L'Histoire (la grande !)

Les Guerres Napoléoniennes

Introduction

Les guerres napoléoniennes ne sont pas toujours faciles à distinguer des guerres engendrées par la Révolution Française (guerres de défense de la France révolutionnaire alors attaquée par les monarchies européennes coalisées dans le cadre de la Première (1792-1797) puis de la Deuxième (1797-1799) Coalitions), au sens où le passage des unes aux autres est parfois daté par les historiens :

  • du coup d’Etat de Napoléon du 18 Brumaire (suite auquel il devient Premier Consul, en 1799)
  • du couronnement de Napoléon en tant qu’empereur (2 décembre 1804)
  • de la reprise des hostilités en mai 1803 entre la France et l’Angleterre, après la seule (courte) trêve que l’Europe ait connue depuis 1792 (et jusqu’en 1814) : cette trêve pourrait être la démarcation entre les guerres révolutionnaires et les guerres napoléoniennes.

En tout état de cause, ces guerres opposèrent la France (alors véritable empire) à de nombreuses coalitions européennes (principaux ennemis officiels de la France à cette époque : l’Angleterre, la Russie et l’Autriche – comme les choses changeront, en peu de temps !!) des années 1800 à 1815 (les Guerres de la Révolution ayant eu lieu de 1789 à 1799 ou 1803 selon les historiens)  et se dérouleront à une échelle sans précédent par le recours à l’artillerie et à la levée en masse de soldats (conscription) dans tous les pays soumis par Napoléon qui obligera ainsi, par ricochet, ses ennemis à grossir eux aussi leurs rangs d’hommes de toutes conditions et de toutes origines (l’armée britannique voit ses effectifs multipliés par 6 en seulement 20 ans ! Les 20 ans, précisément, que dureront les guerres révolutionnaires et les guerres napoléoniennes).

Après une accumulation fulgurante de victoires et de conquêtes, l’Empire français, qui couvre alors l’essentiel de l’Europe et a vaincu les 5 premières coalitions formées contre lui, s’effondrera en seulement quelques mois suite à la désastreuse campagne de Russie, pour finir avec l’abdication (deux fois, nous y reviendrons) de Napoléon, la fin du Premier Empire, la Restauration de la monarchie avec Louis XVIII (cuisant échec pour les Révolutionnaires, donc), une défaite militaire totale et une France laissée plus petite par Napoléon que celle dont il avait pris la tête !

Car si les livres d’Histoire (notamment scolaires) nous laissent souvent l’image d’un héros national aussi patriote que grandiose, et si Bonaparte eut effectivement une sacrée cote auprès des Français à ses débuts… il n’en faudra pas moins regarder l’envers du décor et la façon dont Napoléon fut considéré (à juste titre aussi…) à l’étranger par ses contemporains, et la manière (un peu mégalo sur les bords) dont il évolua malheureusement en deuxième moitié de carrière… (pour rappel, l’ensemble des guerres révolutionnaires puis napoléoniennes firent entre 3,5 et 6,5 millions de morts selon les estimations…)

Petit tour d’horizon ci-dessous de ces guerres qui, de l’émergence de Napoléon comme général à sa chute, marquèrent toute la période du Premier Empire…

Les débuts de Napoléon : montée en puissance, prise de pouvoir et fin des Guerres de la Révolution

Napoléon naît à Ajaccio en 1769 (la Corse vient alors à peine d’être rachetée aux Génois par la France). Il devient officier d’artillerie à 16 ans et a tout juste 20 ans quand éclatent la Révolution et, avec elle, les guerres révolutionnaires (lancées par les monarchies étrangères coalisées en deux coalitions successives et cherchant à rétablir la monarchie en France). En quelques années, grâce à plusieurs victoires éclatantes, à Toulon contre les Anglais, puis contre une émeute royaliste, puis en Italie et en Autriche (membres de la Première Coalition contre la France révolutionnaire, 1792-1797), il devient le général le plus populaire de la République et l’un des grands défenseurs de la France contre les monarchies coalisées. Il est affectueusement surnommé par ses troupes « Le petit caporal » (du fait de sa petite taille).

Il conquiert ensuite l’Égypte où on l’a envoyé combattre (1798) mais la situation en France l’inquiète (le gouvernement corrompu et instable du Directoire est incapable de faire face à la menace extérieure de la Deuxième Coalition ou aux coups d’Etat internes) et, en 1799, confiant son armée à Kléber, il s’embarque secrètement pour Paris. Il trouve un gouvernement sans autorité, bel et bien menacé de tous côtés. Il participe et dirige même militairement un coup d’État (le coup d’État du 18 Brumaire) en novembre 1799 : il s’impose aux conspirateurs comme le général tout désigné pour chasser les députés des assemblées en séance à Saint-Cloud. Le nouveau régime est aussitôt créé : il s’appelle le Consulat et a à sa tête trois consuls : Bonaparte, Premier Consul (qui prend les décisions les plus graves), Cambacérès et Lebrun. Bonaparte a ainsi le pouvoir nécessaire pour réaliser d’importantes réformes :

  • En politique intérieure : il fonde le Conseil d’État et lui confie le soin de préparer des lois ; il fait établir le Code civil (qu’on appelle aussi Code Napoléon, et qui fixe tous les rapports entre les personnes et le droit de propriété) par ce Conseil, rétablit la monnaie (le franc), réorganise la justice, confie à des préfets et à des sous-préfets le soin de tout inspecter dans les départements et d’organiser la levée des soldats, donne son appui à de grands banquiers pour créer la Banque de France (en 1800)… La grande majorité des Français, fatiguée par les désordres continuels des années précédentes, accepte volontiers ce gouvernement autoritaire.
  • Il met un terme à la guerre de Vendée qui depuis 7 ans opposait les Blancs (royalistes) aux Bleus (républicains)
  • Il rétablit également la paix religieuse en s’adressant au pape et en obtenant le Concordat de 1801 par lequel le pape reconnaît le nouveau régime politique français et accepte officiellement la vente des anciens biens du clergé confisqués pendant la Révolution.
  • Il parvient aussi à obtenir la paix avec les Autrichiens en mai 1800 (traité de Lunéville), puis la paix avec les Anglais qui, découragés, signent à leur tour un traité à Amiens en 1802 (ce qui met fin à la Deuxième Coalition (1797-1799)). Avec lui, les Guerres de la Révolution française (ensemble des guerres provoquées par la Révolution, de nombreuses monarchies se dressant contre la France pour tenter d’écraser la Révolution – Autriche, Prusse, Espagne, Grande-Bretagne etc.) prennent fin.

En France, la popularité de Napoléon est immense. Il réussit sur tous les fronts. Il cherche à rallier au Consulat les Français de tous les partis, les nobles et les émigrés aussi bien que les anciens partisans de la Révolution.

Il est petit, mince, nerveux, avec de grands yeux gris brillants. Très actif, il ne reste que quelques minutes à table, se fait lire des journaux pendant son bain, dicte trois lettres à la fois à trois secrétaires différents, fait montre d’une mémoire étonnante… et d’une ambition sans limites.

Il survit à un attentat (royaliste) en 1800 et à un autre en 1804. Et là, tout change : profitant de l’émotion provoquée par ces attentats, il se fait nommer « Napoléon 1er, empereur héréditaire des Français ». Pour avoir plus de prestige, il se fait sacrer à Notre-Dame par le pape Pie VII le 2 décembre 1804, comme l’avaient été autrefois les empereurs carolingiens.

Peu à peu, insensiblement, à partir de là, les guerres, principalement défensives jusqu’alors, deviennent offensives, voire dotées d’un indéniable caractère d’occupation et de conquête… Du point de vue extérieur, à partir du sacre de Napoléon, l’objet du conflit passe de la restauration de la monarchie en France à la lutte contre l’empereur Bonaparte…

L’Empire et ses guerres

L’Angleterre, ennemi public numéro 1

La France révolutionnaire a finalement (entre autres grâce à Napoléon, mais aussi grâce à Carnot, à une mobilisation générale et à une guerre totale) vaincu la Première et la Deuxième Coalitions, mais les Anglais ne sont pas satisfaits par la paix d’Amiens de 1802 et s’avèrent mécontents des projets ambitieux de Napoléon. Avant même le sacre, en mai 1803, la guerre avec l’Angleterre a repris et elle durera pendant tout l’Empire, jusqu’en 1814 (petit clin d’œil, d’ores et déjà, à mon roman Alexander, qui se déroule précisément en Angleterre au début du XIXe siècle…) . 

En outre, dès 1804, Napoléon prépare une offensive par mer vers l’Angleterre et prévoit d’y tenter un débarquement, mais le tout se soldera par un échec cuisant de la flotte franco-espagnole à Trafalgar en 1805 (bataille célèbre opposant notamment l’amiral français Villeneuve à Nelson) ; Nelson meurt dans la bataille mais l’armée de mer française est quasiment détruite (les deux tiers des bateaux de guerre français ont été coulés, canonnés à bout portant par les navires anglais tandis que l’Angleterre ne perd pas un seul bâtiment…) C’est la première défaite cuisante de Napoléon (et la seule pour encore de nombreuses années).

A l’abri des attaques de Napoléon par la mer, l’Angleterre organise désormais les nouvelles coalitions qui ne cessent de se former contre lui sur le continent européen. Comme elle a une économie très moderne, elle fournit à ses alliés, l’Autriche et la Russie surtout, de l’argent pour équiper leurs armées. Pour ruiner l’économie (notamment industrielle) de l’Angleterre, Napoléon décrète alors le Blocus continental : il est interdit aux pays sous sa domination d’acheter des produits anglais.

La Troisième (1805), la Quatrième (1806-07) et la Cinquième Coalitions

La Troisième Coalition réunit le Royaume-Uni, la Russie, l’Autriche, le royaume de Naples et la Suède.

Elle se solde par plusieurs victoires éclatantes pour Napoléon :

  • La bataille d’Ulm en septembre-octobre 1805 (contre l’Autriche)
  • La bataille d’Austerlitz le 2 décembre 1805 (contre l’Autriche et la Russie)
  • L’Autriche est obligée de signer le Traité de Presbourg et abandonne la coalition, qui est dissoute, et perd des territoires.

La Grande Armée semble invulnérable (sauf en mer…), la suprématie française sur le continent semble établie et le fin stratège qu’est Napoléon compte un nombre record de victoires. Cependant, l’armée russe demeure quasiment intacte…

La Quatrième Coalition, formée quelques mois à peine après la dissolution de la Troisième suite aux défaites que Napoléon lui a infligées sur le continent, s’articule autour de la Prusse (encouragée et soutenue par le Royaume-Uni).

Elle se solde par :

  • Les défaites prussiennes à Iéna et à Auerstadt en 1806
  • l’annihilation de l’armée prussienne (250 000 hommes…)
  • l’entrée à Berlin par Napoléon, à la tête de sa Grande Armée
  • la signature d’un armistice à Charlottenbourg
  • la promulgation d’une série de décrets rendant effectif le Blocus continental visant la neutralisation de l’économie britannique : tout commerce est interdit avec les Britanniques dans tous les pays sous influence française, le but de la manœuvre étant d’affaiblir économiquement et financièrement le Royaume-Uni qui, de par sa domination maritime, son avance industrielle et sa capacité financière à lever une coalition contre la France à tout instant (le Royaume-Uni armant, équipant et soutenant financièrement les ennemis continentaux de la France), gênait considérablement l’Empire Français, par ailleurs nettement supérieur du point de vue de l’armée (plus d’un million d’hommes à son apogée, contre 220 000 maximum pour l’armée britannique), de la démographie (un Européen sur 5 est alors français), de la production agricole et du commerce continental.
  • Des victoires sur les Russes (batailles d’Eylau, de Dantzig et de Friedland en 1807)
  • La signature d’un traité, celui de Tilsit, avec le tsar, en 1807
  • La re-création du Grand Duché de Varsovie par Napoléon, qui fait ainsi renaître une Pologne indépendante… (ce qui déplaira fortement à la Russie, comme nous le verrons…)

Sur le continent, Napoléon a donc dû se battre sur plusieurs fronts mais, jusqu’à présent, il n’a remporté quasiment que des victoires ; son empire domine l’Europe, sa France possède 130 départements et s’étend de Hambourg à Rome. Peu à peu, son Empire se met à ressembler à celui des anciens Carolingiens, il couvre la moitié de l’Allemagne actuelle et le nord-ouest de l’Italie, le Grand-Duché de Varsovie, la confédération du Rhin, la Suisse ; les royaumes d’Italie et le royaume d’Espagne sont ses vassaux…

Mais Napoléon a, peu à peu, rétabli une nouvelle forme de royauté :

  • il habite aux Tuileries
  • à l’époque des chasses, il vit à Fontainebleau
  • il se crée une cour avec une nouvelle noblesse : des soldats de la Révolution qui sont devenus ses maréchaux et portent des bas de soie comme les nobles d’autrefois.
  • sa nouvelle impératrice, Marie-Louise, préside des fêtes somptueuses
  • il décide de tout
  • la police de son ministre Fouché est partout
  • les libertés conquises en 1789 ne sont pas respectées
  • les journaux sont soumis à une sévère censure
  • il a fini par établir une véritable dictature que les Français supportent tant bien que mal…

… et ses ambitions sont sans fin. Il veut faire de l’Europe la vassale de la France et placer ses frères à la tête des royaumes qu’il soumet : il donne la Westphalie à Jérôme, l’Espagne (prise à celui qui était pourtant jusque-là son allié, Charles IV, un Bourbon, descendant de Louis XIV) à Joseph…

… et c’est ce qui lui vaut le soulèvement populaire espagnol contre l’occupation française de la péninsule ibérique en 1808. Une guerre s’ensuit, au cours de laquelle le Royaume-Uni vient prêter main-forte à l’Espagne, notamment sous le commandement du futur duc de Wellington. Une guerre connue en Espagne sous le nom de « guerre d’indépendance de l’Espagne » (!) fait alors rage jusqu’en 1813 (ce sont des batailles de cette guerre-ci qui sont évoquées dans Alexander !) et finira par se solder pour Napoléon par une cuisante défaite : en 1813, Joseph Bonaparte, frère de Napoléon, est expulsé et remplacé par le roi Ferdinand VII ; le sud de la Autriche est envahi par les troupes hispano-anglaises… au moment même où la Autriche commence à succomber sur le front est…

Car pendant ce temps, profitant de ce que Napoléon est occupé sur sa frontière sud, l’Autriche attaque de nouveau la France, à l’est. C’est le début de la Cinquième Coalition, en 1809, réunissant essentiellement le Royaume-Uni (qui se bat par ailleurs aux côtés de l’Espagne, on l’a vu) et l’Autriche. Bilan :

  • Quelques petites victoires autrichiennes sur la petite armée française de l’est (le gros des troupes se bat alors sous les ordres de Napoléon, en Autriche)
  • Puis une série de petites victoires pour la France, une fois que Napoléon reprend le commandement de l’armée de l’est et dirige la contre-attaque contre l’Autriche avec plus de moyens
  • Une première défaite tactique majeure pour Napoléon à la bataille d’Essling
  • Le siège de Vienne par Napoléon
  • La victoire de Napoléon à Wagram
  • La signature du traité de Schönbrunn, fin 1809 : les Autrichiens ont dû à nouveau abandonner la lutte, et l’empereur d’Autriche se réconcilie en offrant à Bonaparte sa fille Marie-Louise comme seconde impératrice (après son divorce d’avec Joséphine, sa première épouse)
  • Napoléon a fini par l’emporter sur la Cinquième Coalition… mais son armée s’essouffle, et chaque victoire semble plus difficile à remporter que la précédente…

C’est entre fin 1809 (fin de cette nouvelle révolte autrichienne) et 1812 (désastreuse campagne de Russie) que la domination de Napoléon en Europe est la plus étendue. Outre l’Empire, Napoléon est roi d’Italie, médiateur et dirigeant de la Confédération suisse et de la Confédération du Rhin, son ambassadeur à Varsovie dirige officiellement le Grand-Duché, le Royaume de Westphalie appartient à son frère, Jérôme, le Royaume d’Espagne appartient encore à son frère Joseph, le Royaume de Naples appartient à sa sœur Caroline et à son mari Joachim Murat, la Principauté de Lucques et Pimobino est aux mains de son autre sœur Elise et de son mari Félix, et il a signé des traités de paix et d’alliance avec ses anciens ennemis, la Prusse et l’Autriche. Il est au faîte de sa puissance.

Ce sont finalement les velléités de Napoléon en Russie qui le conduiront à sa perte… (Hitler, de ce point de vue, aurait mieux fait de potasser ses leçons d’Histoire avant de commettre les mêmes erreurs !)

La campagne de Russie (1812), la campagne d’Allemagne (1813), la campagne de France (1814) et la chute de Napoléon

Le tsar de Russie Alexandre 1er avait signé un traité avec Napoléon à Tilsitt en 1807. Mais, mécontent de ce que Napoléon occupe le Grand-Duché de Varsovie (par la création duquel l’empereur français a en outre fait réapparaître une Pologne indépendante, alors qu’elle était, depuis la fin du XVIIe s., partagée entre la Russie, l’Autriche et la Prusse…) ; mécontent aussi de ce que Napoléon l’empêche de conquérir Constantinople, il cesse d’appliquer le Blocus continental imposé par Napoléon à ses vassaux et ses alliés depuis plusieurs années.

Napoléon réunit alors la plus grande armée qu’on ait jamais vue : 700 000 soldats de 20 nations différentes. A sa tête, il envahit la Russie en juin 1812. Pour lui, c’est la « Seconde Guerre Polonaise » (puisqu’il défend les intérêts de la Pologne, menacée par la Russie). Pour les Russes, c’est la « Grande guerre patriotique ».

Les Russes reculent et pratiquent la politique de la terre brûlée ; Napoléon avance et, après la victoire sanglante de la Moskova, il entre à Moscou, dont les habitants ont fui, en septembre. Courte euphorie : les Russes incendient la grande ville construite en bois : en octobre, Napoléon doit ordonner la retraite, qui vire au désastre : l’hiver arrive soudainement, les soldats en uniforme d’été ne trouvent ni village pour se reposer ni nourriture (les Russes détruisant tout à leur approche), les soldats meurent peu à peu de froid et de faim. Épuisés, affamés, les soldats de la Grande Armée tombent dans la neige. D’autres encore finissent emportés par les eaux glacées de la Bérézina en crue en tentant de la traverser. Les traînards ou déserteurs qui s’écartent de leurs camarades sont massacrés par les Cosaques. Quand Napoléon regagne l’Allemagne, il n’a quasiment plus d’armée (seuls 90 000 hommes ont franchi la Bérézina d’est en ouest !) et les seules forces qu’il lui reste continuent à se battre en Espagne. Les Russes pour leur part ont également perdu une grande partie de leur armée (400 000 hommes).

Cette désastreuse campagne de Russie a coûté à Napoléon sa Grande Armée… et nombre de ses alliés. Car, dès 1813, profitant de sa faiblesse, la Sixième Coalition voit le jour : de nombreuses parties de son empire se soulèvent contre celui qui, de héros, est devenu tyran et provoque la mort de centaines de milliers de Français et d’autres Européens sous les drapeaux. Les peuples de ses états vassaux comme ses ennemis traditionnels poussent les divers souverains européens à secouer la domination française. Une grande coalition se forme, qui comprend les Anglais, les Russes, les Prussiens, les Suédois et, un peu plus tard, les Autrichiens (de nouveau).

Napoléon se reconstitue une armée et mobilise chacun des royaumes de ses frères ; on compte alors environ un million d’hommes dans chaque camp (Empire français vs Coalition), mais les désertions dans le camp français se font de plus en plus nombreuses et Napoléon se voit obligé de « racler les fonds de tiroir » (si je puis me permettre) : après une victoire à Dresde, il essuie une défaite à Leipzig en octobre 1813 (ce qui met un termes aux batailles d’Allemagne) et doit désormais se retirer en France pour, désormais, en défendre le sol national ! Car ce ne sont pas moins de 4 armées qui, alors, marchent sur Paris depuis le Nord, l’Est et le Sud (les Anglais de Wellington venus par l’Espagne envahissant enfin le sud de la France – bonjour Alexander et James ! ^^), tandis que Napoléon ne peut plus que leur opposer des « Marie-Louise », c’est-à-dire des jeunes qui n’ont jamais combattu. Après la campagne de Russie et la campagne d’Allemagne, c’est la campagne de France qui commence.

Car le pays est désormais (1814) envahi par plus de 500 000 soldats étrangers qui percent toutes ses frontières. Les monarques européens comptent dorénavant bel et bien abattre Napoléon (qu’ils surnomment « L’Usurpateur »), annihiler les efforts de la Révolution, restaurer la monarchie et mettre un point final à 20 ans de guerres articulées autour de la France (Guerres de Révolution et Guerres napoléoniennes réunies).

Napoléon, qui ne dispose alors plus que de 70 000 hommes, fait montre, une fois de plus, de son génie : il parvient malgré tout, en jouant sur la division des troupes ennemies, à remporter des victoires à Champaubert, Montmirail, Mormant et Montereau. Mais les membres de la Coalition, bien décidés à en découdre une bonne fois pour toutes, signent le traité de Chaumont par lequel ils jurent de rester unis jusqu’à la capitulation de Napoléon.

Malgré son génie, Napoléon ne parvient pas à mobiliser à temps les dernières troupes impériales restées en Allemagne, en Hollande et en Belgique et ne peut empêcher Paris de tomber. Son propre frère et ses maréchaux conduits par Ney le poussent à abdiquer, ce qu’il finit par faire le 6 avril (une première fois…)

Les Alliés lui donnent un tout petit royaume, l’île d’Elbe, pour qu’il se retire.

Napoléon : le Retour… et la Chute (II)

Les Alliés rétablissent comme roi de France le frère de Louis XVI (qui a survécu à la Terreur, oui!) et qui prend le nom de Louis XVIII. Mais très vite le mécontentement grandit car :

  • Louis XVIII remplace le drapeau tricolore par un drapeau blanc (qui signifie le rejet de la Révolution française et qui, à partir de là, deviendra l’emblème de la dynastie des Bourbons)
  • certains nobles se croient revenus à l’Ancien Régime (comportements inappropriés…)
  • les bourgeois et paysans craignent qu’on ne leur reprenne les biens nationaux

Napoléon ne se le fait pas dire deux fois : il sait que le mécontentement grandit, il s’échappe de l’île d’Elbe, débarque près de Cannes avec 700 soldats le 1er mars 1815 et, en 20 jours, il arrive à Paris sans avoir tiré un coup de fusil. Partout, l’armée s’est ralliée à lui, y compris ses anciens maréchaux.

Louis XVIII est reparti en exil (la Restauration aura duré 11 mois et 14 jours !) mais les autres pays n’acceptent pas le retour de l’empereur : la Septième Coalition s’instaure : une armée anglo-prussienne se prépare à envahir la France. Napoléon veut la devancer et la disperser en Belgique. Mais à Waterloo, malgré l’effet de surprise qu’il a réussi à conserver, les charges des 10 000 cavaliers du Maréchal Ney et les quelques victoires préalables aux batailles de Ligny, Quatre-Bras et Wavre, Napoléon est battu par Wellington (armée britannique) et l’armée prussienne : sa stratégie visant à diviser les troupes des coalisés a échoué, malgré ses efforts. Il doit de nouveau abdiquer le 22 juin 1815 et, cette fois, les alliés l’exilent sur la petite île isolée de Sainte-Hélène où on le surveille de près ; il y mourra le 5 mai 1821 (un des éléments du contexte de mon roman James, parution fin 2020 !)

Bilan, héritage et conséquences des guerres napoléoniennes

Du positif, du progrès… et du négatif, bien sûr. En vrac :

Au final, parmi les ennemis de Napoléon ont figuré (outre le Royaume-Uni, la Russie, la Prusse, l’Autriche et l’Espagne), les Provinces-Unies, le Portugal, la Sardaigne, la Suède, la Sicile, l’armée des émigrés, divers duchés germaniques…

Napoléon a remodelé des ensembles, créé des royaumes, redessiné les frontières de l’Europe… Un mouvement nouveau naît dans le sillage de la Grande Armée : les différents nationalismes européens, qui s’éveillent durant la première moitié du XIXe s. (époque du Romantisme) : de ces courants nationalistes vont émerger de nouvelles nations, et le cours de l’Histoire de l’Europe va s’en retrouver changé. C’est la fin des grands empires (Saint Empire Romain Germanique, Empire espagnol…) et l’émergence de nombreuses nations (au sens moderne du terme) fondées sur des idéaux culturels et ethnologiques. La carte de l’Europe, de Napoléon à l’aube de la guerre de 14-18, est complètement redessinée : des duchés, des royaumes et des confédérations ont disparu, des provinces ont changé de mains, des états sont apparus, des empires ont été disloqués…

Les idéaux de la Révolution des Lumières laissent leur empreinte partout où les soldats français sont passés. Partout, les souverains locaux ont du mal à rétablir l’absolutisme qui prévalait avant la Révolution (et donc la marque de la France sur l’Europe), et doivent composer avec certaines des réformes imposées sous l’occupation française. De ce point de vue, les ambitions napoléoniennes contribuèrent à apporter le progrès (et les idéaux démocratiques) dans nombre de royaumes.

A l’étranger, l’ensemble des guerres de la Révolution et de l’Empire sont souvent appelées « la Grande Guerre Française » (« la Grande Guerre » tout court jusqu’en 1914… et la « Grande Guerre Française » quand le titre de « Grande Guerre » fut finalement attribué à celle 14-18…)

La France est laissée dans un assez piteux état ; elle n’est plus ZE puissance dominante en Europe comme elle l’était sous Louis XIV, Louis XV et même Louis XVI (la Révolution a bien sûr également joué un rôle dans cet amoindrissement).

L’Empire espagnol sort détruit de la guerre d’Espagne : non seulement il a perdu sa flotte et son armée, mais encore ses colonies (sud-américaines, notamment), qui ont profité de l’affaiblissement de la métropole pour conquérir leur indépendance (influencées, elles aussi, par les grandes idées de la Révolution française comme de la Révolution américaine) : l’Empire colonial espagnol est le premier à se démanteler : dès 1825, la quasi-totalité des anciennes colonies espagnoles ont soit conquis leur indépendance, soit été récupérées par les Etats-Unis (Louisiane et Floride) et le Royaume-Uni, qui devient la première puissance hégémonique mondiale au niveau commercial et maritime.

Plusieurs millions de morts, aussi bien français qu’européens…

L’émergence, malgré les dissensions, d’une conscience européenne et du concept de l’Europe comme ensemble uni et distinct : Napoléon rêvait d’une grande Europe, d’un état unique en Europe… une conscience et une identité qui réémergent avec la CEE puis l’UE un siècle et demi plus tard, quand les pays européens cessent enfin de vouloir se taper dessus (il aura fallu trois autres grandes guerres européennes totales (1871, 14-18 et 39-45) pour y parvenir).

Quelque part, la « Grande Guerre Française » a été l’une des premières guerres mondiales, avec la Guerre de Sept ans (XVIIIe) : les divers fronts ne concernent pas que l’Europe (même si on mentionne peu les théâtres des opérations annexes que furent les Antilles, les Caraïbes, les Etats-Unis, l’océan Indien, la mer du Nord, la Guyane… = autant de colonies des puissances européennes d’alors)

Enfin, Napoléon a révolutionné l’art de la guerre : utilisation massive de l’artillerie, standardisation des calibres de canons, création d’unités mobiles indépendantes, recherche de la destruction de l’armée ennemie, conscription en masse, amélioration et rationalisation de l’intendance des armées, usage de la mobilité pour compenser une infériorité numérique le cas échéant, utilisation de certaines innovations comme le télégraphe Chappe ou les ballons pour observer les positions et mouvements ennemis…

Sans compter, pour la France, la création de notre Code Civil, de la Banque de France, etc.

En deux mots, un homme qui a profondément marqué tant l’Europe que la France… et dont on entendra encore parler longtemps !

Pour les curieux : voici ceux de mes romans dans lesquels j’évoque certains épisodes de ces Guerres Napoléoniennes (la guerre d’Espagne, Waterloo, l’exil de Sainte-Hélène…) :

  • Alexander (parution 5 mars 2020)
  • James (parution automne 2020)

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Texte : (c) Aurélie Depraz

Crédits photos : Tableau : Bernard, franchissant le Grand-Saint-Bernard, tableau de Jacques-Louis David. 1801.© Musée du Louvre Paris, Peter Willi/Superstock/Rue des Archives

Episode de “Secrets d’Histoire” sur Napoléon :

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