Littérature, amour & érotisme

Le désir… ce que la philosophie en dit (1/4)

Le désir. Voilà un thème, vous l’aurez remarqué, qui revient souvent dans mes romans (sous sa forme, notamment, charnelle). Mais qui revient tout aussi souvent dans le monde (ô combien passionnant) de la philosophie…

De fait, on ne compte plus les philosophes et théologiens qui se sont inquiétés de la faiblesse de l’homme face au désir, aux passions et à la tentation ; certains ont défendu bec et ongles les « bienfaits » du désir (et de son corollaire : le plaisir) ; mais la majorité des grands penseurs d’Occident ont recommandé aux hommes de s’en méfier… au point que d’innombrables méthodes furent mises au point au cours des siècles pour aider l’Homme à maîtriser les désirs… voire à les supprimer totalement.

Je vous propose ici une synthèse du cours que je donnais sur la question aux élèves que je préparais (jadis ! dans une autre vie !) aux épreuves de philosophie du baccalauréat. Nous chercherons bien sûr à étudier la notion de désir sous l’angle plus particulier de la philosophie occidentale (histoire de varier un peu les approches de ce blog !^^), mais aussi celles de plaisir, de passion, de volonté et de bonheur… et de voir comment tous ces concepts interagissent entre eux !  A ce titre, nous nous pencherons notamment bien sûr sur l’éternelle question consistant à savoir si le désir peut nous conduire au bonheur… ou, au contraire, s’il ne fait que nous en éloigner…

Ayant en outre, comme vous le savez, une fâcheuse propension à ignorer ce que le mot « synthèse » veut dire (^^), j’ai décidé de découper cette petite analyse en 4 parties distinctes

  • Définir le désir
  • Le lien entre désir et bonheur
  • Le désir comme moteur
  • Et une partie « compléments »

Je partagerai ces 4 parties séparément sur ce blog. Mais assez parlé. Entrons dans le vif du sujet sans attendre !^^

PARTIE 1 : DEFINIR LE DESIR

I – DEFINITIONS

A – Besoin vs. Désir

Tout d’abord, et quoique cela puisse paraître évident, il convient de distinguer désir et besoin, selon l’approche des traditions philosophiques classiques.

Le besoin

Le besoin est généralement reconnu comme indispensable, vital et nécessaire : il est naturel (nous héritons nos besoins de la nature). Le besoin est ainsi une nécessité naturelle et physiologique (boire, respirer, manger, dormir, se chauffer, s’abriter…). Les besoins sont communs à tous les membres d’une même espèce et, selon la tradition philosophique, l’animal n’aurait, en soi, que des besoins ainsi définis.

Les besoins peuvent en outre être assouvis, comblés, pleinement satisfaits ; étant limités (aussitôt satisfaits, absorbés, ils s’éteignent en tant que tels), il est possible de trouver leur apaisement dans un objet leur étant naturellement adapté (la nourriture résout la faim, l’eau étanche la soif etc).

Le besoin est donc tout simplement un état de manque dans lequel se trouve un être vivant (végétal, animal ou humain) lorsqu’il est privé de ce qui assure sa subsistance et sa conservation. Inné, naturel, relevant de l’ordre physiologique, le mode de satisfaction des besoins est uniforme au sein de l’espèce et leur assouvissement est nécessaire à plus ou moins court terme au maintien de la vie.

Le désir

De son côté, le désir est quelque chose de contingent, d’artificiel, créé et monté de toutes pièces par l’homme. Il apparaît sous telle forme et se projette sur tel objet, mais pourrait tout aussi bien s’éteindre de lui-même, se projeter sur autre chose, naître ou renaître d’une autre manière (=Contingence du désir (possibilité qu’une chose arrive ou non) vs. Nécessité du besoin). Le désir est variable d’un individu à l’autre ; il est ainsi, mais il aurait pu être autrement ; il est polymorphe, changeant, mobile, il se métamorphose.

Mais le désir a surtout pour caractéristique principale d’être illimité : comme le Phoenix, il renaît indéfiniment de ses cendres car, aussitôt satisfait, il se reporte indéfiniment sur autre chose, d’autres objets, d’autres buts, d’autres personnes. Le désir a ceci de terrible qu’il se renouvelle, se réitère, se reproduit, se délocalise, se reporte et se réinvente à l’infini, selon un effet de ricochet et de boule de neige. Il conduit sans cesse à l’accumulation, à une véritable boulimie, à une spirale infernale. Le désir n’est jamais repu. Le désir, insatiable par essence, pourrait être comparé aux tonneaux des Danaïdes (qui, ayant égorgé leurs maris, furent condamnées à remplir éternellement aux enfers des tonneaux percés) : sitôt satisfait, il se reporte sur autre chose.

Il semble donc entretenir avec l’objet désiré une relation ambivalente : il veut et ne veut pas être satisfait tout à la fois. Se déplaçant d’objet en objet, il se condamne lui-même à une insatisfaction chronique. Il est un manque dont la radicalité ne saurait se satisfaire d’aucun objet. Il peut démultiplier ses objets à l’infini, voire créer ses propres objets, car ceux-ci ne sont pas fixés à l’avance (contingence). Tout désir précède son objet et ne se limite pas à lui : il survit à sa possession. Le désir peut même être désir de « l’inutile » (ex : la soif de connaissances – pour le simple plaisir de savoir, sans application concrète ou pratique).

Cependant, le désir n’est pas quelque chose de superflu dans la mesure où son objet importe souvent davantage que celui du besoin, au point que le désir puisse apparaître comme plus profond et plus intense que le besoin… et conduire l’homme à des comportements allant à l’encontre de sa propre préservation et de sa survie. Ainsi, l’homme accorde souvent davantage d’importance à ses tentatives de satisfaction de ses désirs qu’à la satisfaction de ses besoins primaires et naturels.

Résumé

Le besoin est davantage lié au corps (même si l’on reconnaît également à l’homme des besoins également psychologiques, émotionnels et sociaux – recevoir de l’amour, par exemple, notamment pour le nourrisson) ; le désir, pour sa part, est davantage de nature émotionnelle, spirituelle et psychologique ; force psychique qui pousse l’individu vers l’objet de son désir, il se déploie dans l’imagination.

Le besoin est naturel, le désir est artificiel, social et culturel.

Le besoin est nécessaire et vital, le désir est contingent et variable.

Le besoin est immédiat et, en tant que tel, requiert une satisfaction rapide. Le désir, en revanche, porte sur le futur ; il vise une satisfaction future, une satisfaction qui n’est pas encore et qui n’en sera que plus intense. Or le futur, contingent par définition, est pétri d’incertitudes…

Nous sommes si habitués à vivre de désir en désir que nous utilisons souvent le terme de « besoin » pour des objets qui nous semblent indispensables pour notre confort, voire pour notre survie, mais qui ne sont en réalité que des envies/désirs (la cigarette, le sucre, le café du matin, le sentiment amoureux…).

B – Désir vs. Volonté

Il convient également de ne pas confondre le désir avec la volonté ou l’intention.

La volonté

La volonté est une force, une persévérance dans le choix de vie d’un individu, une fermeté dans ses décisions. Dans un sens courant et purement psychologique, la volonté révèle une force de caractère, une qualité valorisée dans l’inconscient collectif. Elle est ce par quoi un caractère peut exprimer, asseoir et manifester sa force d’affirmation. La volonté donne lieu à des actes qui, étant ses produits, sont nécessairement issus d’une décision intérieure du sujet libre ; ces actes voulus sont donc prémédités, le fruit d’une intention délibérée s’étant fixé un but, ils résultent d’une décision intérieure et témoignent du libre-arbitre de l’individu.

Un acte est ainsi dit volontaire quand il trouve son principe dans une décision intérieure préalable du sujet libre (nous verrons qu’en matière de désir, l’individu est rarement libre de ses choix) ; la volonté apparaît donc comme un principe d’activité et de liberté. Elle suppose toujours la mise en œuvre d’une intelligence qui puisse poser un objectif précis et élaborer la série des moyens propres à l’obtenir ; la volonté est donc intimement corrélée à la raison, à un entendement supérieur ; elle est raisonnée et fruit de liberté.

Le désir

Le désir, à l’inverse, renvoie à une inclination, un penchant, un souhait vers un objet dont on espère une satisfaction sensible. Désirer, c’est être aliéné par ses désirs, subordonné à eux, prisonnier de ses envies. L’acte volontaire n’a ni ce côté subi/passif, ni cette nature impulsive.

NB : cela ne doit toutefois pas nous conduire à présupposer de la valeur positive de la volonté : la volonté peut être bonne ou mauvaise, positive ou négative ; la volonté est de nature rationnelle (raisonnée), certes, mais elle peut très bien préférer le mal au bien.

La différence principale vient donc de ce que le désir est incontrôlé, tandis que la volonté est contrôle, décision rationnelle, faculté de l’esprit et non impulsion psychologique, sociale ou émotionnelle. Le désir, quant à lui, n’est, selon la tradition philosophique générale, qu’un vouloir irrationnel et abusif, et non acte de volonté. Il n’a de commun avec la volonté et l’intention (« intentio » = « action de tendre » en latin) que la résolution psychologique à faire quelque chose et l’efficacité que l’on met à obtenir ou réaliser cette chose.

C – Définition du désir

Le désir est donc la conscience et l’effet d’un manque. Il vient de la prise de conscience d’une privation, d’une absence, et de la frustration/souffrance qui en découle. Il s’agit donc, par essence, d’une impression/expérience douloureuse. Le sujet imagine par avance le plaisir qu’il tirera de l’objet, une fois celui-ci possédé, mais pour l’heure, il éprouve le manque, l’abandon, la frustration, l’inquiétude, la crainte et la douleur en l’absence de cet objet de désir si tentant, si attirant… et si douloureusement inaccessible et indisponible dans l’immédiat.

« L’inquiétude qu’un homme ressent en lui-même par l’absence d’une chose qui lui donnerait du plaisir si elle était présente, c’est ce que l’on nomme désir. » (Leibniz)

II – QUELQUES MYTHES ÉCLAIRANTS QUANT A LA RÉALITE DU DÉSIR CHEZ L’HOMME

La philosophie classique a souvent eu recours à l’analyse des mythes (notamment antiques) pour illustrer et ancrer ses propres théories.

A- Le mythe d’Ulysse et les sirènes

Ulysse, pour pouvoir entendre le chant magnifique mais ô combien dangereux des sirènes, demande à ses camarades de l’attacher au mât de son navire et de se boucher les oreilles avec de la cire…

Ce mythe s’avère révélateur à plusieurs égards :

  • Ulysse demande qu’on l’attache. Ces liens matériels symbolisent l’idée que, la plupart du temps, ni notre volonté, ni notre raison ne sont assez fortes pour lutter contre le désir.
  • Ulysse désire entendre le chant magnifique des sirènes ; autrement dit, le désir est toujours à la recherche de quelque chose d’irrésistible dont on pense qu’il peut nous procurer une satisfaction intense, rare et inespérée. Le désir vient d’un manque et d’une recherche de sensations fortes, extraordinaires.
  • Ce qu’Ulysse désire, ce n’est pas seulement d’écouter le chant des sirènes, mais de répéter à l’infini le charme de cet appel. Autrement dit, dans le désir il y a unetension dans laquelle à la fois plaisir et douleur se trouvent mêlés. Or, l’homme est-il capable de jouir à l’infini de cet appel sans se perdre lui-même ? l’homme est-il assez fort pour pouvoir l’embrasser sans s’embraser ?

B – Le mythe de l’Androgyne

Dans Le Banquet de Platon, chaque convive doit présenter un discours sur l’amour ; Aristophane cherche l’origine du désir amoureux, soit l’attirance d’un être pour un autre (de même sexe ou de sexe opposé). Pour ce, il a recours à un mythe : le mythe de l’androgyne.

À l’origine, l’espèce humaine (primitive) était divisée en trois genres : l’homme (mâle), la femme (femelle) et l’androgyne (hybride). Chaque individu, parfait, complet, circulaire, tout-puissant, avait 2 visages, 4 bras, 4 jambes et 2 organes sexuels (mâle-mâle, femelle-femelle ou mâle-femelle).

Pour punir les hommes d’avoir osé, par orgueil, narcissisme et envie, s’attaquer les dieux (leurs créateurs), Zeus décida de les couper tous en deux d’un coup de foudre (qui, à l’origine, marquait ainsi plus la séparation que la réunion !), afin de rendre ces créatures ingrates vulnérables.

Depuis lors, chaque morceau, chaque demi-humain, regrettant sa moitié perdue (son âme sœur…), tente de la retrouver, de s’unir à elle et de fusionner à nouveau dans la complémentarité pour retrouver ce sentiment perdu de complétude…

Pour leur permettre de se fondre à nouveau l’un dans l’autre (s’étant retrouvées, les moitiés, incapables de s’associer physiquement, se laissaient mourir de désespoir et de l’impossibilité de satisfaire leur besoin de fusion…), Zeus, ayant pris pitié d’eux, déplaça leurs organes génitaux, leur permettant ainsi de s’accoupler et d’entretenir l’espèce (qui, ainsi affaiblie, périclitait) : c’est le début des différents types de sexualité humaine (hétérosexualité et homosexualité, selon le couple d’origine cherchant à se reconstituer : double-mâle, double-femelle ou androgyne)…

Ce mythe permet aux Anciens d’exprimer plusieurs idées et d’éclairer plusieurs concepts :

  • Le désir naît du manque de l’autre et de l’envie (pour ne pas dire du « besoin ») de ne plus faire plus qu’un avec lui (désir de fusion, de retrouver ce sentiment de complétude, de plénitude et de perfection des origines) ; le mythe suggère que le désir de s’unir à un autre être humain émane de la nostalgie d’une puissance perdue, d’une complétude perdue qui nous aurait caractérisés à un moment (vie intra-utérine, petite enfance?), et que l’homme peut retrouver l’impression, par l’acte d’amour, de reconstituer une sorte d’unité première et primitive dans l’acte de fusion.
  • Il exprime aussi l’idée, par conséquent, que dans tout rapport sexuel s’exprime le fantasme de cette toute-puissance et de cette autosuffisance (perdues).
  • L’homme, s’il était entier, ne connaîtrait pas le désir (c’était le cas avant d’être coupé en deux : l’homme en soi était parfait). Mais l’homme est devenu incomplet, le manque est désormais constitutif de sa nature. L’homme est, dès lors, voué à être imparfait et insatisfait. (Pour Freud, c’est la séparation de l’enfant d’avec sa mère qui crée le manque, et toute notre vie nous cherchons à retrouver cette unité perdue.)
  • Ce mythe donne également à voir une métaphore du sentiment d’incomplétude : chaque personne se sent finie, limitée et rêve d’un être plus parfait qui serait reconstituable par l’alliance avec un autre.
  • Il nous apprend également que les hommes sont faits pour être ensemble, pour ressentir le manque et des sentiments amoureux les uns ou pour les autres.
  • On trouve aussi l’idée que la sexualité ne permet néanmoins qu’une satisfaction éphémère du désir de fusion et de complétude : la sexualité permet aux hommes de ne former qu’un être, ou du moins d’essayer de n’en former qu’un (par la naissance d’un enfant, « fruit de leur amour »), mais cette sensation de fusion par l’acte charnel est vouée à n’être, par définition, que ponctuelle et éphémère… (et donc vouée également à se répéter régulièrement…^^)
  • Ce mythe explique aussi l’hétérosexualité et l’homosexualité (qui se retrouve ainsi justifiée et légitimée) : les fractions d’humains appartenant au genre androgyne d’antan forment ensemble, une fois réunis, ce que l’on appellerait aujourd’hui les couples « hétérosexuels ». De même, les fractions provenant du genre femelle constitué de deux femmes avant la séparation des corps par les dieux se recherchent constamment, pour reconstituer les couples homosexuels féminins, tandis que les deux mâles provenant du genre antique mâle sont à la quête les uns des autres et se désirent mutuellement.
  • Bien sûr, on trouve aussi l’idée de l’importance de la piété et du respect des dieux, sous peine d’encourir leur colère et mille maux terribles. Et une sérieuse leçon d’humilité (n’est-ce pas l’orgueil et le narcissisme des hommes qui les a conduits à une telle souffrance ?)

Le discours d’Aristophane raconté par Jean-François Balmer : https://www.youtube.com/watch?v=fmDpwXCyFOI

III – LE RÔLE DE L’INCONSCIENT

Pour Freud, le désir fait partie, avec les rêves, les traumatismes etc., de ces contenus psychiques inaccessibles à la conscience : dès lors, on comprend bien que l’individu ne saurait maîtriser ses désirs ; il en serait bien incapable, puisque les désirs surgissent de l’inconscient, et qu’il ne peut maîtriser que ce dont il a conscience, que ce qu’il connaît.

L’individu, avec cette approche, ne peut dès lors plus être considéré comme responsable de ses désirs (et des actes dictés par ses désirs) et les recommandations des anciens (raison, tempérance, modération, suppression des envies autres que naturelles, ascétisme… nous y reviendrons) tombent d’elles-mêmes. De fait, si une partie de nos désirs (ainsi que de nos actes et de nos pensées conséquentes) échappe à la conscience effective, et s’avère donc à la fois inconsciente et incontrôlable, nous sommes, en toute logique, condamnés à la subir passivement.

C’est dans le « ça » freudien, cette instance psychique la plus enfouie, la plus profonde, la plus lointaine (vs. le préconscient), que se trouveraient ainsi nos instincts sexuels les plus reculés (entre autres choses sulfureuses…).

IV – L’OBJET DU DÉSIR, SYMBOLIQUE ET AUTRUI

Ce que je désire à travers un objet, une personne, ce n’est pas tant l’objet lui-même que ce qu’il représente dans mon imaginaire et dans l’imaginaire collectif, à mes yeux et aux yeux des autres ; ce qu’on désire dans un objet, ce sont ainsi avant tout les symboles que l’on atteint et que l’on s’approprie par sa médiation.

De fait, après analyse, il apparaît souvent que l’objet du désir est moins désiré pour ses qualités objectives (appartenant à l’objet lui-même) que pour des raisons subjectives (ce que je juge désirable à travers lui) et intersubjectives (ce que les autres désirent et vont reconnaître).

La philosophie contemporaine a donc montré l’importance d’autrui dans le désir : soit je désire un objet possédé ou désiré par autrui, soit je désire être l’objet du désir d’autrui, être désiré par autrui. Le désir, selon François Girard, est une relation triangulaire, entre l’objet, le sujet et autrui. François Girard appelle « médiateur » un individu qui est jugé supérieur, soit socialement, soit physiquement, ou intellectuellement, et qui devient un modèle pour les autres. Il suffit alors que le médiateur désire un objet pour que cet objet devienne désirable pour moi. Le désir devient alors un fait social et mimétique. C’est ainsi que naissent les modes.

La publicité exploite le caractère mimétique du désir. Si l’on en croit François Girard, le désir n’a même rien de personnel. Dès l’enfance, l’enfant pour se construire imite ses parents et leurs désirs. C’est ainsi que, bien souvent, il développe des goûts identiques aux leurs.

« Du fait que nous imaginons qu’un objet semblable à nous […] est […] affecté d’un certain affect, nous sommes par là affectés d’un affect semblable. […] Cette imitation des affects s’appelle pitié quand elle concerne la tristesse ; mais si elle est relative au désir, elle s’appelle émulation, celle-ci n’étant donc rien d’autre que le désir d’une chose provoquée en nous par le fait que nous imaginons que d’autres êtres semblables à nous ont le même désir. » Spinoza, Ethique, III, 27

VERS LA QUESTION DU BONHEUR

Baudrillard estime que l’on ne peut limiter la consommation (#sociétédeconsommation) puisque l’objet consommé n’est pas objet de besoin mais objet de désir et que le désir est sans limites. Il estime d’ailleurs même que la consommation est devenue comme une raison de vivre, comme si le fait de consommer toujours et toujours plus pouvait combler les frustrations, l’inquiétude d’être soi et rendre heureux.

Mais avoir toujours plus, est-ce être heureux ? Le bonheur peut-il être affaire de propriété ? Par ailleurs, comme le désir est illimité, et que, sitôt satisfait, il se reporte immédiatement et inlassablement sur autre chose ; comme, frustré, il s’amplifie ; comment pourrait-il conduire au bonheur ? Ce qui importe dans le désir, ce n’est pas la satisfaction obtenue mais la satisfaction à venir. Espérer et vouloir le bonheur, n’est-ce pas avouer qu’on n’est pas heureux ?

En route pour la 2e partie de cette petite analyse philosophique du désir !

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Texte : © Aurélie Depraz
Image : Pixabay