L'écriture, l'édition & moi

Pourquoi le choix de l’auto-édition ? 2/2

J’exposais dans un précédent article le processus qui m’a peu à peu conduite sur le chemin de l’auto-édition. Maintenant que mon premier livre est paru, après près de 3 mois de totale immersion dans l’univers broussailleux de la publication indépendante, je suis davantage en mesure de saisir quelles caractéristiques de ce mode d’édition par soi-même correspondent intimement à ma propre personnalité et façon de fonctionner.

Avant de me lancer dans l’exploration de ces paramètres, j’aimerais souligner ici que le but de cet articles n’est NI de lancer une quelconque polémique, NI de dénoncer un quelconque système, NI de m’embarquer dans un quelconque débat nécessairement stérile, une guerre de chapelle ou des règlements de comptes surgis de nulle part, NI de prendre parti contre l’édition traditionnelle, NI de recommander l’auto-édition à qui que ce soit en tant que voie royale ou autre recette miracle. Il est simplement de souligner ce qui m’a plu personnellement dans le processus d’auto-édition et d’éclairer ici pour mes lecteurs les facteurs m’ayant poussée à me détourner de la démarche habituelle de soumission de manuscrits à des professionnels de l’édition pour prendre en charge la publication de ma première romance. Je parle de MA démarche, et non du monde de l’édition. Comme je l’ai souligné dans mon précédent article, d’autres l’ont fait (et continuent de le faire), bien mieux que moi et en bien meilleure connaissance de cause : des gens qui connaissent le milieu de l’intérieur, l’ont vécu, éprouvé, côtoyé, expérimenté, et qui savent de quoi ils parlent.

Dans cet article, je fais de même : je parle de ce que je connais : mon propre cheminement interne, et rien d’autre.

Un petit préambule que j’ai jugé nécessaire au vu de la tendance (très française peut-être) à verser à tout bout de champ – et fort joyeusement – dans la polémique intempestive (et agressive, de préférence) que l’on remarque malheureusement sur de nombreux blogs.

Sur ce ! Voyons ces fameux aspects de l’auto-édition qui m’ont ouvert l’appétit :

  • la rapidité : comme je l’ai dit, la patience n’est pas ma qualité première. J’aime que les choses bougent, avancent, progressent. La lenteur presque apathique du monde éditorial traditionnel risquait, tout compte fait, de ne pas me convenir, surtout au vu du rythme de création que je me voyais prendre.
  • Le contrôle : mes amis se plairaient à me tailler un costume ironique trois-pièces : « Aurélie ? Une « contrôlante » ? Quelle idée !! » C’est vrai, j’aime (un peu) tout contrôler. Faire les choses à ma manière. Et avec l’auto-édition, il faut l’avouer, je suis comblée : couverture, titre, contenu, texte, scènes, longueurs, séquences, petits caprices, coups de cœur personnels, l’auteur fait ses propres choix. Pour le pire bien sûr (aucun travail éditorial classique de remaniement du texte par un regard extérieur intransigeant), mais aussi pour le meilleur : œuvre qui correspond en tous points aux choix de l’auteur ; pas de travail de coupe, de réécriture, ou, oserai-je même dire, de sabotage du projet initial de l’auteur, de sa fibre, de sa veine, de sa plume. Une maîtrise totale, donc, par la même occasion, et une œuvre qui ressemble à son auteur en tous points. Pas de travail crève-cœur de troncature du texte. Pas de concessions interminables et de choix opérés à contrecœur. Pas de désagréable surprise en découvrant une couverture hideuse ou aux antipodes de ce qu’on avait pu imaginer. Pas de titre changé d’autorité par un autre.
  • L’indépendance et la liberté. Je suis indépendante depuis 9 ans. Je n’ai jamais été salariée. Je n’ai jamais eu de patron et ne pourrais pas en avoir (quel caractère !). Or, un éditeur, quand on y regarde de plus près… ça semble quand même souvent rimer avec un certain rapport de subordination. On lit partout que l’éditeur impose, que l’éditeur décide, que l’éditeur oriente, et que l’auteur, dans tout ça, eh bien, il a bien peu de pouvoir, finalement. Oh, bien sûr ! On vous dira que, d’après le droit patrimonial et intellectuel français, l’auteur a toujours le dernier mot quand il s’agit de retoucher ou non son texte. Sauf que dans les faits, la pression peut être telle qu’il n’en a pas forcément conscience (surtout en tant que primo-auteur). Et que l’éditeur peut très bien décider de rompre le contrat avec l’auteur si celui-ci n’opère pas les remaniements exigés… Bref ! sans entrer dans la polémique, je suis ravie de la perspective de garder pour l’écriture l’indépendance et la parfaite liberté dont je jouis depuis si longtemps en matière professionnelle. Ça rejoint un peu l’histoire de la maîtrise des événements…
  • La pérennité de ma publication et la conservation des droits : au lieu de tenir une semaine ou un mois sur les rayons d’une librairie avant de finir au pilon, chacun de mes romans pourra rester en ligne et disponible aussi longtemps que je le souhaiterai. Je conserve tous les droits d’exploitation, personne d’autre que moi ne peut décider du retrait de mon livre de la vente, d’une réédition ou non, d’un reformatage, d’une 2e vie, d’une destruction des invendus, qu’il est temps de laisser ce titre sombrer dans l’oubli pour faire place à la nouveauté (papier frais, viande fraîche). Ce qui rime avec la possibilité d’optimiser l’espérance de vie de mon titre et de lui insuffler autant de nouveaux élans que je le souhaite (et peux).
  • Le respect de l’environnement (un aspect non négligeable de la chose pour l’écolo que je suis) : version numérique et impression à la demande : pas de stocks, pas d’invendus, pas de destruction en masse. Du sur-mesure. L’entière liberté de définir mes marges comme bon me semble, c’est-à-dire de façon relativement étroite. Je ne suis pas de ceux ou celles qui vont jouer sur d’énormes marges ou des grammages épais pour donner l’illusion du gros format, du roman-fleuve, du volume et de la longueur de l’histoire pour justifier un prix élevé. Un format lisible mais un peu plus dense correspond parfaitement à mes préoccupations environnementales : pas de gâchis, pas de froufrous, du raisonnable, du sobre. Avec un éditeur classique, je n’aurais évidemment aucune mainmise sur cet aspect de la question, et mon livre serait tiré d’office à tant d’exemplaires, quitte à ce que 60% du stock finisse en fin de compte à la broyeuse (chiffre moyen paraît-il).
  • La facilité administrative (bonus) : je bénéficie déjà du statut d’autoentrepreneur depuis 9 ans (vous l’aurez compris, la rebelle anti-patron / anti-autorité que je suis travaille à son compte ; non, ne me lisez pas entre les lignes, vous aurez tout faux ! Je ne suis ni marxiste ni anarchiste ! Zéro politique ici – demandez-le à mon entourage, il n’y a pas plus apolitique que moi. Peut-être devrais-je en avoir honte du reste. Mais passons). En tant qu’auteur indépendant, ce statut convient. Ni statut d’artiste-auteur, ni nouveaux types de revenus, ni inscription auprès de l’AGESSA, ni chamboulement de mon régime social… Dans un premier temps en tout cas, simplicité administrative confortable.
  • La croissance incroyable et en un temps record à laquelle ça m’a contrainte (attention, je ne dirais pas que ce soit interchangeable avec ce que je qualifiais précédemment d’ « épanouissement personnel ») : sortir de ma zone de confort, acquérir de nombreuses nouvelles compétences en un temps compressé, développer mes aptitudes, mes contacts, mettre en pratique de longues années de développement personnel, progresser, avancer, quoi !

Inversement, ce que je découvrais au fil de mes recherches sur le monde de l’édition classique ne faisait que me conforter dans ce choix que j’avais saisi, dès la fin mars, à bras-le-corps : partout, on pointait du doigt :

  • Le manque de travail promotionnel des éditeurs (ce qui pourtant figure bien sûr parmi les principales motivations des auteurs cherchant à se faire éditer par un professionnel : ce fameux travail de marketing, de mise en avant, de networking, de placement du « produit », qui serait épargné à l’auteur ; ces promesses de dédicaces, de services presse, de coupures de presse, de medias, d’impact, de présence dans tel et tel réseau de distribution…). Bien des déceptions en réalité, tant dans le cadre des grandes maisons d’édition que des petites, d’après les témoignages d’auteurs dont j’ai pu prendre connaissance sur le web.
  • Les contraintes, les conflits, les situations de tension entre auteurs et éditeurs sur les sujets susmentionnés (couverture, réécriture, titre…)
  • Le risque de contrats abusifs (surtout pour qui ne connaît rien à ce milieu et pour un primo-auteur) et, conséquemment, d’enchaînement à un éditeur (droits cédés, engagement sur plusieurs titres…).
  • Les délais : parfois 12 à 18 mois après signature d’un contrat avant que le roman ne voie le jour. Maigre aperçu des chiffres de vente une fois par an, voire deux. Peu de visibilité. Nébuleuse qui entourage les statistiques. Un an de plus, voire davantage, avant de toucher de quelconques redevances. Parfois même, du mal à se faire payer…

Des articles parfois mordants, cyniques, pleins d’humour, écrits non pas, comme on pourrait le croire, par de moribonds plumitifs souffrant d’une cuisante blessure de rejet, mais, au contraire, par des auteurs édités par la voie traditionnelle et, parfois même, des éditeurs eux-mêmes, bien conscients de toutes les facettes de leur milieu !

Je ne saurais trop vous recommander les articles de Stoni:

Franchement, pour passer un bon moment, en rire plutôt qu’en pleurer, ouvrir les yeux sur le milieu éditorial, je le recommande.

Et ici, un excellent article compilant les témoignages de 22 auteurs de romance, aussi bien auto-édités qu’édités en maison traditionnelle.

Sans compter les très intéressants articles blog edit-it

Et j’en passe ! Des pépites.

Voilà donc un premier aperçu des raisons m’ayant orientée vers l’édition indépendante. Je n’exclus nullement la possibilité de rallier un jour une maison d’édition sérieuse, peut-être par lassitude, peut-être par orgueil, peut-être par fatigue, peut-être par choix de la facilité, peut-être pour déléguer, ou encore par opportunisme… On ne sait jamais de quoi demain sera fait. Mais pour l’instant, la formule de l’autonomie, de la rapidité et de la liberté me semble chaque jour un peu plus correspondre à mon mode de fonctionnement habituel… j’en suis donc ravie.

Une liberté et une parfaite indépendance, néanmoins, qui ont un coût non négligeable. J’en parlerai dans un prochain article ! 🙂

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