L'écriture, l'édition & moi

Pourquoi je ne fais pas (beaucoup) plus long…

En matière de romance, aujourd’hui, deux types de format coexistent : les romans dits « sériels », courts (moins de 200 pages et de 55 000 mots – fréquents en matière de romance historique ou Americana, par exemple) et les romans dits de « littérature générale » (même si ce sont des romances), généralement de 300 ou 400 pages. Les trilogies et autres sagas sont généralement constituées de tomes correspondant au moins à ce deuxième type de romans (longs).

Vous l’aurez remarqué, je joue pour l’instant plutôt dans la catégorie des formats courts. Certains trouvent même cela frustrant, quand ils se sont attachés aux personnages et auraient aimé en savoir plus, ou que je fasse durer l’histoire (ce qui est plutôt bon signe à mon sens !:).

Alors, pourquoi ne pas faire délibérément plus long ?

Tout d’abord, je n’exclus absolument pas la possibilité de passer un jour sur des formats plus longs, couvrant des tranches de vie plus étendues et incluant davantage de péripéties, de personnages… voire de générations ! (à noter : mon premier roman faisait environ 52 000 mots, depuis je suis passée à 60 000 mots en moyenne, et même 70 000 pour mes numéros 5 et 6. Donc… ça change !) Mais force est pour moi de constater que le gabarit du roman sériel (=plutôt court) me correspond pour l’instant davantage. A vrai dire, je ne l’ai pas choisi consciemment et, pour être parfaitement honnête, je n’avais absolument pas connaissance de cette catégorisation des romances (« format sériels » vs « littérature générale »…) jusqu’à ce que je me penche sur les tenants et les aboutissants du genre… après avoir écrit mes trois premières histoires !

Certes, en tant que lectrice, j’avais côtoyé (et dévoré parfois) des romances de longueurs différentes. Mais je n’ai pris conscience de cette répartition officielle des œuvres « sentimentales » qu’après-coup… pour constater que mes trois premiers romans se rangeaient parfaitement dans la classe des romans sériels ! Et en présentaient toutes les caractéristiques : peu de personnages secondaires, peu d’intrigues secondaires, personnalités des personnages accessoires peu fouillées, nécessité de rapporter toutes les péripéties à la relation amoureuse centrale, concentration de l’action sur une période plutôt courte (quelques semaines ou mois)…

En fait, je crois que j’ai pour l’instant besoin de vivre beaucoup d’aventures à travers mes scénarios et d’en coucher un grand nombre sur le papier : les trames se bousculent dans ma tête, les contextes que j’ai envie d’explorer aussi (Ecosse, France, Scandinavie, Irlande, Moyen-âge, XIXe, Deuxième guerre mondiale, USA, Australie…), les idées s’enchaînent et les récits sortent de mon imagination à une vitesse fulgurante (je crois que j’ai mis trop longtemps à me trouver et que quelque chose en moi cherche à rattraper le temps « perdu » !)

Et puis, j’aime pouvoir écrire en voyant la ligne d’horizon, la fin, l’épilogue. J’aime que les histoires d’amour finissent bien, mais j’aime aussi que les tourments ne trainent pas trop en longueur. Je n’aime pas le principe des rebondissements à répétition, des intrigues à rallonge, des colliers de péripéties qui donnent l’impression d’être là pour « rallonger la sauce » (un mode de fonctionnement qu’on retrouve dans les séries où le mot d’ordre des scénaristes, par la force des choses, semble être : insérons un problème ! Pour garder en suspense, pour garder en haleine, pour garder l’audimat. Au bout d’un moment, moi, les fins d’épisodes qui tournent toujours au vinaigre et les intrigues problématiques qui n’en finissent pas, ça me sape le moral !)

J’ai besoin d’écrire sans jamais perdre mon objectif de vue. En ayant mon épilogue heureux en ligne de mire. Je n’aime pas me perdre dans d’interminables digressions. J’aime rester dans le « flow » de mon imagination. Elle perce de façon, encore une fois, fulgurante, presque volcanique, mais moyennant une dépense d’énergie considérable. J’écris alors 12, 14, 15, 16 heures par jour, 8, 10, 12 jours de suite ; je me réveille la nuit ; je me lève à 3 ou 4h du matin, réveillée par une idée, un dialogue, une réplique, et je ne me rendors pas avant d’avoir fini de déverser tous les mots qui me venaient, parfois à 22 ou 23h le soir suivant. A ce rythme-là, vous comprendrez que je ne puisse tenir des mois et des mois (voire des années, comme le font certains auteurs !) sur un même scénario, à m’essouffler, à m’épuiser, perdue dans les méandres de ma propre intrigue, sans jamais en voir le bout. C’est un coup à ce que je ne finisse jamais mon roman.

J’écris d’une traite et c’est mon mode de fonctionnement. C’est d’ailleurs comme la plupart des choses que j’entreprends : je fais d’un coup, de façon dense, intense, et c’est ainsi que je suis la plus efficace.

Pour l’instant, cela me convient, même si je conçois tout à fait que cela puisse frustrer les lecteurs et lectrices habitué(e)s aux romans-fleuves type Outlander, Games of Thrones, Harry Potter, Twilight, Le Seigneur des Anneaux, les sagas écossaises et autres interminables épopées.

Par ailleurs, ce format « raisonnable » m’a permis d’éviter les écueils les plus fréquents chez les primo-romanciers (d’après les Editions Humanis, cf. leur blog – passionnant !) et présente de nombreux avantages éditoriaux : en effet, un roman court

  • présente de meilleures chances de voir sa rédaction achevée (et non abandonnée en cours de route, reprise après une longue pause de plusieurs mois, saluée bien souvent par une réécriture complète, de la perte de temps, des moments de découragement, de démotivation…)
  • nécessite moins de temps de relecture et de correction (ce qui, en matière de travail éditorial, n’est pas rien !) : on retrouve l’idée d’une démultiplication des chances que le travail éditorial arrive à son terme (surtout en auto-édition !) et que le roman voie le jour
  • me semble plus adapté à notre mode vie overbooké (transports…) : à l’heure où nous manquons sans cesse plus de temps libre, le format court est bien adapté à la société de consommation. Si les romans-fleuves ont leurs adeptes, beaucoup de gens n’ont ni le temps ni le courage de s’attaquer à des livres trop volumineux ou de ne vivre qu’à travers des sagas (surtout quand il est si frustrant d’attendre les épisodes suivants pour avoir la sensation qu’on arrive enfin à un dénouement)
  • correspond à mes propres goûts de lectrice (je n’aime pas les romans à rallonge et, bien souvent, je me dis que l’oeuvre aurait gagné à se passer de ses 50 dernières pages, qui rallongent inutilement l’intrigue)
  • correspond à mon tempérament… « énergique », dirons-nous !^^
  • m’épargne les phases de découragement potentielles durant lesquelles plus rien n’avance et auxquelles je serais forcément confrontée si je devais me lancer dans une épopée de 500 pages
  • ne laisse pas de place pour que le doute s’immisce dans mon processus créatif (« c’est nul », « si ça se trouve, ça n’intéressera personne »…)
  • ne me laisse pas le temps de voir mon style « mûrir » au cours de la rédaction du roman, et donc de me tenter de tout reprendre, un beau jour, à zéro, sous prétexte que mon style a changé depuis le début de la rédaction ;
  • me permet de transcender mes peurs, mes appréhensions : en jouant la carte de l’efficacité, je m’empêche de trop regarder en arrière.

Mais on s’assagit avec l’âge, paraît-il ! Qui sait de quoi demain sera fait et comment ma plume choisira d’évoluer ! Si elle suite la courbe de mon caractère et que mon caractère se pose… peut-être les fans de sagas et les grands livrophages seront-ils un jour (bientôt peut-être ??) comblés ! D’ailleurs, comme je vous le disais, on est déjà passé d’une moyenne de 52 000 à 70 000 mots entre mon 1e et mon 6e romans !

En tout cas, un grand changement (pour le plus grand bonheur des adeptes de trilogies et des lecteurs frustrés à la fin de Pour l’amour d’une Sasunnach) : je n’avais à l’origine envisagé ni de suite à l’histoire d’Ian & Alannah, ni de relater les aventures des deux autres couples scotto-anglais censés être formés par décret royal et que j’évoque au début de ce premier roman… Mais face à la convergence de toutes vos demandes, ces divers récits font désormais partie (entre 12 autres scénarios !) de mon programme éditorial ! De même qu’une ou deux suites pour certains des romans que j’ai écrits entre-temps… Des envies de trilogies… Alors il y aura bien des équivalents de suite, des « spin-off », des occasions de retrouver nos personnages précédents… Donnez-moi juste le temps de tout mener à son terme !^^

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