Littérature, amour & érotisme

Barbara Cartland, un sacré phénomène !

Le phénomène Cartland…

Impossible pour un blog de parler « romance », amour et littérature amoureuse sans mentionner, d’une façon ou d’une autre, l’incontournable Barbara Cartland.

Ah, Barbara Cartland.

Un monument. Un mythe. Un cas unique. Barbara, en deux mots ? Disons plutôt… en quelques chiffres, voulez-vous ?

Car le phénomène Cartland, c’est :

  • 723 romans publiés de son vivant
  • + de 400 romans écrits en 20 ans, (les 20 dernières années de sa (longue) vie – Barbara est morte à 99 ans, rappelons-le)
  • Une moyenne de 23 romans écrits par an sur cette période, soit environ 2 par mois
  • Une carrière de romancière longue de 77 ans (de 22 à 99 ans)
  • 160 manuscrits non encore édités à sa mort (en 2000) : de quoi nourrir ses fans pendant encore une à plusieurs décennies, le temps de tous les éditer…
  • Probablement plus d’1 milliard de livres vendus à travers le monde (J. K Rowling n’a qu’à bien se tenir : selon les sources, on parle de 750 millions à 2 milliards de livres pour Barbara !)
  • Des romans traduits en 38 langues
  • Ce qui la hisse à la 5e place des auteurs les plus traduits, derrière Agatha Christie, Jules Verne, Shakespeare et Enid Blyton (c’est qui ça ?!? Ah, oui ! Une petite recherche Wiki rapide me rappelle – ou plutôt m’apprend – qu’il s’agit de l’auteur jeunesse des Oui Oui, des Club des Cinq et des Clan des Sept, entre autres séries ; je comprends mieux ! Des centaines de titres au compteur aussi) et devant Danielle Steel (autre monument de la littérature sentimentale anglo-saxonne – décidément !), Lénine, Andersen, Stephen King et Grimm.
  • 5 à 6 secrétaires à plein temps (typing sous dictée, retranscription, relecture, correction des manuscrits, dactylo etc) et de l’aide à l’extérieur (relectures aussi, typing aussi…)
  • Et (rien à voir, mais puisqu’on parle de chiffres fous, allons-y gaiement), 49 demandes en mariage au moins (d’après ce que je lis et visionne) !!!!! (Autre temps, autres mœurs, je sais : les hommes ne demandaient pas à « coucher », à l’époque, comme elle le dit elle-même dans l’une des interviews listées en fin d’article, et demandaient plutôt à « épouser », mais tout même : comment faisait-elle, cette femme-là ???).

Et, allez, si on veut rajouter des mots pour compléter ce tableau pour le moins « scotchant » (soyons fous !) :

  • Un look « bonbon » totalement extravagant (coiffures en mode pièces montées, garde-robe exclusivement rose, toilettes vaporeuses aux tons pastel, pékinois systématiquement dans le décor, maquillage outrancier digne des comédiennes à fond sous les projos, joues fardées version clownesque, une allure dégoulinante de bijoux…)
  • Une excentricité qui lui vaudra d’être très souvent tournée en ridicule, caricaturée, moquée, et même parodiée dans un film (avec Meryl Streep, s’il vous plaît ! She Devil, le diable, en 1989 : Meryl Streep joue le rôle de Mary Fisher, une romancière à succès qui emprunte beaucoup à Barbara Cartland mais aussi à Danielle Steel. Barbara Cartland a également inspiré la bande dessinée Le rose vous va si bien de Véronique Grisseaux et d’Eva Rollin, parue en 2016 : BD qui lui rend hommage (pour le coup !) et la met en scène avec humour.
  • une passion absolument dévorante pour le rose
  • un amour tout aussi prononcé pour les fleurs (plus « girly », tu meurs !)
  • ZE auteure qui a vendu le plus d’ouvrages au MONDE et TOUTES EPOQUES confondues (et même de très loin)
  • L’auto-proclamée « Queen of Romance » ou, en tout cas, de la « Pure Romance »
  • La mère de la belle-mère de Lady Di. Donc la grand-mère par alliance de Lady Di. Ouais. Carrément.

Un sacré personnage, non ?

Et pourtant, et sans vouloir faire de mauvais esprit (ou de mauvais humour), la vie de Barbara est loin d’avoir été toute rose, surtout à ses débuts : malgré la dimension incontestablement utopique, « tout beau tout rose », « cuicui les oiseaux » et happy end de ses innombrables romans « à l’eau de rose », la vie de la célèbre romancière fut loin d’être un long fleuve tranquille. Car Barbara aussi a eu son lot de malheurs (notamment durant les 40 premières années de sa longue vie) :

  • Enfant, sa famille souffre de la faillite de son grand-père… qui se suicide.
  • Son père meurt pendant la Première Guerre Mondiale.
  • Ses deux frères meurent pendant la Seconde (et à un jour d’intervalle, de surcroît…)
  • Elle doit rompre ses premières fiançailles après avoir enquêté sur la vie privée de son fiancé.
  • Elle se fiance à un autre et divorce après 6 ans de mariage.

Une vie pour le moins… agitée, remplie et mouvementée !

Mais reprenons du début, voulez-vous ?

Son background, en deux mots

Née en 1901, fille d’un officier de l’armée britannique, le major Cartland, Barbara est issue d’une famille aisée de la classe moyenne supérieure. Elle fréquente le Malvern Girls’ College puis Abbey House, un établissement éducatif situé dans le Hampshire, avant de devenir journaliste à succès au Daily Express. Son rayon ? les chroniques de « potins » !

Ses romans

En parallèle, elle publie aussi son premier roman, Jigsaw, à l’âge de 22 ans. Il est traduit en 6 langues et se vend immédiatement à plus de 100 000 exemplaires. Dès lors, elle ne cesse d’écrire et cet opus (déjà un franc succès) n’est que le premier d’une longue et interminable série de romans de littérature populaire, des sentimentaux à l’intrigue récurrente : une chaste jeune fille (pure, vierge, morale, droite etc.) rencontre l’amour (et la fortune, quelle chance !) aux côtés d’un héros fort, viril et « dashing » (=de fière allure) qui (Dieu soit loué !) l’aime en retour et finit par l’épouser.

Petite présentation de son œuvre par les éditions « J’ai lu », sur leur site :

« Les romans de Barbara Cartland évoquent un monde où les jeunes filles rêvent au prince charmant, où les rêves se réalisent, où le bien triomphe du mal, où l’amour rime avec toujours. » Voilà. Simple, non ? Et une recette qui n’a cessé de faire fureur. Car le monde (et les femmes !) a toujours besoin de rêver !

Eh oui. Cette romancière britannique se spécialise rapidement dans les romans d’amour, et plus particulièrement la romance historique (dont elle est l’une des pionnières – je lui dois, avec tant d’autres auteures de la fin du XXe s. et du début du XXIe, une fière chandelle !), avec un penchant marqué pour la romance anglaise version XIXe (Regency, Victorienne… : voir mes petits articles sur les contextes de la romance, notamment le 3e volet, ici : https://aureliedepraz.com/2018/11/16/les-sous-genres-de-la-romance-historique-1-3/ ). Voici d’ailleurs les diverses catégories entre lesquelles ses titres sont répartis, sur son propre site officiel, barbaracartland.com :

· Adventure Romance
· Dashing Dukes
·  Elusive Earls
·  Kings and Queens
·  L’amour en France
·  Lords of Love
·  Magnificent Marquises
·  Napol
·  Princes and Princesses
·  Regency Romance
·  Russian Romance
·  Scottish Romance
·  Various

Le ton est donné !

Ses romans, aussi adulés que calomniés, défrayent la chronique : Barbara se considère comme une experte de la romance, de la morale et du « véritable amour » (« true love »). Elle prône la pureté, la chasteté jusqu’au mariage, la pudeur, les valeurs traditionnelles et la droiture morale (pour les femmes). Point d’érotisme dans son œuvre !!! Si vous arrivez à décrocher un chaste baiser à la fin de l’ouvrage, c’est déjà un exploit ! Pas de sexe chez Barbara ; justement pas. De l’amour « pur », d’âme à âme, de la candeur (pour la jeune femme), du dévouement, de la loyauté. Rien de torride dans ses romans ! Chez Barbara, c’est version old school.

Décrétée tour à tour « reine incontestée du roman sentimental »,« reine du roman à l’eau de rose » et même « l’autre reine d’Angleterre », elle s’impose en maîtresse du genre et ravit le cœur de millions de lectrices à travers le monde.

Cependant, on se doute bien qu’avec de telles leçons de morales, un romantisme si « naïf » (mais quasi systématique, en tout cas très fréquent, et ardemment désiré dans la romance), une telle cadence de production (Barbara avait mis au point une formule d’écriture lui permettant de dicter deux romans par mois à ses secrétaires) et ces archétypes de la femme vertueuse et du héros chevaleresque, son style ne fait pas l’unanimité. Il déplaît notamment fortement aux féministes (on s’en doute !) et aux critiques littéraires.

Mais quand on a public et succès…^^

Soulignons tout de même qu’outre ses centaines de romans sentimentaux, elle écrit aussi :

  • Plusieurs biographies historiques
  • 6 autobiobraphies (?!??)
  • Des pièces de théâtre
  • Des centaines de milliers de lettres (conseils et réponses à ses lectrices)
  • Des ouvrages de conseils sur la vie, l’amour, la « cuisine romantique » et les vitamines (Barbara était très portée sur les médecines alternatives)
  • Un ouvrage illustré intitulé Royal Romantic Marriages, publié en 1981 : un véritable succès, là encore. Et la croyance, pour des milliers (millions…) de femmes qu’elles avaient une chance de mettre le grapin sur un prince de sang…^^ Charles et Diana étaient le dernier couple présenté dans l’ouvrage…

Et à côté ?

Elle trouve encore le temps (il faut croire !!!) d’élever ses 3 enfants (tout de même) et de développer une activité de porte-parole politique et de personnalité médiatique (TV, radio). Elle ne cesse de défendre de vieilles valeurs (chasteté, dévouement conjugal…), de combattre l’homosexualité (quand je dis « old school », c’est un peu sous tous rapports…) et la pornographie au cours de croisades virulentes (ce qui, évidemment, ne lui attire pas, là encore, les faveurs de tout le monde…)

Elle participe aussi à l’effort de guerre (2e Guerre Mondiale), rejoint le service volontaire des femmes et travaille pendant plusieurs années pour St Johns Ambulance. En 1941, elle est faite commandant junior à titre honorifique du Women’s Royal Army Corps, et devient responsable de l’assistance de 20 000 auxiliaires féminines militaires. Enfin, elle est membre du parti conservateur et conseillère municipale pendant neuf ans dans les années 1950. 

Oui, oui : tout ça en publiant des romans d’amour !

L’auteur de tous les records

Elle cumule les récompenses et les prix ; en 1976, elle réussit l’exploit de voir deux de ses romans occuper les places n°1 et 2 de la liste de « bestsellers Dalton » (ce qu’aucun autre auteur après elle ne parviendra à faire, cela va sans dire).

Et, incroyable mais vrai : après déjà des centaines de publications (environ 300 déjà), ses éditeurs, alors qu’elle a déjà 77 ans, la supplient d’écrire plus de livres : la demande est telle qu’il faut augmenter la cadence (!!!). De 10 livres par an, elle passe à 20. Elle publie ainsi plus de 400 livres en 20 ans.

Barbara était déjà une légende. Elle devient un mythe.

« I say a prayer, and then I have a plot immediately » : je dis une prière ; et une intrigue m’apparaît immédiatement, confie-t-elle dans une interview. C’est sa recette. Sa potion d’Astérix. Ajoutez à cela « a real factory », soit une véritable usine dans son salon, 6 secrétaires, des aides, des dactylos aux méthodes de prise de note absolument incroyables (voir les vidéos ci-dessous !!! l’une d’elles, après une ou deux minutes, montre une secrétaire à l’oeuvre : de vrais hiéroglyphes !), une discipline quasi militaire, des horaires strictes…

Bien sûr ! On pourra toujours dire que quantité et qualité s’opposent, qu’à ce rythme, il y a eu des maladresses, des redondances, qu’elle ne se relisait probablement pas et laissait à ses éditeurs de faire tout le travail sitôt le premier jet sorti, que le style était simple, qu’il y avait des répétitions etc. Mais quand on parle de 700 romans, sincèrement, pour ma part, qualité suprême ou pas… je trouve ça bluffant.

Quelques phrases tirées d’une interview trouvée sur youtube :

« I write 10 000 « health » letters per year »
« I wrote 21 books last year »
« I’m working on my 10th book since Christmas »

Incroyable. Incroyable, mais vrai.

En 1983, elle entre dans le Guinness Book des records pour le nombre de livres vendus.

Sur ses 724 livres, un seul osa un « unhappy ending » : une fin triste, sans mariage. Devant le nombre de lettres de lectrices déçues et frustrées qui lui parvinrent, elle n’eut d’autre choix que de changer cette fin au moment de la réédition de l’ouvrage…

Pour l’anecdote : d’après son fils Ian, le (second) mari de Barbara n’aurait peut-être jamais lu le moindre de ses romans ; il était plutôt axé « war books »…

Conclusion

Barbara Cartland (9 Juillet 1901 – 21 mai 2000) est un des écrivains les plus prolifiques et les plus populaires. Auto-décrétée « reine des romans à l’eau de rose », Barbara Cartland est quasiment un trésor national britannique même si elle est souvent confondue avec sa caricature. Mais, en devenant l’un des 10 auteurs les plus vendus de tous les temps, elle fit en sorte de faire taire toutes les critiques.

Elle devint une légende au cours même de sa vie et ses livres, outrageusement romantiques, moralisateurs à souhait, mettant à l’honneur chasteté, pureté, innocence et sa vision de l’ « amour vrai », trouvèrent des centaines de millions de fans à travers le monde…

Quelques citations de Barbara :

Quelques bonus à butiner :

L’atmosphère de ses romans : https://www.youtube.com/watch?v=UKuSlXMozRM&list=PL6M496WYGbEYDHQbcMQezLGTJh_IEyce_&index=2
Miss Pink : https://www.youtube.com/watch?v=DRZCvOiZ0xE

Quelques vidéos et interviews :

Son site officiel : https://www.barbaracartland.com/
Ses livres sur son site :  https://www.barbaracartland.com/books
Le listing (non exhaustif) de ses titres : ça vaut le coup d’oeil ! Tout bonnement bluffant. https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_livres_de_Barbara_Cartland

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Les articles de ma section « Littérature, amour et érotisme » : https://aureliedepraz.com/category/articles/litterature/, et notamment :

A très bientôt pour de nouvelles découvertes !

Aurélie

Texte : (c) Aurélie Depraz
Illustration d’article : Pixabay

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