus sûres d’elles, plus « carrées », plus « solides » : la Renaissance (et l’humanisme) et le long et solide règne du Roi-Soleil (=et donc le classicisme). En matière musicale néanmoins, mais aussi décorative, le baroque ne disparaîtra pas avec l’apparition et la prédominance du classicisme à la fin du XVIIe siècle et durera un bon siècle et demi. Sous sa forme tardive, au XVIIIe siècle, il sera appelé « Rococo ».

Quelques œuvres

  • Les Tragiques, D’Aubigné
  • Le Cid, Corneille (tragi-comédie)
  • Les Menteurs, Corneille
  • L’illusion comique, Corneille
  • Dom Juan, Molière (auteur plutôt retenu comme classique dans l’ensemble, mais Don Juan est d’inspiration baroque)
  • La Marianne, Tristan L’Hermite
  • Amaryllis : pastoral, Tristan l’Hermite
  • Le roman comique, Paul Scarron
  • L’Astrée, Honoré d’Urfé
  • Œuvres poétiques, Théophile de Viau
  • Elégie à une dame, Théophile de Viau
  • Œuvres de Sieur de Saint-Amant, Saint-Amant (évidemment…)
  • Histoire comique des Etats et empires de la Lune, Cyrano de Bergerac
  • La Solitude, Saint-Amant

Texte : (c) Aurélie Depraz
Tableau d’illustration : Vanité – nature morte, huile sur toile de Pieter Claesz (1630) – Source : https://www.horlogerie-ancienne-collections.com/tableaux-avec-montres-pendules-horloges-et-cadrans-solaires/

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