Littérature, amour & érotisme

Aux origines du roman moderne : Madame de La Fayette

Madame le La Fayette,
La Princesse de Clèves
et La Princesse de Montpensier

Madame de La Fayette : une femme de lettres au temps de Louis XIV

Un environnement peuplé de noms célèbres

Marie-Madeleine Pioche de La Vergne (future épouse « La Fayette ») vient de la petite noblesse, mais son carnet d’adresses se fera rapidement digne d’un roman d’Alexandre Dumas ! Issue de l’entourage de Richelieu, demoiselle d’honneur de la reine Anne d’Autriche, meilleure amie de Mme de Sévigné (qui laissa également son nom à la postérité dans le domaine littéraire), amie, dame d’honneur, favorite et biographe (à la demande de celle-ci) d’Henriette d’Angleterre (fille du roi d’Angleterre Charles Ier, mais aussi petite-fille d’Henri IV, nièce de Louis XIII, cousine germaine et belle-sœur de Louis XIV, à la fois de sang Bourbon et de sang Stuart, bref ! vive les dynasties royales de l’époque !!^^), belle-sœur de Louise de La Fayette (dont Louis XIII fut éperdument amoureux), grande amie, enfin, de François de La Rochefoucauld, elle fut très tôt introduite dans les salons littéraires, alors fort en vogue, de Mme de Rambouillet, de la Marquise du Plessis-Bellière (oui, oui ! le même nom que dans Angélique, tout à fait !^^) et de Mlle de Scudéry, qui ne manqueront pas d’influencer ses futurs écrits.

Une éducation hors-norme

Détail méritant d’être souligné : Mme de La Fayette fut une femme d’une instruction hors pair : elle savait le latin (et l’italien), à une époque où on considérait que « la lecture d’Homère, de Sophocle, de Virgile et de Tibulle était incompatible avec les grâces de l’esprit, les délicatesses du goût, et les élégances de la société » (Antoine Jay), et surtout, une menace vis-à-vis de la supériorité des hommes, de leur autorité et de leur amour-propre. Ainsi, il lui fallut dissimuler tant son érudition que son activité d’écriture : elle ne publia en effet pas sous son nom, par souci de discrétion et de respect des convenances : « Mme de La Fayette devint célèbre comme Mme de Sévigné, sans aspirer à la célébrité. Ses deux principaux ouvrages, ceux qui font le plus d’honneur à son esprit et à son talent, parurent sous le nom du poète Segrais. Cette indifférence pour la renommée littéraire peut nos étonner aujourd’hui, mais elle était conforme aux mœurs du temps où vivait Mme de La Fayette. On trouvait encore quelque chose de servile dans la profession des lettres. Ce préjugé, que le cardinal de Richelieu avait voulu détruire par la création de l’Académie française, s’était affaibli : mais il n’était pas éteint, surtout à l’égard des femmes distinguées par le rang et la naissance. On leur permettait d’aimer les beaux-arts, de protéger ceux qui les cultivaient, de juger les ouvrages nouveaux ; on leur permettait même la composition, mais comme une espèce de bonne fortune dont la confidence devait être dérobée au public ; les titres de femme auteur et de femme de qualité paraissaient incompatibles » (Antoine Jay, in Notice sur la vie et les ouvrages de Mme de La Fayette).

Son œuvre

Célèbre avant tout pour sa Princesse de Montpensier et sa Princesse de Clèves, sur l’analyse desquelles je reviens par la suite, Mme de La Fayette nous a aussi laissé :

  • Zaïde
  • La Comtesse de Tende,
  • L’Histoire de madame Henriette d’Angleterre, première femme de Philippe de France, Duc d’Orléans,
  • et ses Mémoires de la cour de France pour les années 1688 et 1689.

On notera la dimension hautement historique de ses romans, nouvelles et autres écrits.

Sa vision de l’amour

Pour Mme de La Fayette, il est clair que l’amour est non seulement une expérience inconfortable, mais aussi périlleuse, voire dangereuse. Ses romans ne cesseront de refléter ce point de vue, qui transparaît très clairement dans cette phrase restée célèbre : « Je suis si persuadée que l’amour est une chose incommode que j’ai de la joie que mes amis et moi en soyons exempts ». Pour Mme de La Fayette, un mariage ennuyeux ou malheureux vaut encore mieux que les souffrances de la passion amoureuse. Obsédée par les ravages que l’amour peut avoir sur les êtres, l’aristocrate concentre ses plus grands écrits sur ce thème de l’amour malheureux et de ses déclinaisons. Si bien qu’avec elle, l’analyse des sentiments devient pour la première fois le cœur de l’action et non un simple accessoire accompagnant l’action.


La Princesse de Montpensier (nouvelle publiée en 1662)

Résumé

L’histoire se déroule dans les années 1560, en France, au beau milieu des guerres de religion opposant catholiques et protestants.

La fille du marquis de Mézières (future princesse de Montpensier) est promise au frère de l’homme dont elle est secrètement éprise : le duc de Guise, qui l’aime passionnément en retour.

Mais la famille de Bourbon (=royale) « confisque » d’autorité la jeune fiancée et la marie au prince de Montpensier. La famille de Guise s’incline mais le duc est fou de jalousie. L’amant contrarié et le jeune mari se haïssent immédiatement.

Sitôt le mariage conclu, le prince s’absente deux ans à Paris pour raisons politiques ; la princesse reste seule à la campagne avec le Comte de Chabannes, homme de confiance et grand ami du prince. Epouse délaissée, la princesse de Montpensier se prend d’amitié pour cet homme qui, de loin son aîné, se transforme en mentor et professeur. Mais Chabannes, en retour, tombe amoureux d’elle. Il s’en cache longtemps puis, dévoré de passion, finit par lui avouer un amour dont elle n’a que faire (froideur, indifférence totale, mépris). De son côté, la princesse lui confie avoir aimé le duc de Guise… et prétend ne plus avoir l’intention de donner son cœur à qui que ce soit.

Le prince revient de Paris, prend conscience de la beauté de sa femme, devient possessif, sans toutefois se douter de quoi que ce soit concernant Chabannes. Il doit bientôt repartir à Paris car la guerre civile reprend.

Lorsqu’arrive une trêve, le duc d’Anjou (nouveau personnage : il s’agit du frère du roi Charles IX), ami et compagnon d’armes du duc de Guise, se promène avec lui. Ils tombent par hasard sur la princesse au détour d’une rivière. Aussitôt, la passion renaît entre le duc de Guise et la princesse. Quant au duc d’Anjou, il s’offrirait bien une aventure galante avec la jeune femme, qui leur offre l’hospitalité.  Le dîner, mettant en présence les 4 rivaux, plus ou moins avoués, est tendu.

Quand le duc d’Anjou et le duc de Guise repartent, de Guise camoufle sa passion (il a bien conscience que cela le pose en rival du duc D’Anjou) ; ce dernier, lui, s’étale ouvertement sur son attrait pour la princesse. Le mari, pour sa part, est furieux. Chabannes, inquiet et taciturne.

Après un nouvel épisode de guerre civile, qui conduit la princesse à la cour, le duc de Guise déclare de nouveau sa flamme à son amour de jeunesse. Le mari surprend cet échange de sentiments et, fou de rage, interdit à sa femme de reparler à son ancien amant.

On apprend par ailleurs que la sœur du roi et du duc d’Anjou (« Madame », très belle) est éprise du duc de Guise et que ce dernier envisage de l’épouser. La princesse se montre jalouse et de Guise se déclare prêt à renoncer à ce mariage pour elle.

Sur un malentendu lors d’un bal, le duc d’Anjou découvre le pot aux roses : que de Guise est toujours amoureux de la princesse de Montpensier, qu’il a sa faveur, et que sa sœur Marguerite a été écartée pour plaire à l’héroïne. Il dresse alors le roi son frère contre de Guise et sème la pagaille entre les amants secrets en faisant croire à la princesse de Montpensier que de Guise préfère Marguerite. Jalouse, furieuse, blessée, sa réputation en jeu puisque son secret a été percé par le duc d’Anjou, elle accable le duc de Guise de tous les maux et l’accuse de trahison à la première occasion. Lors d’un entretien particulier, les deux amants se réconcilient néanmoins.

Toujours jaloux, le mari envoie la princesse à la campagne. Les deux amants conviennent de s’écrire par l’intermédiaire de Chabannes, l’amoureux éploré, à qui la princesse n’offre que son amitié. Soumis, transi, il s’acquitte de sa mission de confiance avec une douleur infinie.

Le massacre de la Saint Barthélémy se préparant, le roi fait sortir ses fidèles serviteurs de la capitale pour mettre les protestants en confiance : le duc de Guise retourne donc sur ses terres ; il ne tient plus et vient voir la princesse de Montpensier en secret. Chabannes, qui sert toujours d’intermédiaire, meurt d’envie de tuer son rival – qui ne se doute de rien. Mais, cédant aux demandes de sa belle, il fait introduire le duc dans la chambre de la princesse.

Le prince de Montpensier, toujours aussi jaloux, entendant une voix d’homme dans la chambre de sa femme, se précipite ; Chabannes a tout juste le temps de faire sortir le duc de Guise de la chambre et de prendre sa place (auto-sacrifice). Le prince de Montpensier n’en croit pas ses yeux mais, dans la confusion générale, en déduit que Chabannes était l’amant de sa femme.

Chabannes, dans son désespoir, s’est enfui à cheval. La princesse tombe gravement malade (fièvre, délires). Le prince de Montpensier s’isole dans ses appartements avant de monter à Paris prendre part au massacre de la St Barthelemy.

Chabannes, qui s’était réfugié dans un faubourg pour cuver son désespoir, est massacré dans un groupe de Huguenots.

Le duc de Guise s’enamoure finalement, quelque temps plus tard, de la marquise de Noirmoutier, à qui il voue ouvertement une passion sans bornes et partagée. La princesse de Montpensier meurt de douleur (abandon du duc de Guise, abandon de son mari et perte de son ami Chabannes dont elle prend enfin conscience de la valeur et de la loyauté par contraste avec l’ingratitude de celui à qui elle avait tout donné).

Morale de l’histoire : « elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, une des plus belles princesses du monde, et qui aurait été sans doute la plus heureuse, si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions ».

Pour le coup, on est loin du happy end des romances modernes…

La place de l’œuvre dans la littérature amoureuse

Première œuvre historique de la littérature française à être basée sur l’Histoire de France, première nouvelle de Mme de Lafayette (publiée en 1662), la Princesse de Montpensier inaugure, avant même la Princesse de Clèves, le roman moderne donnant la part belle à la psychologie et à l’analyse des sentiments.

L’œuvre est d’inspiration à la fois classique et précieuse :

Eléments de préciosité : (Voir mon article sur le mouvement des précieuses au XVIIe s.)
  • l’approche de l’amour proposée dans le roman, pessimiste, est typiquement précieuse : l’amour est vu comme destructeur, violent, perturbateur, nuisible et dangereux. La passion mène l’individu (et surtout la femme) à sa perte. D’où la leçon de morale finale, les conseils prodigués (favoriser la vertu et la raison, ne pas céder à la tentation, contrôler ses sentiments, les museler…). L’amour est présenté sous son plus mauvais jour : jalousies, passions, violence, mirages de la passion amoureuse, puissance du désir et des sentiments conduisant les personnages à leur perte, manque de clairvoyance, fatalité, coup de foudre, rivalités, désordres causés par l’amour… Ces ravages causés par la passion, on les retrouvera dans le classicisme (tragédies de Racine, notamment).
  • dénonciation du pouvoir masculin sur les femmes, du mariage arrangé, de la soumission de la femme au bon vouloir des hommes… Dénonciation, donc, du même coup, de la condition féminine.
  • la pudeur qui teinte l’œuvre : amour charnel à peine suggéré, euphémismes…
  • l’idéal de bienséance (qu’on retrouvera dans le classicisme également), œuvre moralisatrice
  • finesse psychologique, subtilité
Eléments classiques :
  • souci de vraisemblance (cohérence des sentiments, portraits dressés d’après nature, œuvre criante de vérité, peinture fidèle de la vie de cour, retranscription fidèle de ses implacables jugements, de la place de la religion et de la morale à l’époque, de l’emprisonnement dû à une condition sociale…)
  • souci du bon goût
  • idéal classique de « plaire et instruire » tout à la fois, de distraire et d’éduquer (les jeunes filles, mais pas que…)
4 formes d’amour représentées par 4 hommes :
  • Le comte de Chabannes : amour platonique, respectueux, inconditionnel, dévoué, absolu, jusqu’à l’oubli de soi ;
  • Le prince de Montpensier : l’amour jaloux, violent, possessif, jusqu’à l’extrême ; la tyrannie du mari ;
  • Le duc d’Anjou : l’amour intéressé, ponctuel, manipulateur, égoïste, qui n’agit que pour en retirer profit ;
  • Le duc de Guise : amour d’enfant, passionnel, interdit, entre sincérité et séduction… mais sans grande profondeur, du moins de son côté à lui, comme en témoigne la fin de l’œuvre.

Conclusion :

Entre roman historique et psychologique, roman d’éducation et roman de mœurs, la Princesse de Montpensier rompt de toute évidence avec la tradition toute baroque des romans-fleuves (13 095 pages pour Le grand Cyrus de Mlle de Scudéry…) et leur lot d’actions multiples, de péripéties à rallonge, de rebondissements, d’amours invraisemblables, d’interventions divines et fantastiques, d’éléments merveilleux et de longues digressions pour nous conduire, lentement mais sûrement, sur la voie du classicisme, de son idéal de vertu, de droiture, de sobriété, de dignité et de rigueur dans les manières, mais aussi de pureté, de précision et de mesure dans la langue et les propos.


La Princesse de Clèves (roman publié en 1678)

Résumé :

Nous sommes en 1558. Madame de Chartres introduit sa fille dans le monde de la cour. Mlle de Chartres est belle et vertueuse et attire immédiatement les regards du duc de Guise (comme on se retrouve !) et du prince de Clèves (qui tombe fou amoureux d’elle au premier regard – un amour qui ne sera jamais partagé). Mme de Clèves veille à préserver sa fille des hypocrisies, dangers, vices et mesquineries de la cour et incite sa fille à accepter l’offre de mariage du prince.

Mais au cours du bal de ses fiançailles, la jeune femme rencontre le duc de Nemours, personnage charismatique et de première importance. C’est le coup de foudre (réciproque, cette fois). Cette scène du bal est célèbre et reste très étudiée au lycée pour le baccalauréat…

La princesse de Clèves et le duc de Nemours ne se croisent qu’à de brèves occasions, mais cela suffit pour que la princesse prenne conscience de l’amour que Nemours lui porte. Cependant, après un tournoi, la princesse se voit remettre une lettre qui serait tombée de la poche de Nemours et qui appartiendrait à l’une des amantes que les rumeurs de cour lui prêtent. La princesse est censée identifier l’écriture et donc la provenance de ladite lettre. Folle de chagrin, elle la relit plusieurs fois au cours de la nuit qui suit.

On découvre par la suite que cette lettre n’appartient pas au duc au cours d’une péripétie toute romanesque (échanges de lettres, infidélités, subterfuges…). Mme de Clèves est soulagée mais sent sa passion pour M. de Nemours grandir. Elle demande à son mari de se retirer à la campagne.

N’y tenant plus, en pleine détresse, elle se confie et, dans un appel à l’aide pétri de sincérité, lui avoue qu’elle aime un autre homme, sans donner son nom, malgré l’insistance de son mari. M. de Nemours, qui surprend cette conversation (c’est romanesque, voyons !), comprend, aux détails qu’elle donne, sans toutefois le nommer, qu’il s’agit de lui.

Fou de joie, le duc de Nemours se montre maladroit, et bientôt toute la cour, y compris le prince de Clèves, est au courant de l’affaire, et de l’identité des deux amants. Premier coup dur pour le prince.

Le roi meurt, vive le roi ! Mais au couronnement du nouveau monarque, le duc réalise que la princesse n’accompagne pas son mari, et a préféré conserver sa retraite à la campagne. Le duc fonce la rejoindre, suivi par un espion du prince. Le duc tente à plusieurs reprises d’entrer en contact avec la princesse, qui refuse de le rencontrer.

Hélas, lorsque l’espion rapporte au prince ce qu’il a pu voir, le mari éploré refuse d’écouter son récit en entier et se convainc de l’infidélité consommée de sa femme. Persuadé qu’elle l’a trompé, il est pris d’une violente fièvre et meurt de chagrin. La princesse a tout juste le temps de se rendre à son chevet : à la faveur d’une dernière conversation, elle nie toute relation charnelle ; il lui pardonne avant de rendre son dernier soupir.

On pourrait croire que, le mari mort, les amants contrariés vont enfin pouvoir vivre leur amour. C’est sans compter sur la vertu, la culpabilité et les remords de la princesse (qui ne sont pas sans rappeler ceux de Mme de Tourvel dans Les liaisons dangereuses) : alors que le duc lui avoue enfin sa passion au cours d’un rendez-vous arrangé par un tiers, la princesse lui avoue la réciprocité de ses sentiments, tout en lui assurant que cet amour passionnel n’aurait aucune suite. Elle refuse donc d’épouser le duc et, terrassée tant par la douleur que par le désespoir, se retire pour mener une vie pieuse.

Re-unhappy end…

Eléments d’analyse :

On retrouve quelques éléments précieux : (Voir mon article sur le mouvement des précieuses au XVIIe s.)
  • des thèmes comme le coup de foudre, la dangerosité de l’amour, le danger des passions pour les femmes, leur vertu et leur réputation, l’idéal de l’amour pur et chaste, le renoncement à la passion en faveur de la quiétude et du repos de l’âme…
  • quelques descriptions superlatives
  • le goût des maximes
  • le goût des portraits idéalisés des personnages principaux (Mme de Clèves et le duc de Nemours, qui sont beaux, gracieux, élégants, intelligents…)
  • le vocabulaire éthéré, des termes vagues, des euphémismes, des néologismes (voir mon article sur la Préciosité et son langage), des phrases manquant parfois de clarté (« Je crois devoir à votre attachement la faible récompense de ne vous cacher aucun de mes sentiments et de vous les laisser voir tels qu’ils sont » ; « elle loua Monsieur de Nemours avec un certain air qui donna à Madame de Chartres la même pensée qu’avait eue le chevalier de Guise »)
  • et même quelques actions peu vraisemblables (on retrouve là les origines baroques de la préciosité) : l’affaire de la lettre volée, l’aveu de ses sentiments entendu par son amant, le mari qui meurt de chagrin…
Du classicisme, on retrouve :
  • le thème de la dignité, du bon goût, des bonnes mœurs, de la droiture, de la rigueur, de la primeur de la raison sur les sentiments, des codes, des règles, des lois, de l’ordre, du respect des bienséances, de l’idéal de l’honnête homme/femme…
  • la brièveté de l’œuvre (200 pages, contre les milliers de pages des œuvres baroques et précieuses), la concentration de l’action, l’unité d’action ;
  • le souci de vraisemblance psychologique et sentimentale (évolution naturelle des sentiments, cohérence interne des personnages)
  • le thème des rumeurs de cour, du paraître, des jeux d’influence, de la flatterie (qu’on retrouvera dans les Fables de La Fontaine, dans les Caractères de la Bruyères, les Maximes de La Rochefoucauld…)
  • le souci, là encore, de plaire et d’instruire tout à la fois ; de purger le lecteur de ses passions et de ses vices ; d’éduquer la jeune lectrice.

A noter : on trouve aussi quelques reflets du libertinage (article à venir bientôt sur ce blog sur ce passionnant courant de la littérature et de la philosophie) de l’époque à travers les personnages du duc de Nemours et du vidame de Chartres, deux puissants seigneurs qui peuvent faire fi des conventions, cherchent à vivre pleinement et à satisfaire leurs appétits, sans limites, sans contraintes, qui ont (eu) de multiples aventures et se comportent comme s’ils étaient affranchis de tous codes sociaux et moraux.

Conclusion

Il s’agit, là encore, d’un roman historique, puisque l’intrigue se déroule un siècle avant l’époque de Mme de La Fayette. Mais il s’agit surtout d’un roman d’analyse où, pour la première fois (outre La Princesse de Montpensier, bien sûr), on analyse les sentiments des personnages, on livre leur intériorité, leur introspection, leurs tourments, leurs hésitations et leurs états d’âme. On considère souvent que La Princesse de Clèves est au fondement du roman français, qu’il annonce la nouvelle esthétique classique, tout en reflétant les dernières influences de la préciosité, qu’il introduit le genre du roman de mœurs et du roman d’éducation et qu’il s’agit d’un document de première importance quant à l’analyse des mœurs de l’époque (vie de cour…). Authenticité, réalisme, finesse psychologique inédite… tout, en ce roman, en fait le premier roman dit « moderne ».

Quelques compléments pour la culture G, le plaisir et la curiosité !

Sur la Préciosité

Voir mon article sur le mouvement des précieuses au XVIIe s.

Sur Mme de La Fayette

Un podcast de France Culture, pour les gens sérieux… 😉

https://www.youtube.com/watch?v=sT_t-b3IUKw&t=2961s

Une vidéo plus ludique sur la biographie de Mme de La Fayette, ses relations et ses œuvres (passez au-delà de l’aspect BD : c’est didactique et plus dense qu’on ne pourrait le croire !)

https://www.youtube.com/watch?v=gju0aBFd2qE

Sur la Princesse de Clèves

Ok, Ok, à la base, c’est pour les lycéens : mais ça a le mérite d’être clair, didactique, rapide et concis !

Le résumé : https://www.youtube.com/watch?v=choNTGi9XLI

L’analyse rapide : https://www.youtube.com/watch?v=gOzi25ZkgFU

Une super analyse, mais il faut un compte pour voir les vidéos suivantes : ceci dit, pour un résumé détaillé agrémenté d’éléments d’analyse, cette série de vidéos vaut la peine d’être vue ! https://www.youtube.com/watch?v=e09Ms3s6G0w&t=1s

La scène du bal dans le film de 1961 de Jean Delannoy :

https://www.dailymotion.com/video/x38ve3l

Sur la Princesse de Montpensier

Idem : une super analyse, mais il faut un compte pour voir les vidéos suivantes : ceci dit, pour un résumé détaillé agrémenté d’éléments d’analyse, cette série de vidéos vaut la peine d’être vue ! https://www.youtube.com/watch?v=Kfy8vs_uYXY

L’adaptation cinématographique de Bertrand Tavernier

https://www.youtube.com/watch?v=33s2Jh_p65c

Le livre en audio pour les flemmards !!

https://www.youtube.com/watch?v=7wgxpkLZjMw

et des tonnes de vidéos sur youtube !

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