Littérature, amour & érotisme

Sir Walter Scott, père de l’Ecosse… et du roman historique

Qui, enfant ou adolescent, n’a jamais entendu parler de Sir Walter Scott , au même titre que Charles Dickens, Lewis Carroll ou Rudyard Kipling ? Qui ne l’a jamais étudié en cours d’anglais ? Qui n’a jamais lu une version abrégée et simplifiée (littérature jeunesse) de son œuvre ? Et pourtant, qui sait à quel point il a marqué les esprits ? Qui sait ce que Balzac, Hugo, Dumas et tant d’autres grands du XIXe lui doivent ? A quel point l’Ecosse, en tant que pays, nation, culture, lui rend hommage ?

Car notre ami Walter (au doux nom ô combien symbolique de « Scott » !^^) est bel et bien à la fois un grand homme de lettres britannique, le créateur du genre du roman historique et l’ « inventeur » de l’Ecosse telle que nous la connaissons (et telle que nous l’aimons !!!) aujourd’hui : celle des lochs, des légendes et de la culture gaélique…

Petite explication… (pour rappel, ses dates : 1771 – 1832)

Background, naissance, formation

Le futur « Sir » Walter Scott est né au sein de la bourgeoisie cultivée d’Edimbourg, en 1771. Son contexte familial m’a frappée, je ne peux m’empêcher d’en dire deux mots (#EspéranceDeVieBonjour !) : il fut le 7e enfant d’une fratrie de 12, dont 6 enfants moururent en bas âge ; quant aux 6 autres, ils disparurent à l’âge respectif de 48, 31, 49, 31 ans et un point d’interrogation pour le dernier (je n’ai pas sa date de mort) ; Walter, enfin, mourra à l’âge de 61 ans (après avoir eu des problèmes de santé absolument toute sa vie dès son premier anniversaire)… On a beau les apprendre à l’école, ces histoires d’espérance de vie, ça fait toujours drôle !!! (si tant est que ce terme soit bien choisi…)

Car comme pour enfoncer le clou, les 4 enfants de Walter mourront pour leur part à 36, 46, 30 et 36 ans…

Bref ! Aucun rapport avec sa vie d’auteur, je vous l’accorde (mais je n’ai pas pu m’empêcher de « buguer » quand j’ai confronté toutes ces dates de naissance et de mort…). Revenons-en donc à nos moutons.

W. Scott est donc né dans une famille bourgeoise issue d’une branche cadette du clan Scott.

Très tôt, il développa un goût marqué pour la littérature, le théâtre, l’histoire, le latin, la poésie, les vieux manuscrits et… son pays : ses paysages, ses légendes, ses contes, ses histoires, son folklore et ses traditions. Adolescent, il rencontra des hommes de lettres, voyagea à Londres et Bath et, surtout, sillonna les Highlands, découvrit l’Ecosse, se passionna pour l’Histoire, explora des sites historiques et pittoresques écossais et se mit à collecter toutes sortes d’anecdotes sur son pays (comme celle de Rob Roy).

Il étudia aussi le droit civil, la philosophie, l’histoire universelle, le droit écossais pour devenir avocat, tout en continuant de se passionner pour l’Ecosse : ses régions reculées, ses us et coutumes, ses châteaux…

Erudit, archéologue à ses heures, il parlait l’anglais et le scots et lisait le français, l’espagnol, l’italien, l’allemand ; il maîtrisait parfaitement le latin et apprit également, quoiqu’avec plus de difficultés semble-t-il, le grec ancien.

Walter Scott deviendra magistrat mais cumulera de nombreuses autres fonctions administratives au cours de sa vie (milicien, sheriff, adjudant, greffier de la cour Suprême), en parallèle de sa vie d’auteur. En fait, s’il fut destiné au droit par sa famille, c’est par pur goût personnel qu’il se lança par ailleurs dans la littérature, pour devenir l’une des plus grandes figures du romantisme écossais. Et s’il commença sa brillante carrière d’écrivain avec la poésie (qui lui valut un franc succès, déjà, de son vivant), il n’en fut pas moins célèbre pour ses romans (à partir de 1814), et, en écrivain prolixe et complet, s’illustra même dans de très nombreux genres littéraires : essais, pamphlets, théâtre…

1 – Le poète

Très porté sur la poésie (un peu ses premières amours), il publia plusieurs poèmes et recueils, dont nombre (de son cru ou issus du folklore populaire écossais) louaient déjà les charmes de son Ecosse adorée :

  • Les chants de ménestrels de la frontière écossaise (1802)trois tomes de ballades écossaises regroupant des poèmes populaires écossais ayant ravi son enfance et collectées suite à un énorme travail de compilation (manuscrits médiévaux, promenades dans le sud du pays…)
  • Sir Tristem (1804) – une version (qu’il jugeait plus pure que les versions continentales) du roman de Tristan dont il avait découvert le manuscrit médiéval, qu’il avait adapté et achevé.
  • Le Lai du dernier ménestrel (1805) – un long poème en six chants, véritable conte médiéval en vers qui connaît un grand succès, puisque 15 000 exemplaires sont publiés en trois ans !! La célébrité de Scott est déjà acquise.
  • Ballades et Pièces lyriques (1806)
  • Marmion ou la bataille de Flodden-Field (1808) – poème narratif dont la stance 17 du chant VI est particulièrement connue.
  • Le Jeune Lochinvar (1808)
  • La Dame du Lac (1810) – long poème dont l’intrigue se situe dans les Highlands
  • La Vision de Rodéric, le dernier roi goth d’Espagne (1811)
  • Les Fiançailles de Triermain (1813)
  • Rokeby (1813)
  • La Bataille de Waterloo (1815)
  • Le Lord des îles (The Lord of the Isles, 1815)
  • Harold l’Intrépide (1817)
  • Halidon Hill, esquisse dramatique tirée de l’histoire d’Écosse (1822)
  • La Croix de MacDuff, 1822

On le voit déjà : nombre de ces œuvres sont à la gloire de l’Ecosse, de ses héros, de ses vallées, de son passé.

On le voit aussi : Walter Scott est un auteur extrêmement prolixe !

Et ses poèmes sont principalement narratifs (le romancier n’est pas loin !!). Scott, que ce soit en vers (ou bientôt en prose), ou encore à l’oral, est un conteur-né.

Entre 1807 et 1810, il est à l’apogée de sa gloire en tant que poète.

Malheureusement, un autre poète romantique britannique perce à la même époque : Lord Byron (et, dès 1817, ce sera au tour du très célèbre John Keats de connaître une renommée aussi glorieuse qu’éphémère – puisqu’il meurt en 1821 de la phtisie… #poètemaudit). Devant l’engouement du public pour les poèmes de Byron (dont le Childe Harold fait un carton en 1812), Scott décide de mettre de côté la poésie (il continuera de publier des poèmes, mais de façon plus épisodique) et de se consacrer essentiellement à un autre genre : le roman. Un pari particulièrement osé, à une époque (si tant est que cela ait vraiment changé…) où le roman n’apparaissait que comme un genre mineur, entre autres du fait qu’il était surtout (mais pas exclusivement, of course, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit) écrit par et pour des femmes… Un genre aussi mineur au regard de la poésie que la comédie l’avait toujours été face à la tragédie. Mais Scott n’a peur de rien – ou presque : il se lance dans le roman, mais de façon anonyme ! Il ne reconnaîtra être l’illustre inconnu ayant écrit de nombreux best-sellers (Waverley le premier) qu’en 1827, 5 ans avant sa mort.

2 – Le premier romancier historique

Scott se mit donc à écrire des romans. Là encore, il fut prolixe : outre des romans portant sur le passé écossais récent (2e moitié du XVIIIe) et ancien (Moyen-Âge…), il se plut à explorer (et exploiter !) le riche passé de plus d’un pays voisin. Parmi ses titres les plus célèbres, citons :

  • Waverley (1814), premier « vrai » roman historique selon les critiques, premier roman de Scott, et premier chef-d’œuvre (publié anonymement, rappelons-le) – cadre : Angleterre et Ecosse autour de 1745 (révolte jacobite)
  • Guy Mannering (1815), considéré comme l’un de ses meilleurs romans – cadre : Ecosse, années 1760-80
  • L’Antiquaire (1816), le roman préféré de l’auteur ! Roman de mœurs tirant vers la comédie et le roman gothique.
  • Rob Roy, (1817)cadre : l’Ecosse au début du XVIIIe s. ; un roman magnifiquement adapté à l’écran dans les années 1990, avec Liam Neeson (si, si !) dans le rôle du célèbre Robin des Bois écossais (on est loin des Taken en tous genres !)
  • Invanhoé (1819), très célèbre aussi – cadre : Angleterre, XIIe s.
  • Le monastère (1820)
  • L’abbé (1820)
  • Kenilworth (1821) – cadre : Angleterre, époque élisabéthaine
  • Le Pirate (1821) – cadre : les Shetland
  • Les aventures de Nigel (1822) – cadre : sous le règne de Jacques Ier, en Angleterre
  • Peveril du Pic (1823), Angleterre et île de Man, XVIIe s.
  • Quentin Durward, (1823) – France, XVe s.
  • Les Eaux de Saint-Ronan (1823), roman de mœurs satirique
  • Redgauntlet, (1824) – de nouveau, l’Ecosse du XVIIIe, à l’époque des soulèvements jacobites
  • Les Fiancés (Récits des croisés – 1825) – au temps des croisades
  • Le Talisman (idem)
  • Woodstock (1826) – époque de Cromwell et de la Révolution Anglaise
  • Anne de Geierstein (1829) – cadre : Bourgogne, XVe s

Sans oublier :

  • Les Contes de mon hôte : de nombreuses séries publiées entre 1816 et 1831 : Le Nain noir ; Les Puritains d’Ecosse ; le Cœur du Midlothian ; La Fiancée de Lammermoor ; Une légende de Montrose ; Robert, comte de Paris et Le Château Périlleux ;
  • des nouvelles : les Chroniques de la Canongate (1827 : 1ere série), comprenant La Veuve des HighlandsLes Deux BouviersLe Miroir de ma Tante MargueriteLa Mort de Laird’Jock et La Fille du Chirurgien 
  • d’autres nouvelles : les Chroniques de la Canongate (1828 : 2e série) comprenant La Jolie Fille de Perth, ou Le Jour de la Saint-Valentin)
  • Contes d’un grand-père, (Tales of a Grandfather), 1re série, 1828 ; 2e série, 1829 ; 3e série, 1830 !!!

Deux grandes tendances, on le voit bien (souvent associées, d’ailleurs) : l’historique… et l’Ecosse.

Car si W. Scott est bel et bien considéré comme le fondateur du genre du roman historique… il n’en est pas moins le plus grand chantre… de la culture écossaise !

3 – ZE défenseur de la culture écossaise

Et, notamment, de celle des Highlands…

Il convient ici de rappeler qu’à la fin du XVIIIe/début du XIXe, l’Ecosse en est à des heures plutôt sombres de son Histoire (voir ma “Petite Histoire de l’Ecosse“, pour plus de précisions !^^) : après avoir longtemps combattu (comploté) pour remettre la dynastie des Stuart sur le trône britannique (Angleterre + Ecosse) à la place de la dynastie des Hanovre, qu’ils n’estimaient pas légitime, nombre de clans écossais, notamment highlanders, souffrirent ce qu’on appela les « Highland Clearances ». Petit rappel :

  • Au début du XVIIIe, l’héritier légitime de la dynastie Stuart, Jacques-Edouard, catholique, en exil sur le continent, est reconnu par beaucoup d’Ecossais (mais aussi quelques courageux Anglais) comme le véritable souverain légitime de la Grande-Bretagne sous le nom de Jacques III : il se fait chef du parti jacobite (du prénom symbolique des Stuarts, « Jacques »), compte de nombreux partisans et tentera, à plusieurs reprises, de reprendre le trône aux Hanovre.
  • Le tableau, par la suite ? Les expéditions jacobites successives (1708, 1715, 1745), toutes des échecs ; l’insubordination légendaire des Highlands (face au roi d’Angleterre George), les mécontentements successifs suscités par les décisions du gouvernement de Londres concernant l’Ecosse ; le débarquement de Bonnie Prince Charlie, fils de Jacques-Edouard, en 1745, le massacre de Culloden et la fin de la cause jacobite dans un bain de sang…
  • Puis la persécution des Highlanders par les troupes anglaises de Cumberland (véritable chasse à l’homme, une campagne punitive monstrueusement cruelle, connue sous le nom de « Highland clearances », qui conduira de nombreux Highlanders à fuir vers les Amériques (Virginie, Canada, Carolines…) et donnera au duc de Cumberland, chef de l’armée anglaise, le doux surnom de « Boucher ») : les autorités britanniques agissent de manière à supprimer le plus rapidement possible la culture traditionnelle écossaise.
  • Conséquences : la disparition du système clanique, les interdictions culturelles (kilt, cornemuse, système féodal traditionnel…), l’oppression des Highlanders, une diminution drastique de la population écossaise, la désertification de nombreuses régions, des migrations vers les Lowlands (ou « Basses Terres ») où apparaissent les premières usines de la Révolution Industrielle…

On l’a vu : Scott a consacré un très grand nombre de ses œuvres (romans et poèmes en tête) à l’Ecosse, à ses paysages et à son histoire, proche ou ancienne, et notamment aux révoltes jacobites (c’est, par exemple, le cadre de son roman Rob Roy, du Redgauntlet etc).

Ses ouvrages étaient marqués par le bilinguisme, avec des passages en anglais mais aussi en scots, la langue des Lowlands écossaises, qu’il parlait parfaitement (une langue à mi-chemin entre l’anglais et les langues germanico-scandinaves). Bien des passages étaient même exclusivement en scots, rendant leur lecture difficile pour le non-initié !

Par ses écrits, Scott a inventé l’Ecosse telle qu’on la connaît aujourd’hui telle qu’on la voit, telle qu’on l’imagine : romantique, sauvage, rebelle, l’Ecosse de Rob Roy, l’Ecosse des Stuart, l’Ecosse des Highlanders, faite de lochs et de forêts, de montagnes et de vallées, de glens et de mystères. Même si on n’a pas lu Scott, on en a hérité : on voit toujours, de l’extérieur, l’Ecosse à travers ses yeux. Héraut d’un glorieux passé, barde des temps modernes, il a fait revivre ces contrées après les Highland Clearances qui les avait laissées nues, vides, dépeuplées, traumatisées. Il a profondément contribué à l’émergence d’une identité et d’un nationalisme écossais (au temps, d’ailleurs, de tous les grands nationalismes romantiques européens du XIXe) ; il a redonné vie à son pays, lui a donné des couleurs, des aventures, des romances, des histoires d’amours, des héros. Il a compilé ses chansons, ses poèmes, ses ballades ; loué ses traditions, ses manières, ses langues, ses mœurs ; il l’a chanté dans ses poèmes, dans ses romans, dans ses essais ; il a, de son temps déjà, dopé le tourisme (alors tout juste naissant), en mettant en valeur ses ruines, ses châteaux, ses paysages, sa magie.

Bien sûr, l’image qu’il en a donnée est biaisée, « romancisée », embellie, romantique, subjective ; bien sûr, en tant que telle, elle n’est pas parfaite, et on a pu lui reprocher d’être… « too successful », trop célèbre, trop romancée, pas assez politique… Mais Scott n’en a pas moins eu le mérite de faire pointer l’Ecosse sur les cartes du monde, où elle semblait oubliée, de booster le tourisme, de la faire émerger, d’attirer sur elle l’attention de ses contemporains, de la sortir des ténèbres…

Jusqu’à lui, l’histoire de l’Ecosse n’était considérée que comme un sujet à polémiques et à recherches. Après lui, elle avait de la vie, de l’amour, de la passion. Elle était peuplée de héros, de croyances, de mythes et de secrets. Scott a écrit à la gloire des valeurs des Highlands, honneur, foi, loyauté, mérite, hospitalité ; il est parvenu à préserver des manières, des pratiques et des richesses quasi éteintes depuis les Clearances.

De ce point de vue, on peut même lui reconnaître, peut-être, la paternité des romances à l’écossaise (dont vous me savez fervente partisane, en ayant écrit plusieurs moi-même ! Voir mes romans Shaena et Pour l’amour d’une Sasunnach ) ! En effet : si je vous dis : « amours difficiles entre un Anglais et une jeune Ecossaise… » « révoltes jacobites… » Vous ne pensez pas Chevaliers des Highlands, Outlander, Le Retour des Highlanders, tropes des romances écossaises et tous ces bijoux de la fin du XXe s. / début XXIe ? ^^ Et pourtant, Scott est passé par là bien avant Diana Gabaldon, Monica McCarthy, Nora Roberts, Julie Garwood, Margaret Mallory… et les autres !

Alors, Walter Scott : père de la romance écossaise ?

Point bien sûr de happy ends etc dans ses romans, mais nombre de thèmes qui seront abondamment usités par les romancières historiques amoureuses de l’Ecosse, et surtout une image de ce beau pays qui sera reprise, exploitée… et réutilisée par toutes ces romancières, qu’elles soient anglaises, écossaises, américaines… ou françaises !!!

Sans compter que Scott ne s’en est pas tenu aux romans et aux poèmes : actif, engagé, il s’impliqua de bien d’autres manière au profit de sa patrie :

  • En 1822, George IV fait une visite officielle en Écosse (il est le premier roi d’Angleterre à poser le pied sur le sol écossais depuis le xviie siècle). Scott, à sa demande, « organise les manifestations de bienvenue à Edimbourg : il fait figurer les clans, retrouve leur antique ordre de préséance, discipline les rivalités. Revêtu d’un tartan (dont il relance la mode) aux couleurs des Campbell, il accompagne partout le roi (qui a revêtu un kilt). Le roi le fait féliciter par Robert Peel. Scott en profite pour réclamer la restauration des pairies écossaises (supprimées après les insurrections jacobites) et le retour à Édimbourg du canon géant Mons Meg (saisi par les Anglais en 1746) » (Wikipédia disait cela très bien, j’ai eu la flemme de reformuler^^)
  • En 1826, il publie un pamphlet, les Lettres de Malachi Malagrowther, pour défendre les banques écossaises, menacées de perdre le droit de faire circuler leurs propres billets. La polémique lui vaut plusieurs inimitiés politiques, mais le gouvernement britannique recule.

Grand défenseur de l’Ecosse, c’est donc à Scott que l’on doit ce retour (ô combien charmant !) du port du tartan et du kilt (interdits depuis plusieurs décennies) ; c’est d’ailleurs à partir de cette époque que, peu à peu, ces pièces de tissu devinrent, au nom d’un patriotisme aussi fervent que romantique, de véritables symboles de la culture écossaise (bien plus que dans le passé).

C’est en son honneur que la gare centrale d’Edimbourg fut nommée « Waverley » (du nom, rappelons-le, de son premier roman), que son image apparaît sur les billets émis par la banque d’Ecosse et qu’un monument (à son nom) fut érigé. Enfin, en 1897, un buste de marbre blanc de l’auteur fut érigé dans l’abbaye de Westminster (ah ouais quand même !)

Scott, malgré ses maladies et son infirmité, n’aura eu de cesse d’arpenter le pays, de verser dans l’archéologie, de collecter des informations et de compiler ses matériaux culturels pour mieux les immortaliser et les transmettre au reste du monde.

4 – Un écrivain touche-à-tout, polyvalent… et sacrément complet !

Mais les talents de Scott ne s’en tenaient ni à la poésie, ni au roman, ni aux louanges pour son beau pays ! Curieux, productif, il fut aussi traducteur, éditeur, adaptateur… Quelques exemples :

  • Il traduisit des poèmes et drames allemands, notamment des poèmes de Bürger et des drames germaniques comme Götz von Berlichingen de Goethe.
  • Il traduisit aussi des passages (toujours en allemand) qui deviendront le libretto de l’Ave Maria de Schubert
  • Il édita des classiques anglais (ses éditions de Dryden et de Swift sont considérés comme des monuments d’érudition)
  • Il collabora avec plusieurs revues, notamment la Revue d’Édimbourg,The Quarterly Review, le Blackwood’s Magazine
  • Il rédigea pour l’Encyclopædia Britannica trois articles sur la « chevalerie », le « théâtre » et les « romans épiques ou idylliques »
  • Il fut dramaturge avec :
    • Le Destin malheureux de Devorgoil (The Doom of Devorgoil), 1830
    • La Maison d’Aspen (The House of Aspen, a Tragedy), 1830
    • Auchindrane, la Tragédie d’Ayrshire (Auchindrane, the Ayrshire Tragedy), 1830
  • Il aida Ballantyne à développer son imprimerie et reçut une partie des bénéfices de sa firme éditoriale
  • Il publia, en vrac :
    • un pamphlet, les Lettres de Malachi Malagrowther
    • des Lettres sur la démonologie et la sorcellerie
    • uneHistoire d’Écosse (History of Scotland), (1829-1830), 2 volumes (œuvre d’historien)
    • les 9 volumes de La Vie de Napoléon (œuvre d’historien)
    • Divers essais & récits : Les Antiquités de la frontière de l’Angleterre et de l’Écosse, Lettres de Paul, des Essais sur la ballade, un Discours religieux, une Biographie littéraire des romanciers célèbres, des Antiquités provinciales et Scènes pittoresques de l’Écosse…

Héritage, hommage et reconnaissance

De son temps, Scott connut tour à tour la gloire et la faillite, la fortune et les dettes, l’abondance et la maladie.

Contemporain de Bonaparte, de Mme de Staël et de Châteaubriand, frappé de ce même « Mal du Siècle » (aussi dit « Spleen » ou « Mélancolie ») que Baudelaire, Nerval ou Keats, tous ces poètes qui vécurent aux premières loges les grands bouleversements européens au lendemain de la Révolution Française, il fut un des tout premiers romantiques et influença une génération entière d’auteurs, y compris en France, où son œuvre a créé la vogue des romans historiques dans les années 20-30, et tous les grands romanciers de la première moitié du XIXe s. lui ont rendu hommage, Balzac, Hugo…

Formidable conteur en prose comme en vers, surnommé le « Magicien du Nord », il connut un grand succès, déjà de son temps (chose plutôt rare !) : il fut même l’auteur britannique ayant, jusqu’alors, vendu le plus d’ouvrages !!! Avec plusieurs véritables best-sellers comme Ivanhoé, L’Antiquaire et Quentin Durward qui se vendent à des dizaines de milliers d’exemplaires (pour un tirage moyen, à l’époque, de 1000 exemplaires (euh, d’ailleurs, et aussi aberrant que cela puisse paraître, ce chiffre n’a pas bougé !), c’était un record ! Surtout à une époque où :

  • L’anglais n’était pas encore la langue internationale
  • Il n’y avait (certes !) pas 7 milliards d’êtres humains
  • Le taux d’alphabétisation n’avait rien de comparable avec celui d’aujourd’hui…
  • le nombre de lecteurs potentiels était donc infiniment inférieur à celui d’aujourd’hui…
  • et j’en passe : vous aurez compris l’idée : remettre les choses dans leur contexte.

Bref, à la fin des années 1810 et dans les années 1820, il atteint un niveau exceptionnel de popularité et de fortune (au moins 10 000 £ de revenu annuel – ce qui est colossal pour l’Europe de son temps).

C’était quasi le J.K Rowling de l’époque !

Son œuvre a également inspiré plusieurs artistes (peintres…) de la période romantique.

Alors, bien sûr, Scott ne fait nullement exception à la règle : comme tout le monde, si j’ose dire, il a eu son lot de critiques négatives (Zola en tête) et n’a pas fait l’unanimité.

Mais il a élevé le statut du roman, il l’a masculinisé, il lui a donné ses lettres de noblesse, il a lancé la vogue des romans historiques en mélangeant amour, aventures, politique et Histoire, il a connu un immense succès et il a fait, peut-être plus que tout autre écrivain écossais, beaucoup pour son pays. Il aurait même reçu du Prince Régent (futur George IV) le titre de poète lauréat (un titre honorifique donné dans de nombreux pays d’Europe et d’autres continents de culture européenne à des poètes afin de les honorer et qui impliquait souvent, comme en Grande-Bretagne l’exercice d’une fonction officielle à la cour) s’il ne l’avait pas refusé…

Là où l’œuvre de Scott a souffert, c’est suite à la Première Guerre Mondiale, quand Jane Austen (assez peu reconnue de son temps, comme nombre de romancières), commence à sortir de l’ombre (un siècle après la bataille) et à se hisser au hit-parade des grands auteurs anglo-saxons, et que les œuvres de Scott sont reléguées… en littérature jeunesse !!! Simplifiées, abrégées, elles sont adaptées aux enfants, et les originaux en sont presque oubliés !

Aujourd’hui, ses œuvres restent assez méconnues et sous-estimées. Pourtant, on doit à ce gentilhomme-écrivain (successivement laird, chevalier – d’où le « Sir » – puis baronnet) d’avoir lancé le roman historique, glorifié le genre romanesque, créé la vision de l’Ecosse que nous avons toujours et contribué à faire redécouvrir le Moyen-Age (qui, après des siècles de déni et de mépris, n’est apprécié à sa juste valeur qu’à partir des Romantiques, un goût qui ne s’est jamais démenti depuis).

Scott ne reconnut la paternité de ses romans qu’en 1827, quand il avoua, lors d’un dîner en France, et en réponse à un toast, être le « Grand Inconnu » qui avait écrit Waverley et tant d’autres.

Un personnage passionnant, polyvalent, intemporel… à redécouvrir sans tarder.

Surtout si vous aimez l’historique.

Et surtout si vous aimez l’Ecosse.

 « Ces Highlands d’Ecosse sont une sorte de monde sauvage, rempli de rochers, de cavernes, de bois, de lacs, de rivières, de montagnes si élevées que les ailes du diable lui-même seraient fatiguées s’il voulait voler jusqu’en haut » Sir Walter Scott

Pour aller plus loin :

Texte : (c) Aurélie Depraz
Crédit image : portrait de Sir Walter Scott : Sir William Allan (1782 – 1850) (Source : Wiki)

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