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Le Fort du Hâ, entre répression et prison
Construit dès la fin de la guerre de Cent Ans, le château du Far (bientôt dit du Hâ) a pour vocation première d’abriter une partie des troupes royales constituant la garnison de Bordeaux – garnison destinée, on l’a vu avec le château Trompette, à asseoir l’autorité royale sur la ville face aux menaces tant extérieures qu’intérieures.
Tour à tour résidence ducale, siège d’une cour brillante, base fortifiée des troupes royales à l’occasion de diverses révoltes, logis du lieutenant général de Guyenne et refuge des protestants pendant les guerres de religion, le fort du Hâ devient une prison au XVIIIe siècle.
Devenu prison d’État et propriĂ©tĂ© nationale pendant la Terreur, il hĂ©berge les futurs condamnĂ©s Ă mort et autres guillotinĂ©s de Gironde. Sa structure Ă©volue au XIXe siècle (ne seront conservĂ©es de l’ancien château que les deux tours qui subsistent encore, la tour des Anglais et la tour des Minimes, inscrites au titre des monuments historiques depuis 1965) et, Ă la fin du siècle, il sert de lieu de rĂ©tention pour les femmes de toute la rĂ©gion qui, condamnĂ©es par la justice, sont rassemblĂ©es Ă Bordeaux pour embarquer vers la Nouvelle-CalĂ©donie afin de s’y unir Ă des colons (en gĂ©nĂ©ral, d’anciens bagnards, la Nouvelle-CalĂ©donie servant alors Ă la France de terre de dĂ©portation, au mĂŞme titre que l’Australie pour le Royaume-Uni…).
Au XXe siècle, la cour commune du fort et du Palais de Justice accolĂ© accueille toutes les exĂ©cutions capitales ordonnĂ©es Ă Bordeaux, et ce jusqu’en 1960… Pendant l’Occupation, le fort sert de prison politique et voit passer de nombreux rĂ©sistants et autres opposants aux Allemands et au rĂ©gime de Vichy, dont certains finiront dĂ©portĂ©s vers les camps de concentration ou fusillĂ©s au camp de Souge (un camp militaire situĂ© aux portes de Bordeaux, sur la commune de Martignas-sur-Jalle ; utilisĂ© de 40 Ă 44, il sera le second lieu de ce type en France, par le nombre de victimes, après le mont ValĂ©rien Ă Paris).
De nombreux juifs y sont Ă©galement dĂ©tenus avant leur transfert vers le camp de Drancy (près de Paris), principale plaque tournante de la politique de dĂ©portation antisĂ©mite française sous Vichy (neuf juifs dĂ©portĂ©s de France sur dix passeront par le camp de Drancy lors de la Shoah, avant d’être dĂ©portĂ©s vers les camps d’extermination de Pologne – pour rappel, 76 000 juifs Ă©trangers et français auraient Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s depuis la France, essentiellement Ă partir de 1942.)
Aujourd’hui, une plaque commĂ©morative est dĂ©diĂ©e aux dĂ©portĂ©s internĂ©s au Fort du Hâ et aux rĂ©sistants de la Gironde morts pour la France, et un monument de granit gris, adossĂ© Ă la tour des Minimes, abrite des cendres recueillies dans les camps de concentration…
Après la guerre, le fort retrouve sa vocation de prison départementale pour une vingtaine d’années. Puis, en 1969, il est démoli pour laisser place à la nouvelle École nationale de la magistrature (ENM) et au Tribunal judiciaire.
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Texte : (c) Aurélie Depraz
Illustration article : image libre de droit Pixabay


